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Homélie du 5ème Dimanche du Temps ordinaire


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5ème Dimanche du Temps ordinaire

« Vous êtes le sel de la terre (…) vous êtes la lumière du monde. »


Frères et Sœurs,


À travers ces images toutes simples que sont le sel et la lumière, Jésus nous invite à être. Il ne nous demande pas de faire, mais d’être. Il dit à ses disciples : « Vous êtes le sel de terre », « Vous êtes la lumière du monde. » L’enseignement de Jésus porte donc sur notre être de disciple. Pour réfléchir sur ce que nous sommes appelés à être, je vais partir des deux images que Jésus utilise : le sel et la lumière.


« Vous êtes le sel de la terre. » Le sel est tout d’abord dans les civilisations antiques ce qui permet de conserver les aliments périssables comme la viande, le poisson. Il conserve parce qu’il empêche la corruption et la dégradation. On a conservé cette signification en voyant le sel comme l’élément qui nous préserve de la corruption du péché, puis comme l’élément qui nous protège du mal et du péché. C’est la raison pour laquelle on adjoint du seul béni à l’eau bénite pour les bénédictions des lieux, des objets ou des personnes. La Bible nous rapporte également que le prophète Élisée utilisa du sel pour purifier l’eau et la guérir de la stérilité, ce qui sera repris dans les prières de bénédiction du sel.

Avec ces significations, on comprend l’usage du sel béni dans le baptême, notamment dans la forme traditionnelle. C’est un rite de protection du démon, un rite de purification, en même temps que c’est un rite qui dit la mission du baptisé qui est d’apporter du goût au monde.


« Vous êtes la lumière du monde. » Cette affirmation découle de ce que St Jean nous dit dans le prologue de son Évangile : « Le Verbe était la vraie lumière qui éclaire tout homme. La lumière a brillé dans les ténèbres et les ténèbres ne l’ont pas arrêtée. » Disciples de Jésus, nous sommes appelés à être la Lumière, à porter cette Lumière. La symbolique de la lumière est simple : elle éclaire, guide et réchauffe.

À nouveau, ce signe est repris dans la liturgie baptismale avec le Cierge pascal d’une part qui représente le Christ Ressuscité, et avec le rite de la transmission de la Lumière au parrain d’autre part qui dit la mission du parrain qui est de faire entrer son filleul dans la connaissance de Dieu et dans la foi. La première lecture évoque une autre signification de la lumière : « Si tu donnes de bon cœur à celui qui a faim, et si tu combles les désires du malheureux, ta lumière se lèvera dans les ténèbres et ton obscurité sera comme la lumière de midi. » La lumière devient l’exercice de la charité. Plus la charité se développe, plus la Lumière grandit.


À partir de ces deux signes, repris dans la liturgie baptismale, que peut-on dire de notre condition de disciple de Jésus, de notre être de baptisés ? Je retiens trois choses.


La première, c’est que nous sommes appelés en premier lieu à être, pas d’abord à faire. Jésus le dit bien dans l’Évangile du jour : « Vous êtes le sel de la terre. (…) vous êtes la lumière du monde. » De même, lorsque Jésus appelle ses Apôtres, les Évangélistes nous rapportent que Jésus appelle à Lui qui Il voulait pour « qu’eux-mêmes soient avec Lui. » Voyez-vous, aujourd’hui, trop souvent, nous voyons notre mission de baptisés comme des tâches à accomplir, des services à rendre, des missions à accepter. Oui, tout cela est important, mais la première chose pour un chrétien est d’être avec Jésus, de vivre en communion avec lui, de vivre en sa présence. Ce sera de toute la manière ce dont nous vivrons dans la vie éternelle. Au ciel, il ne sera plus question de faire des choses, mais de vivre en présence du Dieu trinitaire. Mais bien comprendre cela nous amènera à entièrement changer notre manière de vivre notre vie chrétienne. Il y a des tas d’endroits en France où l’Église n’est plus en possibilité d’accomplir sa mission : plus de catéchisme, plus de baptême, des endroits où il y a très peu de fidèles à la messe le dimanche. Et l’on peut être pris à se demander ce qui est urgent, ou alors que faire dans cette urgence missionnaire. Eh bien, la première des choses à faire, c’est d’être avec Dieu, de vivre en présence de Jésus. C’est Lui qui fait, pas nous. Mais alors, comment grandir dans le fait d’être avec Jésus ? Par la prière, par l’Adoration et par la liturgie. La prière nous met en présence de Dieu en nous décentrant progressivement de nous-mêmes. Elle nous ouvre à Dieu qui nous donne d’être. L’Adoration du St Sacrement est la prière la plus transformante, où l’on devient ce que l’on regarde. C’est la prière où l’on est le plus dépouillé et où l’on est appelé à être le plus gratuit. Dans l’Adoration, on ne vient pas d’abord pour nous, pour les autres, mais pour Jésus. Enfin, la liturgie est le lieu par excellence où notre être s’ouvre à la présence de Dieu. Dans la liturgie, on ne fait pas d’abord pour Dieu, pour les autres, on laisse Dieu faire et on apprend à être, à recevoir. Nous voyons bien aujourd’hui toutes les impasses, aussi bien pour les enfants que pour les adultes, où on a voulu faire pour ne pas s’ennuyer, pour occuper. Résultat des courses, on a entretenu les uns et les autres dans une sorte d’immaturité liturgique et spirituelle ou dans une sorte d’activisme où on n’a pas permis ou appris aux intéressés d’entrer dans la liturgie. Et on a des gens qui ont décroché, ou plutôt qui n’ont pas accroché, qui ne savent pas prier liturgiquement et qui sont perdus aujourd’hui dans la prière liturgique. La liturgie touche et nourrit notre être.


La deuxième chose, c’est que notre être de baptisé est pour les autres, non pour nous-mêmes. Le sel apporte un goût supplémentaire aux aliments, au monde. La lumière éclaire les autres et pas seulement soi-même. L’être du disciple de Jésus est un être pour les autres, pas un être seulement pour moi.


La troisième chose, c’est qu’il ne faut pas avoir peur de porter et d’apporter quelque chose aux autres. L’Évangile est clair sur cette question. Si le sel ne sale plus rien, on le jette dehors et on le piétine. Par contre, si la lumière éclaire et guide, alors les gens rendront gloire à Dieu pour ce que nous faisons de bien. Si nous assumons d’apporter quelque chose aux autres, c’est-à-dire si nous acceptons de nous distinguer du reste, de ne pas être assimilé, alors nous serons respectés ; si nous avons peur de nous distinguer, d’apporter quelque chose de spécifique qui dénote ou peur de ne pas être comme le monde, comme les autres, alors nous serons piétinés. La question qui se pose derrière est celle de notre rapport au monde. Le disciple de Jésus ne s’assimile pas au monde ; il doit s’en démarquer pour pouvoir lui apporter quelque chose. Mais s’en démarquer ne veut pas dire ne pas aimer. Car aujourd’hui, dès que l’on exprime une certaine distance par rapport au monde, et parfois même au sein de l’Église, on nous reproche de ne pas aimer le monde. Pas du tout, ce sont deux choses différentes. On peut observer une certaine distance avec le monde et en même temps profondément aimer ce monde. Par contre, l’assimilation dans le monde où le chrétien se dissout dans le monde comme le levain dans la pâte, ce qui était le Credo des catholiques post 68, n’était valable que dans la mesure où la société dans laquelle ils se diluaient était chrétienne dans ses structures, ses mentalités, ses modes de vie. Par contre, dès l’instant que la société n’est plus chrétienne, cela revient à enfouir la Lumière de l’Évangile et donc cela conduit à une dissolution de la foi dans le monde ainsi qu’à une absorption de la foi par le monde.


Frères et sœurs, ré-entendons ces paroles de Jésus : « Vous êtes le sel de la terre ; vous êtes la lumière du monde » et demandons-Lui la grâce de ne pas avoir peur de nous démarquer du monde ambiant, de ses modes de pensées, afin de pouvoir apporter à notre monde ce que Dieu nous donne mission de Lui apporter. Amen !

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