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  • Paroisse Saint Louis

Homélie du Jeudi Saint



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Jeudi Saint


Chers frères et sœurs,

En cette soirée, nous commémorons l’institution par Jésus de deux sacrements, intimement liés l’un à l’autre, le sacrement de l’Eucharistie et le sacrement de l’Ordre, le sacrement de l’Ordre étant ordonné à celui de l’Eucharistie. Ces deux sacrements naissent au cours du dernier repas que Jésus prend avec ses Apôtres : ils apparaissent comme deux actes qui permettront à l’Eglise de perpétuer l’action de Jésus dans le monde. Mais ce soir, alors que l’Eglise commémore l’institution de ces deux sacrements dont l’Eglise est privée en ce moment, nous ne pouvons que nous interroger sur le sens de cette privation, sur le sens de cette épreuve. C’est une question lourde que nous nous posons ce soir. Nous fêtons l’institution de deux sacrements dont les fidèles sont privés depuis maintenant plusieurs semaines…et jusqu’à quand ? nous ne le savons pas.

Pour entrer dans ce mystère, il nous faut adopter une attitude de foi et aller voir dans notre histoire, celle du Peuple de Dieu, les précédents. Que nous dit la Bible ? En pensant au désert dans lequel nous sommes ainsi qu’à la privation de culte public, deux épisodes du peuple d’Israël me viennent en mémoire : l’exode et l’exil. Deux épisodes qui vont profondément marquer l’histoire du peuple saint.

Regardons tout d’abord l’exode. Si la libération d’Egypte est une bonne nouvelle, l’expérience du désert va être beaucoup plus compliquée. Aucun de ceux qui ont traversé la Mer Rouge, hormis Josué, n’entreront en Terre Promise. Dans le désert, le Peuple a fait l’expérience de sa finitude, de sa pauvreté. Dieu n’a jamais été aussi proche, et pourtant Il est provoqué, rejeté. Au moment où Dieu conclut une Alliance avec Moïse à travers le don de la Loi, le peuple rejette Dieu. Les doutes envers Dieu, les révoltes envers Lui conduiront à la mort. Quel est le sens de ces 40 années dans le désert ? il semble que l’expérience du désert n’ait eu d’autre but que d’apprendre au Peuple Hébreu à vivre de Dieu, à Lui faire confiance, à Lui obéir, à tout recevoir de Lui : la nourriture avec la manne, l’eau, la manière de vivre (avec la Loi), la manière de Lui parler, de Le prier. Le peule est appelé à mourir à son auto-suffisance et à son orgueil pour apprendre à vivre de Dieu et avec Dieu.

Regardons maintenant l’exil. Alors qu’il est revenu sur sa terre, le peuple hébreu va être déporté par Nabuchodonosor au VIème siècle avant Jésus-Christ. Cette déportation va avoir plusieurs conséquences dramatiques pour les Hébreux. Tout d’abord, ils ne pourront plus prier sur la terre qui leur a été donnée par Dieu. Mais avec la déportation et le Temple de Jérusalem détruit (586), c’est tout le système religieux sacrificiel qui s’écroule. Comment sanctifier les fêtes religieuses sur une terre étrangère ? sans temple pour offrir ses sacrifices et conformer sa vie à la Loi mosaïque ? de ce fait, naitront les synagogues où l’on pratiquera essentiellement ce que nous chrétiens appelons une liturgie de la Parole.

Ces deux événements traumatisants qui ont profondément marqué la conscience et l’âme des Hébreux, ont été aussi des événements qui ont permis aux Hébreux de se remettre en question, de reconnaître leur infidélité à Dieu, de se convertir et de revenir à Dieu de manière nouvelle. Ces deux événements ont permis une purification profonde de la religion. Il est bien clair que, si Dieu ne nous envoie pas les épreuves, Il les permet. La Bible nous apprend que toute épreuve importante comporte un appel à la conversion, à la remise en cause, à la purification. La Bible nous apprend même que la conversion et le retour à Dieu mettent souvent un terme aux fléaux qui frappent les hommes.

Pour reprendre ma question initiale : quel sens donner à ce que nous vivons ? il y en a au moins un qui est évident. Le jeûne de messes, forcé, est l’occasion pour chacun de nous de s’interroger sur son propre rapport à la messe, à l’Eucharistie. Bien des choses sont à purifier dans notre pratique. N’avons-nous pas souvent une attitude d’enfants gâtés lorsque nous nous arrêtons à des aspects secondaires de la messe, faisant des commentaires, des critiques, parfois alimentant des clivages, en passant finalement à côté de l’essentiel dont nous avons la chance de pouvoir bénéficier? Notre amour propre et notre orgueil ne nous ont-ils pas fait perdre l’humilité d’apprendre à vivre de ce que Dieu nous donne ? Et puis, fondamentalement, les sacrements sont un don de Dieu à accueillir, non un dû. Profitons de cette occasion douloureuse pour faire un examen de conscience sur la façon dont nous nous préparons à recevoir le sacrement de la Sainte Communion : les sacrements ne sont-ils pas trop souvent traités à la même enseigne que les biens de consommation ? Ce temps vous invite à une prière familiale et personnelle renouvelée et plus intense.

Remise en question, purification, conversion, retour à Dieu, voici une piste pour vivre cette période si particulière et assez douloureuse. Il y a un autre aspect sur lequel je voudrais méditer avec vous ce soir : il s’agit du contexte dans lequel Jésus institue l’Eucharistie. Jésus va faire don à son Eglise de deux sacrements au moment-même où tout semble perdu. Le piège se referme. La pression pour l’arrêter n’a jamais été aussi forte, le danger aussi présent. Jésus sait qu’il va être arrêté et qu’Il va mourir. Mais ses amis les plus proches, ceux qui auraient pu le consoler, l’accompagner, vont se dérober. Pire même, c’est l’un des siens qui le trahit. L’unité des disciples est mise à mal ; elle est attaquée par le péché, et c’est dans ce contexte que Jésus institue l’Eucharistie, comme sacrement de pardon « pour la rémission des péchés », comme sacrement de l’unité. En fait, l’Eucharistie n’apparaît pas seulement comme un autre lieu du don du Christ lui-même, mais aussi comme le lieu du rachat, de l’unité reconstruite et retrouvée en Jésus et comme déjà la victoire de Dieu sur le mal et la mort. C’est précisément sur l’Eucharistie comme sacrement de l’unité que je voudrais m’arrêter ce soir.

Les Apôtres ont été unis entre eux, malgré leur différence, parce qu’ils étaient unis à Jésus. L’Eglise quant à elle ne peut être unie que si son unité se construit sur Jésus et avec Jésus dans l’Eucharistie qui est la présence réelle, spirituelle et corporelle, de Jésus. Il n’y a pas d’unité dans l’Eglise en dehors d’une Communion profonde à l’Eucharistie. C’est le Corps du Christ dans la sainte hostie qui construit le Corps du Christ qu’est l’Eglise et non l’inverse. Bien souvent, il arrive qu’on entende des craintes s’exprimer sur différents mouvements, différentes sensibilités ou courants dans l’Eglise, comme menaçants son unité. Ce n’est pas forcément juste. Ces craintes relèvent parfois d’une vision trop humaine des différences qui, somme toute, sont légitimes et même bon signe. Le danger n’est pas là ; le danger est dans la conception d’une unité qui ne reposerait que sur des vues humaines, des points de vue personnels, sur la simple convergence d’opinions communes qui voient comme un danger ou une menace celui qui pense différemment, et non sur la communion à Jésus lui-même. L’unité est un don de Dieu trinitaire; sa source est dans la communion que nous avons, plus ou moins à cause de notre péché, avec le Christ. L’Eucharistie est le médicament qui répare et construit notre unité, l’unité de l’Eglise. Profitons de ce temps de jeûne forcé de l’Eucharistie pour approfondir notre lien à Jésus présent sous les espèces sacramentelles du pain et du vin.

A défaut de pouvoir communier au sacrifice sacramentel que Jésus institue ce soir, prenons le temps de rester un peu avec Lui, comme Il l’a demandé à ses disciples. Lui qui a été abandonné par les siens partis dormir, veillons ce soir avec Lui dans cette heure sainte, où nous pourrons vivre une communion particulière avec Lui. Avec Lui, prions pour l’Eglise qu’Il a instituée. Prions pour son unité. Prions pour toutes les victimes de l’épidémie qui ravage notre monde, pour tous les malades, pour les familles endeuillées. Prions pour tous les soignants, médecins, professeurs. Profitons de cette pénurie de messes pour implorer de Jésus les vocations nécessaires à l’Eglise : des prêtres, des religieux, des religieuses, des diacres. Et rendons grâce pour l’institution des sacrements que nous pourrons prochainement goûter de manière renouvelée. Amen !

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