Rechercher
  • Paroisse Saint Louis

Homélie du Dimanche des Rameaux



+


Dimanche des Rameaux

« Le Christ Jésus s’est abaissé, devenant obéissant jusqu’à la mort, et la mort de la Croix. » Ph 2, 8


Chers frères et sœurs,

Si nous sommes habitués à dire que Dieu rejoint l’homme, peut-être sommes-nous moins habitués à regarder, à contempler, l’abaissement de Dieu. St Paul le dit de manière théologique dans la deuxième lecture : « Le Christ Jésus, ayant la condition de Dieu, ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu. Mais il s’est anéanti, prenant la condition de serviteur, devenant semblable aux hommes. Reconnu comme un homme à son aspect, il s’est abaissé, devenant obéissant jusqu’à la mort, et la mort de la Croix. » Ce que St Paul écrit de manière synthétique est ce que nous venons d’entendre dans le récit de la Passion. Jésus s’est abaissé, humilié, au point de subir crachats, railleries, violence. Le psaume nous redit qu’Il a voulu expérimenter la souffrance de ceux qui se sentent abandonnés de Dieu. Et puis, Il prend la place des criminels, supportant l’injustice, le mal, mourant comme le dernier des criminels. Derrière cet abaissement dont on peut se demander jusqu’où il ira, qu’y a-t-il d’autre, sinon l’amour infini que Dieu a pour l’homme ? La Passion de Jésus nous montre jusqu’où va Dieu pour sauver l’homme. Jésus accepte même d’assumer l’apparence de l’échec, de celui qui a raté sa mission, de celui qui a perdu le combat. Pour autant, une lecture attentive de la Passion nous révélera que derrière cette apparence de l’échec, Jésus maitrise tout ce qui va se passer. Il annonce sa mort et son ensevelissement avec le parfum qu’une femme va répandre sur ses pieds ; il annonce la trahison par l’un des siens ; il annonce le malheur de celui qui l’aura trahi ; il annonce sa Résurrection ; il annonce le reniement de Pierre. Bref, Jésus montre qu’il maîtrise tous les évènements qui vont se dérouler. Dans la Passion, on voit Jésus s’abaisser et descendre jusqu’au fond, jusqu’à la mort consentie et offerte.

Cet abaissement de Jésus au fond du mal peut faire écho en nous, dans cette période qui dure maintenant depuis plus d’un an, où l’on se demande jusqu’où l’on ira et quand et comment on en sortira. On a l’impression de ne pas en voir la fin, de ne pas avancer, et surtout, en plus des personnes malades, nous voyons aussi les dégâts et les souffrances qui touchent les hommes autour de nous dans un mode de vie où les contacts sont devenus dangereux. Les personnes et les relations humaines s’en trouvent abîmées. Ce que la Passion de Jésus vient nous redire, c’est que nous ne sommes pas seuls dans ce chemin sans fin ; c’est que Jésus l’a vécu aussi pour rejoindre tous ceux qui souffrent et qu’Il nous invite à vivre ce chemin avec Lui. Le Seigneur n’est pas confiné ; reste à lui ouvrir les portes de notre cœur.

Tout comme la pandémie nous invite à nous remettre en question, à ré-examiner nos manières de vivre et à apprécier de manière renouvelée les contacts et nos relations, la Passion du Christ nous appelle à convertir nos vies. Au seuil de cette semaine sainte, nous sommes invités à faire un examen de conscience en reconnaissant à la fois notre péché, nos complicités avec le péché, et en accueillant le Sauveur. Nous vivons dans un monde qui se détourne de Dieu. Mais ne sommes-nous pas nous-aussi parfois responsables de ce que notre monde s’est détourné de Dieu ? lorsque nous ne vivons pas selon l’Évangile dans notre travail, en famille ? lorsque nous ne sommes pas fidèles à la messe le dimanche ? L’Évangile nous montre aussi de puissants rapports de force : la foule qui acclame Jésus lors de son entrée à Jérusalem est la même qui réclamera sa crucifixion. Dans notre monde, des forces hostiles à la Vérité agissent, manipulent les êtres et les âmes. Sommes-nous fidèles à la Vérité dans nos relations les uns envers les autres, dans les choix que nous posons ? Et puis, avons-nous besoin d’un Sauveur ? Il est une nouvelle fois intéressant de voir que dans l’Évangile la foule se trompe d’interlocuteur en réclamant la libération de Barrabas. Ce n’est pas à Pilate, gouverneur romain, qu’elle doit s’adresser, mais à Dieu, source de tout pouvoir authentique. Nous aussi, il nous arrive de ne pas nous adresser à Dieu, mais aux hommes. Mais si nous avions réellement besoin d’un Sauveur, nous nous adresserions à Dieu d’abord ! La Passion de Jésus nous ouvre le chemin de la conversion.

Mais la Passion n’est pas qu’un appel au salut et à la conversion : elle est aussi source de vie pour ceux qui y communient. Nous le voyons déjà pour Barabas, qui, relâché, manifeste involontairement l’effet de la Rédemption accomplie par le Christ : par sa mort qui arrive, le coupable est déjà libéré. L’Evangéliste St Luc rapporte dans son récit de la Passion que l’un des malfaiteurs crucifié à côté de Jésus reçoit la promesse du Paradis. Un des centurions assistant à la mort de Jésus se convertira. Dans la Passion selon St Jean, Jésus guérira l’oreille d’un soldat, qui avait été tranchée. Tous ces faits nous montrent que la Passion est déjà source de vie au moment où elle se déroule. Elle continue à l’être pour nous dans le temps à travers les sacrements qui nous donnent la grâce du Christ et nous distribuent la Vie de Dieu. La puissance de vie du Christ contenue dans la Passion fait advenir en nous une vie nouvelle ; elle fait de nous des êtres nouveaux pour créer un monde nouveau.

Entrons dans cette Semaine Sainte en accueillant généreusement la puissance de conversion et de Vie que Jésus nous offre. Soyons porteurs d’espérance et de vie dans un monde vieilli qui s’en va vers la mort. Que surgisse dans le Christ un monde renouvelé. Amen.

21 vues

Posts récents

Voir tout