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Homélie du Deuxième dimanche de l’Avent


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Deuxième dimanche de l’Avent


« Produisez donc un fruit digne de la conversion. »


Frères et sœurs,


Dans le temps de l’Avent, nous retrouvons généralement trois figures importantes : deux prophètes, Isaïe et Jean-Baptiste, et la Sainte Vierge. Isaïe est le prophète qui a le mieux annoncé et décrit la venue du Messie ; Jean-Baptiste est celui qui l’a côtoyé clôturant ainsi le prophétisme pour laisser la place au Messie et Marie est Celle qui en disant « oui » à Dieu donne Jésus au monde. Aujourd’hui, nous retrouvons donc Jean-Baptiste.

Jean-Baptiste, le dernier des prophètes, celui qui clôt le prophétisme comme je le disais, est un vrai prophète au sens étymologique du terme. Prophète cela signifie celui qui parle au nom de Dieu ou encore avec la préposition pro prise dans son acception locale, celui qui parle devant, le peuple, une assemblée. Plus qu’aucun autre, Jean-Baptiste parle au nom de Dieu puisqu’il se définira lui-même comme la voix qui supporte la Parole qu’est Jésus. La description que nous donne St Matthieu nous apprend que Jean-Baptiste, vivant dans le désert, portant un vêtement de poils de chameau et une ceinture en cuir aux reins, se nourrissant de miel et de sauterelles sauvages, appartient à la Communauté des Esséniens, cette communauté quasi religieuse qui accordait une très grande importance au péché, aux rites de purification et d’ablution. D’ailleurs, ce n’est pas le fait du hasard si Jean-Baptiste baptisait. La manière dont il est vêtu renvoie aux vêtements que portait le prophète Élie, type accompli du prophète qui s’est heurté aux grands de ce monde par fidélité à la Parole de Dieu, comme Jean-Baptiste le vivra lui-même face à Hérode. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle Jésus dira en parlant de Jean-Baptiste qu’il est le prophète Élie qui devait revenir. Élie avait prophétisé qu’il reviendrait ; il indiquait par-là, qu’il reviendrait en Jean-Baptiste accomplir la mission prophétique qui est d’annoncer la venue du Messie.

Mais Jean-Baptiste est encore le modèle du prophète accompli par les deux aspects de sa prédication. St Matthieu nous dit qu’il se nourrissait de miel et de sauterelles sauvages. Certes, c’est la nourriture que l’on trouve dans le désert. Mais cette indication nous dit plus. Elle nous donne les deux aspects de la prédication de Jean-Baptiste. Sa prédication a la douceur du miel au sens où elle donne la douceur de la Parole de Dieu, reprenant ainsi la parole du psaume : « Qu’elle est douce à mon palais ta promesse, plus que le miel en ma bouche (Ps119) » ; et elle est aussi comme les sauterelles sauvages qui, envoyées par Dieu, ravagent et détruisent avec violence. La prédication de Jean-Baptiste est à la fois remplie de la douceur de la Parole de Dieu et à la fois radicale dans son exigence de vérité à Dieu en dénonçant le péché et l’hypocrisie.

Elle met en lumière deux aspects propres à la conversion : la conversion conduit à goûter la douceur, l’intimité de Dieu, et elle appelle à renoncer aux comportements, aux attitudes, aux liens avec le péché. Tel est le contenu de la prédication de Jean-Baptiste, à la fois miel et à la fois sauterelles sauvages.


Au-delà des aspects propres de la conversion présentée dans la prédication de Jean-Baptiste, entrons un peu plus profondément dans le mécanisme même de la conversion tel que Jean-Baptiste nous le donne à voir.


Pour comprendre le mécanisme propre à la conversion, il faut tout d’abord se garder de deux dangers : le formalisme et l’auto-justification. Le formalisme est ce que Jean-Baptiste dénonce chez les Pharisiens et les Sadduccéens qui ne s’en tiennent qu’au rite de purification et vivent n’importe comment. Ce danger peut tous nous guetter. La conversion, même si elle s’exprime à travers des rites extérieurs, est toujours un processus intérieur et d’abord personnel. De plus, c’est un mouvement continu, qui ne s’arrête jamais, sauf lorsque nous serons devant Dieu. Étymologiquement, convertere signifie en latin se tourner vers. Un peu comme des tournesols, on n’aura jamais fini de se tourner vers le soleil qu’est Dieu, sauf quand nous serons complètement devant Lui et où il n’y aura plus besoin de se tourner. L’autre danger propre à la conversion est la recherche d’arguments ou d’excuses pour ne pas se convertir. Alors tout y passera : ce que nous faisons, ce que nous donnons et lorsque nous aurons épuisé tout ce qui tourne autour de nous, alors nous irons regarder les autres. On se comparera aux autres pour justifier notre non-conversion. Vous connaissez l’axiome : « Quand je me regarde, je me désole ; quand je regarde les autres, je me console. »

En fait, le processus de conversion est toujours un processus intérieur qui nous invite à nous tourner vers Dieu et donc à quitter l’endroit où nous étions. La conversion est toujours dynamique. En ce sens, elle est une expression du mystère pascal de Jésus ou du mystère de la Croix : la conversion implique de mourir à soi-même en quittant quelque chose, en renonçant à soi, pour aller vers autre chose. Il n’y a pas de conversion sans renoncement, sans détachement (et c’est pour cela qu’elle coûte) pour aller vers une réalité nouvelle que Dieu nous donne. Elle est le cœur même du mystère pascal de Jésus : mourir à soi pour renaître en homme nouveau. Alors c’est à nous de voir de quoi il faut nous détacher, ce qu’il faut lâcher pour se tourner davantage vers Dieu. En ce temps de l’Avent, la collecte de la messe nous invite au discernement : « Dieu de puissance et de miséricorde, ne laisse pas le souci de nos tâches présentes entraver la marche de ceux qui se hâtent à la rencontre de ton fils ». Le souci des tâches présentes…nos vies se font facilement envahir par d’innombrables soucis, préoccupations, qui peuvent toutes avoir leur légitimité, mais qui peuvent toutes nous faire perdre du temps. Remettons de l’ordre dans nos activités, et surtout, remettons Dieu en premier. Se convertir, c’est d’abord se tourner vers Dieu et Lui accorder du temps dans la prière personnelle, dans l’Adoration.


Le dernier point relatif à la conversion est celui des fruits que nous portons. Ce sont eux qui montreront que notre conversion est authentique. Si le processus de la conversion est toujours d’abord intérieur, il se manifeste ensuite extérieurement dans notre manière de vivre. À la lumière des textes que nous méditons en ce dimanche, je voudrais attirer votre attention sur deux points qui peuvent être des efforts de conversion sur le plan communautaire, paroissial.

Dans la première lecture, le prophète Isaïe annonce la venue du Messie et il lie à cette annonce la description des temps messianiques, la manière dont sera la vie lorsque le Messie sera présent. Ce qui frappe, c’est qu’il donne l’image d’une création réconciliée, où il n’y a plus de mal, plus de violence, où tout le monde vit en paix et en harmonie. Nous pouvons nous interroger sur la vie réconciliée avec Dieu et avec nos frères et sœurs que nous sommes appelés à mener. Dans notre monde qui a perdu la grâce originelle (et donc marqué par le péché), la réconciliation est à accueillir de Dieu. Une vie réconciliée en vérité avec Dieu et avec les frères et sœurs ne peut se construire sans passer par le sacrement de la réconciliation. Profitons de ce temps de l’Avent pour y recourir.

Dans la deuxième lecture, St Paul montre comment Jésus est parvenu à se faire le serviteur des Juifs tout en ouvrant la miséricorde divine aux nations. Les deux peuples, différents par leur langue, par leur culture, par leur histoire, par leur identité, ont pu s’unir dans la même foi par la communion avec Jésus. « Ainsi, d’un même cœur, d’une seule voix, vous rendrez gloire à Dieu, le père de notre Seigneur Jésus-Christ. Accueillez-vous donc les uns les autres comme le Christ vous a accueilli pour la gloire de Dieu. » Tel est l’appel que nous lance St Paul. Recevons cette invitation à être davantage unis en Jésus, au-delà des cercles ou des réseaux d’affinité, de sensibilité, en étant par exemple attentifs à ceux que Dieu place à côté de nous. Une paroisse est une famille composée de personnes différentes, d’origines différentes, de culture différente, d’état de vie différents, de sensibilités différentes qui apprennent à vivre les uns des autres et qui ne se contentent pas de vivre les uns à côtés des autres. Là se situe un signe visible d’une véritable conversion authentique. Demandons cette grâce dans notre prière pour notre paroisse : le visage du Messie dont nous préparons la venue n’en sera que plus apparent. Amen !

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