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Homélie du Troisième dimanche de Carême

(Messe tridentine)



Troisième dimanche de Carême

« In illo tempore : erat Jesus ejiciens daemonium, et illud erat mutum. »





Frères et sœurs

En ce temps de Carême, temps de combat spirituel, la liturgie de ce dimanche nous amène à regarder Jésus qui exorcise un homme, faisant sortir de lui un ‘démon muet’, nous dit St Luc, qui rend l’homme possédé muet.

 

            Je voudrais profiter de l’exorcisme qu’opère Jésus pour reprendre avec vous ce matin quelques principes fondamentaux qui structurent ce que l’on appelle le combat spirituel. 

La première chose à nous redire est que le diable est à l’origine une créature de Dieu. En tant que créature, il n’a pas de pouvoir ou de faculté supérieure à son créateur. Par conséquent, par nature, Dieu est toujours plus puissant et plus fort que le démon. Je reprends quelques caractéristiques de son action à partir de l’Évangile que nous venons d’entendre. 

Le démon, comme son nom grec diabolos le signifie, est celui qui divise et qui oppose. Nous l’avons entendu lors du premier dimanche de carême, lorsqu’il tentait Jésus dans le désert en s’adressant à Lui à travers ces paroles : « Si tu es le Fils de Dieu ». Le démon cherchait à opposer en Jésus la nature divine à la nature humaine. 

Il est par ailleurs, selon les dires de Saint Luc, celui qui empêche de parler. L’usage de la parole est une caractéristique de la nature de l’homme à l’image de Dieu, qui est le Verbe, comme nous le redit St Jean dans le Prologue de son Évangile. Par la capacité que nous avons de dire et de nommer les choses, comme Dieu dans le récit de la création, nous devenons en quelque sorte co-créateurs. Par le fait que l’évangéliste nous rapporte que le démon est celui qui empêche de parler, nous voyons ici un acte qui défigure la création voulue par Dieu, un acte d’anti-création. Dans la même logique, il est celui qui attaque et discrédite l’œuvre de Dieu. Il réussit à inspirer les Pharisiens en dénaturant l’œuvre que Jésus accomplit en libérant le muet pour dire que ce miracle a eu lieu grâce à l'intervention de Belzéboul, c’est-à-dire du démon. Nous retrouvons ici un de ces procédés les plus caractéristiques : récupérer à son compte l’œuvre de Dieu pour la discréditer. 

La fin de l’Évangile avec les paroles de Jésus sur le démon qui s’est fait expulser et qui va chercher d’autres esprits mauvais pour revenir habiter la personne, nous redit l’importance de ne pas ouvrir de portes au démon, car une fois qu’il est établi dans une personne, il va se battre pour ne pas partir ou pour revenir. C’est ce que l’Église expérimente à travers les prières de délivrance, de libération ou d’exorcisme qu’elle pratique. Bien souvent il en faut plusieurs parce que le démon s’accroche aux proies qu’il a pu prendre ou marquer.

 

 

            Je saisis l’occasion de ce sujet pour vous représenter de manière synthétique les trois types d’embêtements que le démon exerce par rapport à nous. On distingue généralement 3 degrés d’attaque du démon. 

Il y a tout d’abord un premier degré tout à fait normal et ordinaire, que l’on appelle le combat spirituel. C’est ce que nous vivons tous les uns et les autres. Il se manifeste par exemple lorsque nous voulons prier, ou lorsque nous commençons à prier, et que notre esprit, alourdi par notre nature, s’échappe, passe à autre chose, oublie qu’il s’est consacré à la prière. Il se manifeste encore lorsque nous voulons prendre un temps de prière, et que soudainement, vont survenir plein d’autres idées de choses à faire avant de prier. Il se manifeste encore dans le péché que nous commettons, induit par le démon qui se débrouille pour passer par notre liberté et pour nous pousser à pécher. C’est là que se situe précisément le combat : utiliser notre liberté pour résister au démon. Mais pour cela, il faut savoir le reconnaître et le débusquer. Et une fois que cela est fait, généralement, les choses s’arrêtent, car le démon agit de manière privilégiée dans les ténèbres, lorsqu’il n’est pas mis en lumière. Contre ce premier degré d’embêtements, il faut avoir une vie chrétienne soutenue : prier, se confesser, communier, et fortifier sa foi par l’enseignement de l’Église. 

Ici se place le combat spirituel que vivent tous les catéchumènes, ou tous ceux qui ont des décisions à prendre par rapport à Dieu ou par rapport à l'Église. Généralement, dans ces périodes-là, le démon sait nous embêter pour entraver notre marche vers Dieu. Et ceci est à ce point vrai, que l’Église a prévu trois prières particulières que l’on appelle des scrutins, à destination des catéchumènes, justement pour les renforcer et les aguerrir dans leur cheminement vers le baptême. Nous les vivrons les troisième, quatrième et cinquième dimanche de Carême.

Le deuxième degré d’embêtements du démon est ce que l’on appelle l’infestation. D’une manière ou d’une autre nous avons, consciemment ou inconsciemment, ouvert une porte au démon. La plupart du temps cela fait suite à une pratique ésotérique, d’occultisme, de spiritisme, de voyance, de magie noire ou blanche. Ces infestations peuvent être contractées de manière directe, c’est-à-dire que c’est moi qui ai commis un acte qui entraîne l’infestation, ou de manière indirecte, c’est-à-dire que je me laisse toucher par la pratique d’un proche. Le symptôme le plus généralement connu est une perturbation dans l’exercice de la prière, dans la relation à Dieu ainsi que dans des peurs incontrôlées ou de l’aversion pour les réalités sacrées. Mais ce qui est important, c’est que notre liberté demeure intacte, même si elle est attaquée. C’est ce qui constitue la différence avec la possession. Pour se libérer des infestations démoniaques, il faut reprendre une hygiène de vie chrétienne solide, c’est-à-dire prière, confession, communion, et avoir recours aux prières de délivrance ou de libération que l’Église pratique. Généralement cela suffit et les choses rentrent dans l’ordre tout à fait naturellement. Et bien sûr, il faut arrêter toutes les pratiques occultes évoquées plus haut. 

            Le troisième degré d’embêtements du démon est la possession. En fait ces cas sont très rares, mais ils existent. La plupart du temps, le démon fait croire aux personnes qu’il embête qu’il les possède afin de les déstabiliser et de les perdre encore plus. C’est là qu’il faut se souvenir que le démon est le prince du mensonge et qu’il fait croire à des réalités qui ne sont pas vraies. Lorsqu’une personne est possédée, il faut recourir à un prêtre exorciste.

            Je voudrais terminer cette méditation en reprenant avec vous un des moyens présents dans l’Évangile de ce jour que l’Église met à notre disposition pour nous permettre de lutter contre le mal et le démon. Il s’agit de la parole. Et la parole est à entendre de manière naturelle et de manière surnaturelle. 

            De manière naturelle, il s’agit de la faculté de parler, de nommer les choses. Je l’ai déjà évoqué plus haut, cette capacité nous rend co-créateurs de Dieu, elle fait de l’homme un être à l’image de Dieu. Parler, dire les choses, nommer, c’est faire advenir à l’existence, c’est donner vie, c’est ordonner, c’est distinguer, c’est donc créer. Ceci est à ce point vrai que la psychologie, qui contribue à la guérison, consiste à mettre des mots sur des états, des sentiments, des mouvements intérieurs. 

            De manière surnaturelle, il s’agit de la Parole de Dieu qui, nous nous souvenons, est le verbe, le logos. Nous le voyons déjà dans le récit des Tentations de Jésus au désert. À chaque fois Jésus répond au diable en citant les Écritures, c’est-à-dire la Parole de Dieu. L’Écriture sainte, la Bible, est un moyen efficace pour répondre au démon et pour le combattre. C’est d’ailleurs à ce point vrai que ce dernier se saisit de l’Écriture pour la falsifier, la dénaturer pour nous tromper. Nous le voyons dans le récit de la genèse où le diable travestit la parole initiale de Dieu donnant à Adam et Eve la totalité des fruits du jardin, sauf ceux issus d’un arbre.  Nous le voyons dans le récit des tentations de Jésus au désert où le diable, dans la deuxième tentation, site l’Écriture pour tromper Jésus. Dans l’Écriture Sainte, nous trouvons toutes les armes pour combattre le démon et pour lui répondre. Il est important que notre prière fasse place ou s’enracine dans la lecture et la méditation de la Bible, car non seulement Dieu nous parle, mais en plus Il nous donne tous les moyens pour combattre le démon.

 

Frères et sœurs, profitons de ce temps de carême pour approfondir notre vie de prière en l’enracinant davantage dans la Sainte Écriture gardant au cœur cette Béatitude que Jésus nous laisse : « Heureux plutôt ceux qui écoutent la Parole de Dieu et qui la gardent ». Amen !

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