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Homélie du 5ème Dimanche du Temps ordinaire



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5ème Dimanche du Temps ordinaire

« Vous êtes le sel de la terre »


Frères et sœurs,

L’enseignement que Jésus donne à ses disciples semble les appeler à une plus grande audace, à un plus grand zèle ; du moins à fuir la tiédeur. Au-delà de la tiédeur qui peut guetter tout disciple de Jésus, tiédeur qui peut venir d’une foi mal nourrie, pas suffisamment nourrie ou encore de la peur d’affirmer sa foi, il faut reconnaître qu’il existe une ambigüité dans le cœur de l’homme qui consiste à vouloir être soi-même et à vouloir être comme les autres. Sans arrêt, le cœur de l’homme oscille entre ces deux pôles : être reconnu comme une personne à part entière, comme soi-même dans le fond, et la peur de ne pas être comme les autres.

Le peuple Hébreu a vécu cette oscillation. Par nature, il est un peuple sanctifié, c’est-à-dire, mis à part : il est le peuple élu, c’est-à-dire choisi parmi d’autres et aimé, mais sa particularisation l’a souvent mis mal à l’aise. Par exemple, après avoir été commandé par des Patriarches, puis après le don de la Loi à Moïse par des Juges, le peuple Hébreu va vouloir être comme les autres peuples environnants : ils vont réclamer un roi. Difficulté d’assumer le fait d’être mis à part par Dieu et d’exister seulement pour Dieu. Alors, ils auront un Roi.

Cette tentation existe toujours dans le peuple de Dieu et dans l’Eglise. Nous voyons bien combien les chrétiens sont plus à l’aise avec un des aspects de l’Évangile, comme par exemple annoncer l’Amour de Dieu pour tout homme, et moins à l’aise par exemple avec le respect de toute vie, notamment dans le ventre de la Mère. Mon propos n’est pas d’opposer un des aspects à l’autre, mais plutôt de redire que les deux aspects font partie intégrante de l’Évangile et qu’on ne peut évangéliser en ne choisissant que la partie qui nous convient ou qui nous arrange. L’exemple que je prenais plus haut nous montre combien il est difficile d’être chrétien complètement, intégralement. Il est parfois plus facile de passer sous silence tel ou tel aspect de l’enseignement de Jésus ou de l’Église parce qu’il est à contre-courant des modes de pensées ambiants et que l’on est moins à l’aise.

Dans le fond, mise à part une nouvelle fois la question de la tiédeur de notre foi, la racine profonde de cette oscillation me semble résider dans ce qui fait la particularité de l’identité du chrétien : c’est-à-dire être dans le monde tout en n’étant pas du monde. Jésus explique bien à ses disciples dans l’Évangile selon St Jean que cette particularité sera source de tensions dans leur mission. « Moi je leur ai donné ta parole, et le monde les a pris en haine, parce qu’ils ne sont pas du monde, comme moi, je ne suis pas du monde. » Jn 16, 14.

A partir de cette particularité, deux lignes directrices se dégagent, qui doivent guider la manière de vivre des chrétiens : aimer le monde dans lequel nous vivons sans nous laisser absorber ni dévorer par lui. Cette distance requise est celle qui nous permet d’évangéliser le monde. Les deux images du sel et de la lumière que Jésus prend dans l’Évangile nous montrent bien que les chrétiens ont quelque chose à apporter au monde, quelque chose qui les distingue du monde. Le rapport au monde est sans cesse à purifier. Ou bien l’Église est tentée par un repli sur elle-même parce que le monde serait la source de tous les maux, et alors elle chercherait à vivre comme une Église de gens purs, c’est la tentation du catharisme que l’Église a toujours combattue. Ou bien l’Église est tentée par une assimilation au monde, craignant de porter un message qui la distingue du monde, et alors l’Église devient, pense et agit comme le monde…si bien qu’à terme, on n’a plus besoin de l’Église et les Églises se vident ! C’est ce que l’on a vu, lorsque le catéchisme a été réduit à de la morale, à des cours de bonne conduite ou quand la liturgie a été désacralisée…si l’Église donne la même chose que le monde, pourquoi venir encore à l’Église ? Purifier, ajuster le rapport de l’Église au monde oui, mais faire rentrer le monde dans l’Église comme cela s’est parfois fait dans les années post-conciliaires a conduit, outre l’erreur de considérer que l’Église serait une fin en elle-même, à vider les Églises !

Du reste, l’histoire nous montre la vitalité des Églises qui ont résisté pour ne pas être assimilées de force au monde : je pense ici plus particulièrement aux Eglises qui se sont trouvées dans des régimes totalitaires : le Vietnam, la Corée, la Pologne, la Russie et bien d’autres…

Par nature, les chrétiens, l’Eglise, n’ont pas à être assimilés par le monde : « Vous êtes le sel de la terre. Mais si le sel devient fade, comment lui rendre de la saveur ? Il ne vaut plus rien : on le jette dehors et il est piétiné par les gens. » nous dit Jésus.

Dépassons maintenant la question du rapport au monde, de la juste distance, pour aborder celle du témoignage dont Jésus nous révèle l’importance : « Que votre lumière brille devant les hommes : alors, en voyant ce que vous faîtes de bien, ils rendront gloire à votre Père qui est aux Cieux. » « Alors, en voyant tout ce que vous faîtes de bien, ils rendront gloire à votre Père qui est aux Cieux. » L’enjeu est que notre manière de vivre constitue un témoignage crédible pour la foi. On peut penser ici aux engagements caritatifs des chrétiens, aux nombreuses œuvres de charité fondées par l’Église au cours des temps : l’école, les hospices, orphelinats, congrégations caritatives, les missions etc…Ces témoignages éloquents révèlent quelque chose de l’Amour et de la miséricorde de Dieu. Le prophète Isaïe l’évoquait en première lecture : « Partage ton pain avec celui qui a faim, accueille chez toi les pauvres sans abri, couvre celui que tu verras sans vêtement, ne te dérobe pas à ton semblable. » En ce jour où nous prions plus particulièrement pour les malades et le monde de la santé, nous pouvons aussi nous interroger sur notre soutien, notre engagement, notre lien avec les personnes malades que nous connaissons.

La pratique de la charité s’entend aussi de notre manière de vivre en tant que chrétiens. Je cite à nouveau le prophète Isaïe : « Si tu fais disparaitre de chez toi le joug, le geste accusateur, la parole malfaisante… » Notre manière de vivre en communauté est regardée. Quelle vérité avons-nous les uns envers les autres dans nos relations ? Quelle charité mettons-nous en œuvre entre nous ? Quelle place a le pardon aussi bien demandé, donné que reçu ?

Demandons au cours de cette messe au Seigneur la grâce de pratiquer la charité dans la vérité entre nous, dans notre rapport au monde, pour être du sel qui a du goût, qui apporte quelque chose en plus, pour être une lumière du Christ qui éclaire, qui guide et qui appelle. Amen !

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