Homélie de Vigile de Noël


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Solennité de la Nativité du Fils de Dieu

Messe de la Vigile de Noël

« Joseph, fils de David, ne crains pas de prendre chez toi Marie ton épouse. »

Chers frères et sœurs,

Il est particulier cet Évangile que nous venons d’entendre qui fait entrer le Fils de Dieu dans notre monde et dans notre temps. On pourrait se demander quel est l’intérêt de ces généalogies humaines, si ce n’est d’inscrire le Fils de Dieu dans un peuple, dans une histoire, dans une culture…Effectivement, c’est un Évangile que nous entendons 3 fois par an : le jour de la Nativité de la Vierge Marie le 8 septembre, le premier jour de la semaine préparatoire à Noël, c’est-à-dire le 17 Décembre, et lors de la Messe de Vigile de Noël, c’est-à-dire maintenant. Plus qu’une vérité historique, cet Évangile inscrit Jésus, Fils de Dieu, dans la lignée des fils des hommes, des patriarches et des Rois d’Israël. On voit à travers ces généalogies la force d’Incarnation de Dieu qui va jusqu’au fond de notre humanité pour y faire naître Jésus. On peut lire pour nous-mêmes de deux manières ces généalogies. D’une part, nous pouvons nous-aussi considérer qu’aujourd’hui la Bonne Nouvelle de la Naissance du Fils de Dieu nous parvient après avoir été annoncée à nos parents, et avant à nos grands-parents et ainsi de génération en génération. Et c’est cette même Bonne Nouvelle qui, au-delà des générations de nos familles, nous rejoint aujourd’hui personnellement pour que nous-même l’accueillions. D’autre part, on peut lire toutes ces générations comme étant l’image de notre humanité, dans ce qu’elle contient de beau et de moins beau, d’ouvert à Dieu et de fermeture à Dieu. Quelle que soit la lecture que nous faisons, cet Évangile est porteur d’une première Bonne Nouvelle : rien ne peut empêcher Dieu de nous rejoindre. Il entre dans nos vies, dans notre temporalité ; ce soir, en fêtant Noël, nous ne commémorons pas seulement un Évènement qui s’est produit il y a 2021 ans, mais nous nous laissons rejoindre par Dieu qui vient habiter en nous. Noël, c’est l’occasion de reprendre conscience que nous sommes tous aimés de Dieu au point qu’Il veut renaître en chacune de nos vies, et même si nous nous sommes éloignés de Lui, même si nous l’avons rejeté, Il se redonne à nous. Le prophète Isaïe nous en donne la cause profonde : « Le Seigneur met en toi sa préférence et ta contrée aura un époux » Autrement dit, Il vient à nous parce qu’Il aime infiniment chacun de nous.

Alors, la question qui nous est posée de soir est la suivante : est-ce que nous accueillons Dieu dans notre Vie ? Est-ce que nous Lui faisons de la place ? Pour répondre à cette question, je voudrais revenir à l’Évangile. Ce dernier nous montre que Dieu agit dans l’imprévu. Il casse en quelque sorte la régularité, mais d’une manière tellement discrète que cela peut passer inaperçu. Tout l’Évangile, nous avons été bercés par un tel engendra un tel etc…jusqu’au moment où l’Évangéliste nous dit : « Jacob engendra Joseph, l’époux de Marie, de laquelle fut engendré Jésus, que l’on appelle Christ. » Ce petit changement passe presque inaperçu, et pourtant, il nous dit tout. Il nous dit la naissance particulière de Jésus qui a été engendré, non pas créé, comme le redit le Credo. Cet inattendu de Dieu va aussi se donner à voir dans la décision finale que prendra Joseph par rapport à Marie. Joseph a bien compris qu’il y a eu quelque chose de bizarre dans la grossesse de Marie et, en toute logique, il prend la décision de répudier Marie. À nouveau, Dieu se rend présent discrètement, par un songe, pour révéler à Joseph son plan, et Joseph, qui est juste et docile, va collaborer à l’œuvre de Dieu. Cet épisode que nous connaissons tous bien nous dit que Dieu se rend présent dans nos vies par l’imprévu qui surgit. Encore faut-il être disponible à l’imprévu, le saisir dans son sens profond et laisser Dieu se révéler…Joseph nous montre que Dieu agit dans nos vies lorsque nous acceptons de nous dessaisir, de ne pas maîtriser, de lâcher prise.

Ce soir, Frères et sœurs, je vous invite à réfléchir sur l’imprévu qui surgit dans nos vies ; je vous invite à regarder de manière plus profonde ce qui vient casser, remettre en cause la régularité de nos existences. Le contexte de crise sanitaire dans lequel nous vivons depuis presque deux ans, le contexte tourmenté de l’Église dans nos sociétés occidentales post-chrétiennes, nous aident certainement à casser un enchaînement bien huilé de nos vies, de nos journées. Eh bien, ce sont dans ces évènements, ces ruptures, que Dieu vient nous rejoindre. Comme nous le redira l’Évangile de la Messe de la Nuit de Noël, Dieu n’a pas de place dans ce qui est trop organisé, établi. Il naître dans une crèche parce qu’il n’y aura pas de place pour Lui dans la Salle Commune. Dieu habite l’imprévu.

Fêter Noël, ce n’est pas seulement commémorer la Naissance du Fils de Dieu, ce n’est pas seulement m’ouvrir à l’imprévu que Dieu saisit ou provoque pour entrer dans ma vie, c’est aussi me laisser habiter par la divinité pour que Jésus habite en moi et pour que je puisse Le révéler et Le manifester, à travers mon humanité, aux autres. Ces derniers mois ont été particulièrement éprouvants pour l’Église : scandales, mauvaise gestion de la hiérarchie, lâcheté, bref…on a entendu beaucoup de choses sur les causes, on entend beaucoup de choses sur les réformes nécessaires. Dans son histoire bimillénaire, l’Église a vécu de nombreuses fois ses appels à la conversion, à se réformer. Et à chaque fois, l’Église a été au rendez-vous. Non pas par de nouvelles structures à inventer, à modifier, mais par des saints et des saintes, des hommes, des femmes, des religieux, des religieuses, des prêtres que Dieu a suscités et qui ont redonné le goût de la sainteté, le goût de Dieu au monde. Je pense à un St François d’Assise au XIIIème siècle, un siècle dans lequel l’Église était mondaine, corrompue, décadente. Je pense à un St Jean de la Croix, à une Ste Thérèse d’Avila quand la vie religieuse elle aussi était mondaine, décadente, ou encore à une Sainte Catherine de Sienne quand la Papauté était divisée, ou encore à Saint Charles Borromée ou à St François de Sales lorsque la Chrétienté était divisée par la réforme protestante. Dieu a toujours fait jaillir les figures de sainteté, appelant l’Église et le peuple de Dieu à la Conversion. C’est à cela que nous sommes tous appelés en ces temps particuliers. Laissons-nous habiter par la divinité de Jésus qui vient renaître en nous pour pouvoir Le manifester et Le rendre présent à notre monde. L’Église a besoin de saints aujourd’hui et c’est à nous qu’elle s’adresse. Que la Nativité du Fils de Dieu nous apporte la paix, la joie ; qu’elle nous réconforte et nous fortifie. Qu’elle nous encourage à rejeter le péché et les compromissions avec le péché, avec le monde, pour rechoisir Dieu et sa lumière. Saint Noël à vous tous ! Amen !

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