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  • Paroisse Saint Louis

Homélie du Baptême du Seigneur


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Baptême du Seigneur

« Et aussitôt, en remontant de l’eau, il vit les cieux se déchirer et l’Esprit descendre sur lui comme une colombe. »

Chers frères et sœurs,

Aujourd’hui nous commémorons le Baptême de Jésus qui marque à la fois la fin du Temps de Noël et le début du ministère public de Jésus. Le récit que fait St Marc du baptême de Jésus est très simple, très succint, mais il nous dit beaucoup de choses sur le baptême. La première chose qui nous interroge est le fait que Jésus choisisse de se faire baptiser. S’il y a bien une personne qui n’a pas besoin du baptême, c’est bien Jésus. Pourquoi, Jésus, tout Fils de Dieu qu’Il est, choisit-Il de se faire baptiser ?

Nous savons qu’en naissant parmi les hommes, Jésus assume en lui-même, et du coup réconcilie en sa personne, la divinité et l’humanité. L’Évangile de la messe du Jour de Noël nous disait ceci : « Mais à tous ceux qui ont cru en Lui, tous ceux qui l’ont reçu, il leur a donné de pouvoir devenir enfants de Dieu. » On peut donc dire qu’en choisissant de se faire baptiser, Jésus baptise en quelque sorte l’humanité qu’il est venu assumer et sauver. Le baptême de notre nature humaine marque donc un nouveau début, une nouvelle identité pour l’humanité. Cette nouvelle identité est caractérisée par la filiation divine qui est nous est donnée. Au jour du baptême de Jésus s’est fait entendre cette parole du Père : « Tu es mon Fils bien-aimé ». Au jour de notre baptême, nous devenons nous aussi fils de Dieu par participation, grâce à la Communion avec Jésus dans la mort et la résurrection duquel nous avons été baptisés. Au jour du baptême de Jésus, notre humanité est réconciliée avec Dieu, notre humanité est baptisée, nous devenons fils de Dieu par participation.


Il y a une deuxième raison au baptême de Jésus : en se faisant baptiser, Jésus fait du rite du baptême un sacrement qu’Il confiera plus tard à son Église. Pour l’instant, nous en sommes à un sacrement qui nous réconcilie avec Dieu et qui nous fait devenir fils de Dieu par participation. Mais le sacrement n’est pas encore complet. D’ailleurs, vous remarquerez qu’à ce stade de l’Évangile, Jésus n’envoie pas ses disciples baptiser. Le baptême ne deviendra efficace qu’après la Passion et la Résurrection de Jésus. C’est au moment de la Résurrection, qui est la victoire définitive de Dieu sur le mal et sur la mort, que le baptême accomplira notre réconciliation et notre libération définitive en nous faisant communier à la puissance de la Résurrection de Jésus. Dès lors, le baptisé sera définitivement affranchi de l’empire ou de l’emprise du péché. Alors seulement à ce moment-là, le baptême nous donnera la vie divine, qui est la vie nouvelle du Ressuscité. Et c’est après sa Passion et sa Résurrection que Jésus enverra ses disciples baptiser.

L’Évangile selon St Marc nous apprend également que le baptême nous donne le Salut. Ce don est signifié par une image toute simple, c’est que le baptême ouvre le Ciel : « Et aussitôt, remontant de l’eau, il vit les cieux se déchirer. » Le baptême donne le salut. C’est une réalité complètement oubliée aujourd’hui. Nous le voyons lors des préparations au baptême où nous demandons aux familles les raisons qui les poussent à demander le baptême pour leur enfant. La plupart évoque la tradition familiale, le fait de vouloir donner des valeurs. Mais nous n’avons presque jamais mentionnée la question du salut, ni d’ailleurs l’union à la personne de Jésus. Je ne jette aucunement la pierre à ces personnes qui, au moins, ont le mérite de demander le baptême pour leurs enfants ; mais il est clair qu’il faut redonner le sens du baptême. De manière plus générale, aujourd’hui, les gens ne ressentent plus le besoin d’être sauvés ; en tout cas, pas par Dieu. Voici la réalité des baptêmes dans notre pays : en 2000 il y avait 400 327 baptêmes en France ; en 2005, 349 075 ; en 2010, 302 941 ; en 2015, 262 314 en 2018, 215 551. Rendez-vous compte, nous en sommes à la moitié en 2020 par rapport à l’an 2000 ! Nous voyons l’ampleur de la déchristianisation de notre pays. Et rien que sur la paroisse : en 2016 il y avait 120 baptêmes de célébrés, 100 en 2017, 106 en 2018, 89 en 2019 et 62 en 2020, année bien particulière, il est vrai !


Alors, on peut se lamenter sur la déchristianisation, et en rechercher les causes : la crise de l’Église suite à la mise en œuvre du Concile Vatican II avec les ruptures de tradition et donc de transmission que nous avons vécues, l’évolution de la société, les pratiques pastorales épouvantables des années 70-80-90 où l’on ne proposait plus le catéchisme dans la suite du baptême, si bien que nous avons eu pas mal de générations sacrifiées qui ont reçu un rite, mais pas ce qu’il faut pour le comprendre et en vivre, la catéchèse vide sans contenu solide et n’en restant qu’à un moralisme du vivre ensemble. Mais il y a aussi derrière la disparition de la perspective du salut et le relativisme lié au salut donné par Jésus dans l’Église qu’Il a fondée. Si l’analyse des causes de la déchristianisation, bien qu’incomplètes, permet de comprendre l’enchainement des choses, elle n’est qu’une partie de la réponse ; car la vraie question aujourd’hui est : comment proposer le Salut en Jésus-Christ aux personnes de notre monde en 2021? Il y a certainement des choses à réfléchir sur le rôle des paroisses, comme famille, accompagnant l’éducation chrétienne des enfants, des catéchumènes mais aussi des parents d’enfants qui demandent le baptême, car nous sentons bien qu’à travers les préparations une petite flamme se rallume souvent, mais qu’avons-nous à proposer ensuite ? De même, il y aurait à réfléchir sur le choix et le rôle des parrains-marraines. L’adhésion à des valeurs n’est plus suffisante, surtout lorsque celles-ci ne sont pas enracinées dans la personne de Jésus et la pratique et la culture chrétienne sont devenues trop insignifiantes dans la société pour pouvoir être porteuses.

Les textes entendus en ce jour nous révèlent une autre dimension du baptême. Le baptême nous fait entrer dans une Alliance, dans une famille, dans un peuple : « Je m’engagerai envers vous par une alliance éternelle » dit Dieu au prophète Isaïe dans la première lecture. Cette alliance éternelle, nous y entrons par le sacrement du baptême. C’est-à-dire que notre histoire personnelle avec Dieu est appelée à entrer et à s’intégrer dans une histoire qui me dépasse qui est celle de tout un peuple ; et c’est au sein de ce peuple que mon histoire avec Jésus est appelée à trouver sa place et à s’épanouir. Ce peuple avec lequel Dieu fait alliance est l’Église. Le baptême, en faisant entrer le baptisé dans le peuple de Dieu, l’incorpore également à l’Église, corps du Christ. Cela veut dire, frères et sœurs, que nos vies chrétiennes, baptismales, ne peuvent devenir ni matures ni s’épanouir si elles ne sont pas enracinées dans l’Église et concrètement, dans une paroisse. Le lien à la paroisse et l’engagement dans l’Église sont à repenser et à travailler dans la pastorale du baptême.

A l’occasion de la fête du baptême de Jésus, je vous propose de faire mémoire de votre propre baptême, notamment en reprenant la Profession de Foi baptismale, faite le jour de votre baptême et en nous ré-engageant, comme nous le ferons lors de la Vigile pascale, à être fidèles à Jésus. Prions pour toutes les familles qui demandent le baptême pour leurs enfants, pour les catéchumènes, (sans oublier nos amis qui se préparent au mariage et qui deviendront le signe de l’Alliance entre Dieu et les hommes) ; puissions-nous les aider à trouver leur place dans l’Église. Amen !

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