Homélie du dimanche de Quasimodo

Dernière mise à jour : 17 mai


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Dimanche de Quasimodo


« Avance ta main et mets-la dans mon côté ! »

Frères et sœurs,

L’Évangile de ce dimanche de l’Octave de Pâques nous invite à mettre nos pas dans ceux de Thomas qui réclame des preuves pour croire en la Résurrection de Jésus. Je retiens deux choses qui caractérisent la réaction de Thomas. La première, c’est qu’en réclamant des preuves, il en reste à une adhésion intellectuelle, logique, comme si la Résurrection pouvait se démontrer ou se prouver. Il veut des preuves de la résurrection pour croire. Il n’est pas entré dans le régime de la foi qui est le seul qui nous permet d’accéder à la Résurrection. Un peu comme Pierre qui, en arrivant au tombeau, s’en tenait à voir la pierre roulée, l’absence du corps et les linges restés seuls. L’Évangéliste ne nous disait pas qu’il croyait en la Résurrection, à la différence de Jean, qui lui, a immédiatement fait le pas et dont on nous dit : « Il vit et il crut. » Thomas n’aborde donc pas la question de la résurrection sous l’angle de la foi et c’est certainement un des sens de la Parole que Jésus lui adresse : « Cesse d’être incrédule, sois croyant. » Autrement dit, il entre dans le mystère de la foi. Il y a une autre chose qui mérite d’être reprise : c’est que, pour croire, Thomas exige des marques de la Passion : « Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, si je ne mets pas mon doigt dans la marque de ses clous, si je ne mets pas la main dans son côté, non je ne croirai pas. » Thomas veut des preuves de la Passion pour croire que cet homme que l’on dit ressuscité est Jésus. Il veut des preuves de la Passion, épisode que lui-même a manqué, puisque, comme tous les disciples, sauf St Jean, il a fui à ce moment-là. Pour croire à la Résurrection, il a besoin de passer par la Passion. Voyez-vous, ceux deux faits que je reprends, nous instruisent sur notre propre foi en la Résurrection. Est-ce que nous croyons, en engageant notre foi, que Jésus est ressuscité d’entre les morts ? Quelle est la nature de notre adhésion de foi à la Résurrection ? est-ce que nous croyons réellement que nous-aussi, comme Jésus, nous ressusciterons ? Et puis, l’autre point de réflexion pour nous est notre consentement à la Passion. Thomas nous dit que pour accéder à la Résurrection, il faut passer par la Passion. C’est ce que Jésus nous révélait dans l’Évangile : « Celui qui veut venir à moi, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive. » Que ce principe réconforte tous ceux qui d’une manière ou d’une autre sont unis aujourd’hui à la Passion de Jésus. Beaucoup portent leur croix : à travers la maladie ou la maladie d’un proche, à travers une perte du goût de vivre ou à travers toutes sortes d’épreuves familiales ou personnelles. Ces épreuves peuvent conduire à la Résurrection. Vivons-les dans la foi, non pas de manière naturelle, mais surnaturelle.

Une autre caractéristique de la réaction de Thomas mérite d’être traitée à part. Thomas, qui n’est pas dans le régime de la foi, ne croit pas au témoignage des Apôtres qui lui disent : « Nous avons vu le Seigneur. » Vivre dans le régime de la foi implique de croire le témoignage apostolique, le témoignage de l’Église. Nous sommes tous, sauf s’il y a des mystiques parmi nous, nous sommes tous dans la situation de Thomas. À priori, Jésus Ressuscité ne nous est pas apparu personnellement, et nous croyons en sa Résurrection, par le témoignage des Apôtres et des disciples de Jésus. Pourquoi croyons-nous que Jésus est ressuscité ? Parce ce que l’Église nous le dit, parce que l’Église l’a reçu des contemporains de Jésus qui ont vécu cette expérience et qui ont en témoigné ! La foi, c’est aussi cela ; c’est croire en ce que l’Église nous transmet. C’est un des sens de la confession de foi en l’Église « une, sainte, catholique et apostolique ». ‘Apostolique’, cela veut dire que nous croyons que l’Église repose sur les 12 Apôtres, successeurs des 12 tribus d’Israël, ainsi que sur leur témoignage. Avec Thomas, nous pouvons nous demander si nous croyons volontiers, avec un accueil bienveillant, en ce que l’Église nous transmet comme vérités de foi. Le passage d’Évangile que nous méditons aujourd’hui nous rappelle que l’Église ne transmet que ce qu’elle a reçu de Jésus par l’intermédiaire des Apôtres. Nous sommes ainsi appelés à accueillir dans la foi les vérités de foi que l’Église nous transmet, avec la mission nous-aussi de les transmettre à notre tour aux générations suivantes. La foi, tant dans les vérités transmises que dans l’assentiment qui permet de croire, est un bien précieux qu’il faut soigner et protéger. Si la foi devenait erronée ou faussée, même partiellement, c’est l’accès au salut qui s’en trouverait altéré. Nous ne perdrons jamais notre temps, nos forces, notre énergie, à soigner et à travailler la transmission de la foi et des vérités de foi dans le catéchisme, le catéchuménat, en famille, dans les préparations aux sacrements. Il ne s’agit pas seulement que ceux qui accueillent la foi comprennent mieux ce qu’ils accueillent, mais il s’agit aussi ultimement de l’accès au salut. Entrer dans le régime de la foi, adhérer aux vérités de foi, ne peut se faire en dehors d’une adhésion à l’Église, communauté des croyants.

Enfin, en suivant Thomas, nous entrons dans le régime des sacrements : « Si je ne mets pas la main dans son côté, non, je ne croirai pas. » Nous savons que du côté de Jésus ont coulé de l’eau et du sang, signes de son humanité et de sa divinité, mais aussi signes des sacrements du baptême et de l’Eucharistie, qui naissent du sacrifice de Jésus sur la Croix. Symboliquement, il n’est pas faux de lire dans le désir de Thomas voulant toucher le côté de Jésus, l’accès au Ressuscité qui se fait par les sacrements du baptême et de l’Eucharistie. Non seulement les sacrements nous donnent la vie du Ressuscité, mais encore, ils nous permettent d’accéder à Jésus. Cette dernière affirmation est particulièrement importante pour nous qui n’avons pas vécu humainement avec Jésus comme ses Apôtres. Le seul accès que nous avons à Jésus, outre la prière et le lien à l’Église, sont les sacrements.

St Jean insiste particulièrement sur cette réalité dans le passage d’Évangile que nous entendons. Il lie la transmission du sacrement de la rémission des péchés ou de celui de la confirmation ou les deux d’ailleurs (je vais revenir sur ce point) aux Apôtres à la première apparition du Ressuscité, faisant ainsi un lien très clair entre la Résurrection et les sacrements. Ce que St Jean nous dit derrière cela, c’est que les sacrements tirent leur efficacité de la Résurrection. Jésus les a institués avant sa Passion et sa Résurrection, mais ils ne deviennent efficaces pour l’Église qu’après la Résurrection de Jésus de laquelle ils tirent leur force et leur vie. Juste un point sur la question des sacrements dont il est question. La parole de Jésus : « À qui vous remettrez ses péchés, ils seront remis ; à qui vous maintiendrez ses péchés, ils seront maintenus. » évoque sans aucune ambigüité possible le sacrement du pardon des péchés. Mais, le fait que Jésus souffle sur ses Apôtres en leur disant : « Recevez l’Esprit-Saint » renvoie à la Pentecôte et peut renvoyer à la confirmation du baptême. En plaçant la Pentecôte au soir de Pâques, St Jean nous montre qu’il s’agit d’un même et unique mystère et que l’efficacité des sacrements célébrés par l’Église ne deviendra pleine qu’avec le don de l’Esprit-Saint à la Pentecôte.

Voilà frères et sœurs où St Thomas nous conduit : à entrer dans le régime de la foi pour croire en la Résurrection de Jésus, à accueillir dans la foi ce que l’Église nous transmet et à vivre des sacrements qui nous donnent la vie divine et nous font accéder à Jésus Ressuscité. Que ce temps pascal affermisse notre foi en la Résurrection de Jésus. Amen !

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