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Homélie du 6ème Dimanche du Temps Ordinaire


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6èmeDimanche du Temps Ordinaire


Frères et sœurs,


Dans les quelques dimanches qui nous séparent de l’entrée en Carême, nous allons entendre dans les Evangiles l’enseignement de Jésus que l’on appelle le « Sermon sur la Montagne », qui est une sorte d’actualisation par Jésus de l’enseignement de Moïse. Nous allons profiter de l’enseignement de Jésus pour nourrir notre propre manière de vivre comme chrétiens.

Une des clés principales pour comprendre ces chapitres réside dans cette parole de Jésus : « Ne pensez pas que je sois venu abolir la Loi ou les prophètes : je ne suis pas venu abolir mais accomplir. » Jésus ne relativise en rien la Loi de Moïse ; d’ailleurs Il le dit lui-même : « Celui qui rejettera un seul de ces plus petits commandements, et qui enseignera aux hommes à faire ainsi, sera déclaré le plus petit dans le Royaume des Cieux. » Jésus ne relativise pas la Loi de Moïse ; au contraire, Il la commente et la développe. Respecter la Loi devient pour une part plus compliqué dans l’enseignement de Jésus que dans l’enseignement de Moïse.

La première lecture nous remettait en perspective la finalité de la Loi : nous conduire à la Vie. « La vie et la mort sont proposés aux hommes, l’une ou l’autre leur est donnée selon leur choix » nous redit Ben Sirac. L’auteur insiste sur notre liberté. Nous sommes libres de suivre la Loi ou de ne pas la suivre. Déjà pointe l’idée qu’il ne suffit pas de suivre bêtement la Loi, mais qu’il faut en saisir la finalité, c’est-à-dire qu’elle est une aide pour la Vie et le Salut. Nous pouvons nous aussi nous reposer cette question, si nous choisissons de vivre en suivant les 10 commandements : qu’attendons-nous comme finalité de ne pas mentir, de ne pas voler, de ne pas donner de faux témoignages ? qu’attendons-nous de vivre selon l’Evangile ? Quel est le Bien qui est en vue derrière ?

L’enseignement de Jésus relativise en quelque sorte aussi la Loi parce que Jésus nous montrera par son enseignement, par sa manière de vivre, que l’Amour accomplit et parfait la Loi. La Loi ne peut pas sauver ; elle peut aider à régler une vie, à l’orienter vers le Bien, vers l’Amour ; mais c’est l’Amour qui sauve. La Loi doit conduire à l’Amour et par là au Salut. On pourrait résumer ainsi l’enseignement de Jésus : Jésus remplit la Loi de la charité.

Je vous propose donc de reprendre quelques aspects de l’enseignement de Jésus en regardant comment Il nous invite à passer de la Loi à l’Amour.

« Si votre justice ne surpasse pas celle des scribes et des Pharisiens, vous n’entrerez pas dans le Royaume des Cieux. »Jésus nous met en garde contre un certain légalisme qui nous conduirait à nous situer par rapport à la Loi comme une fin en elle-même. La justice implique une manière de vivre, conformément à la Loi, selon le Bien, en vue du Bien. La justice implique de mesurer nos écarts par rapport à la Loi et de chercher à les réparer. Elle fait place au pardon et à la rédemption. C’est une question que nous pouvons nous poser : quelle place a le pardon dans notre vie ? Quelle place a également la réparation ? Voyez-vous, cela fait partie de notre dignité que de chercher à réparer ce que nous avons raté ou mal fait. La pénitence donnée dans le cadre du sacrement de la confession n’est jamais une punition, mais doit être une participation à la réparation de l’offense, réparation qui nous aide à coopérer à la rédemption. Il arrive souvent qu’une conception fausse de la miséricorde se soit répandue, conception selon laquelle le pardon d’une offense étant donné, il n’y aurait plus besoin de réparation, de satisfaction, dira la Catéchisme de l’Eglise Catholique. Eh bien, si ! Ce sont deux choses différentes. La réparation de l’offense en est une ; le pardon en est une autre. A partir du commandement « Tu ne commettras pas de meurtre », Jésus montre qu’il y a plusieurs manières de tuer quelqu’un, en tout cas, en ne l’aimant pas : insulter, se mettre ne colère, médire. Jésus nous invite même à prendre l’initiative de la démarche de réconciliation : « Si tu te souviens que ton frère a quelque chose contre toi, laisse-là ton offrande et va d’abord te réconcilier avec ton frère. » Voilà de quoi relire notre manière de vivre nos conflits.

« Si ton oeil droit entraîne ta chute, arrache-le et jette-le loin de toi, car mieux vaut pour toi perdre un de tes membres que d’avoir un corps tout entier jeté dans la géhenne. »Ici, Jésus nous invite à être réaliste avec nos processus de péchés. Il nous invite à être vrai et radical dans notre lutte contre nos péchés. Par cette image forte, Il nous montre que le combat contre le péché passe par une mort à soi, une mortification : arracher son œil, couper sa main. Trop souvent, nous entretenons des attitudes complices avec notre péché, ne le combattant pas efficacement, faisant parfois tomber nos efforts à côté. Précision, vérité et courage sont ici recommandés.

« Tu ne manqueras pas à tes serments, mais tu t’acquitteras de tes serments envers le Seigneur. »On admire ici la simplicité de Jésus : « Que votre parole soit « oui », si c’est « oui », « non » si c’est « non ». Ce qui est en plus vient du Mauvais. »

Quelle vérité avons-nous dans nos paroles, dans nos échanges ? dans nos relations ? Parfois, nous ne disons que des demi-vérités…c’est-à-dire que nous justifions des décisions non en disant les vraies raisons qui nous poussent à les prendre, mais en mettant en avant d’autres raisons, plus politiquement correctes…mais qui ne sont pas complètement vraies…Le manque de vérité laisse la place au démon dans les relations ! Comment s’étonner dès lors que les relations ne s’abiment ?

Voici quelques pistes de réflexion à quelques jours de l’entrée en Carême qui peuvent déjà nous y préparer spirituellement.

Je souhaiterais terminer cette méditation en faisant appel à un épisode de l’Evangile que vous connaissez bien, celui du jeune homme riche qui s’en va tout triste parce qu’il cherche à vivre selon le Bien, respectant et accomplissant en tout point la Loi, mais il ne parvient pas à être heureux. Il va donc trouver Jésus qui l’invite à se déposséder de tous ses biens, à les donner aux pauvres et à le suivre. Et notre jeune homme s’en va tout triste. Dans ce récit, il y a une chose qui fait tout basculer. Lorsque le jeune homme riche confesse qu’il observe déjà toute la Loi, l’Evangéliste nous dit que Jésus posa son regard sur lui et se mit à l’aimer. Autrement dit, Il lui fait don de l’Amour, comme don de Dieu. Il le fait passer de la Loi à l’Amour. Mais pour aimer, il faut être libre, tout du moins se libérer de ce qui nous enferme, et c’est là que le jeune homme riche n’est pas encore prêt à vivre ce détachement. Il s’en va triste parce qu’il n’est pas encore suffisamment libre pour aimer. L’appel que Jésus nous lance dépasse le respect de la Loi ; c’est un appel à aimer. Comme le dira St Jean, la pratique de la charité a cette vertu qu’elle nous parfait au sens où elle rachète toutes nos imperfections et même notre péché ! Jésus le dit lui-même à un Pharisien au sujet de Marie-Madeleine : « Si ses péchés, ses nombreux péchés lui sont pardonnés, c’est parce qu’elle a beaucoup aimé ! »

Implorons du Seigneur le don de la charité pour que notre manière de vivre de manière juste, selon le Bien, soit perfectionnée par la charité qui nous conduit au salut. Amen !

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