Homélie de la Mémoire de Saint Martin, fondateur des Paroisses


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Mémoire de Saint Martin, fondateur des Paroisses



Messieurs les Anciens combattants, portes-drapeaux,

Mesdames, Messieurs les élus,

Et vous tous, Frères et sœurs paroissiens,

Il y a un an, alors que nous commémorions Saint Martin et que nous priions pour la paix, j’avais choisi de réfléchir avec vous sur la figure d’artisan de paix qu’était St Martin, lui qui avait quitté l’armée romaine pour se mettre au service de Dieu. Le service de Dieu excluait le maniement des armes ; ce qui fait que St Martin, se convertissant à la foi chrétienne, devait quitter l’armée. Mais son choix avait été le point de départ d’une réflexion autour du maniement des armes en vue de défendre et de protéger les populations. Alors commencèrent à se rapprocher le service des armes et celui de la défense des peuples, en clair, commencèrent à se rapprocher l’armée et l’Église, pour arriver à cette synthèse théorisée par St Thomas d’Aquin au XIIIème siècle : la guerre peut être légitime si elle est menée pour éviter un mal plus grand encore et protéger les peuples.


Aujourd’hui, je souhaiterais vous présenter un autre aspect de la figure de St Martin : celui à qui l’on doit l’origine des paroisses. Il n’y a qu’à regarder le nombre d’églises qui lui sont dédiées dans notre pays ou le nombre de villages qui portent son nom. Sur notre paroisse, aucune église, mais une confrérie de charité, dont c’est la fête aujourd’hui.


St Martin était un évangélisateur efficace. On parle de lui comme « l’Apôtre de la Gaule ». Il naît dans une famille qui n’est pas chrétienne : son père, originaire de Pavie au nord de l’Italie, était tribun militaire de l’empire romain, c’est-à-dire, officier de l’armée romaine. Le jeune Martin, dont le prénom est étymologiquement lié à l’armée (Martin vient du Dieu latin Mars, Dieu de la guerre) est destiné à une carrière militaire un peu contre son gré. Mais, l’inclination récente que montre le jeune homme pour la foi chrétienne inquiète et agace son père qui précipite l’entrée de son fils dans l’armée : on entre normalement dans l’armée à l’âge de 17 ans ; c’est à 15 ans que Martin va faire son entrée dans l’armée.

Envoyé en Gaule, Martin va se trouver confronté à un monde païen. C’est ici que vient se placer le récit que nous connaissons bien : Martin déchirant son manteau en deux et le remettant à un pauvre qui mourrait de froid à l’entrée de la ville d’Amiens.. Mais le Christ qui l’attire de plus en plus à Lui va l’emporter sur sa carrière : Martin va quitter l’armée et, deux ans après, il va recevoir le baptême. Il va se mettre à l’école de St Hilaire, alors évêque de Poitiers depuis 350. Là, au côté de St Hilaire qui a le même âge que lui, St Martin va s’opposer à l’arianisme, hérésie très répandue en Gaule à l’époque, qui contestait la divinité du Christ. St Hilaire veut faire du futur St Martin un prêtre et donc l’ordonner. Mais, c’est chose impossible car Martin a été dans l’armée. St Martin refuse donc aussi le diaconat et accepte la fonction d’exorciste.


En tant qu’évangélisateur et missionnaire, St Martin met en œuvre les principaux ressorts qui constitueront le type de toute mission. Dans un monde non encore christianisé, il fonde des lieux de prière où l’on vit l’Évangile en communauté. C’est l’origine en Gaule des monastères. Le premier fondé par St Martin sera celui de Ligugé en 371. Plus tard, lorsqu’il sera évêque, il fondera le monastère de Marmoutiers. Ces ermitages vont se révéler être de véritables bases stratégiques d’évangélisation. C’est à partir de ces lieux là que les campagnes de la Gaule vont être évangélisées.


La deuxième caractéristique de son activité missionnaire est le combat contre le culte des idoles et le paganisme. Mais ce combat est d’autant plus facile que les miracles se multiplient au contact du saint et que ses ermitages attirent beaucoup par le témoignage qu’ils dégagent : témoignage de charité fraternelle, d’amour fraternel, de soin et d’attention envers les malades et les pauvres.

Dernière caract

ristique que je relève dans l’activité missionnaire du saint : il visite les pauvres, les malades, les soigne physiquement et les guérit en administrant les sacrements. Il est tellement apprécié qu’il sera capturé par les habitants de Tours en 381 pour devenir leur évêque. Devenu évêque, St Martin ne renoncera pas à son style de vie érémitique, si bien qu’il va insupporter ses autres confrères évêques qui désapprouvent ses mortifications fréquentes. Sous son épiscopat, l’évangélisation se déploie : lutte contre le culte des idoles ; destructions des sanctuaires païens, remplacés par des églises et des ermitages, christianisation solide des campagnes de Gaule.


En regardant ce matin St Martin comme fondateur de communautés, nous voyons le type accompli de toute communauté chrétienne : nos communautés doivent être des lieux de prières, des lieux où l’on sait pouvoir trouver Dieu ; des lieux de charité, où se vit et se cultive l’amour fraternel, comme l’évoquait la première lecture. St Martin est en quelque sorte l’inventeur de la paroisse. Le plus beau témoignage d'évangélisation, Jésus nous l’a donné : « C’est à l’amour que vous aurez les uns pour les autres que l’on verra que vous êtes mes disciples. » L’Eglise montre un contre-témoignage quand ses enfants se disputent ou se querellent.


Même si aucune de nos églises paroissiales n’est consacrée à St Martin, on lui doit l’origine des collégiales, des groupes, des « collèges » de chanoines, qui animent la vie spirituelle de certaines églises et des cathédrales, en réunissant un certain nombre de clercs vivant une vie de prière pour animer un lieu. Les disciples de St Martin refuseront d’adopter la règle bénédictine sous l’empire Carolingien, et, de ce fait, adopteront le nom de « collège », d’où le nom « collégiale ». À défaut d’avoir une église qui lui est consacrée, nous avons au moins un lien avec lui, en plus de la confrérie de charité.


Demandons à St Martin, qu’il nous aide à garder notre Eglise ouverte à tous : aux plus démunis comme au tout venant ; qu’il nous aide à subvenir aux pauvretés de nos frères et sœurs, pauvretés qui ne sont plus forcément matérielles, et qui revêtent aujourd’hui de multiples visages : pauvretés morales, pauvretés spirituelles, pauvretés affectives. Qu’il aide nos communautés à être de véritables familles où chacun, quel que soit son état de vie, sa condition, son histoire peut trouver sa place. Amen !

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