Homélie du 5ème Dimanche de Carême


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5ème Dimanche de Carême


« Celui d’entre vous qui est sans péché, qu’il soit le premier à lui jeter la pierre. »

Frères et sœurs,

Vous connaissez tous bien ce passage de l’Évangile de la femme adultère où l’on cherche à piéger Jésus et où Jésus relève cette femme pécheresse en renvoyant chacun à son propre péché.

Durant son ministère public, Jésus aura eu à affronter bon nombre de pièges, jusqu’au pire, celui de son procès illégitime avec de faux témoignages. Les Évangélistes nous apprennent qu’à chaque fois Jésus est clairvoyant et lucide sur les intentions cachées qui animent tel ou tel groupe et ils nous montrent qu’à chaque fois Jésus affronte ces pièges avec comme seule arme, la Vérité. La Vérité qui renvoie chacun à ce qu’il est, à ce qu’il fait. Ainsi Jésus choisit-Il de ne pas donner prise aux attaques des scribes et des Pharisiens. Par son silence et par le fait qu’Il ne les regarde pas, Il montre qu’Il ne veut pas entrer en dialogue avec eux. Puis, alors qu’ils insistent, Il va renvoyer chacun d’eux à son propre péché. Jésus nous appelle ainsi à faire la vérité sur nous-mêmes avant de vouloir la faire appliquer aux autres. C’est une question que nous pouvons reprendre comme examen de conscience avant les fêtes de Pâques. Et Il nous dit en plus que la Vérité a la force de déjouer les pièges que l’on peut nous tendre. Plus nous sommes en vérité avec nous-mêmes et dans nos relations les uns envers les autres, plus nous sommes forts et protégés. La Vérité, voilà l’arme de Dieu pour affronter ce monde où lumière et ténèbres s’entremêlent sans arrêt, jusque dans nos cœurs.

Mais cette attitude de vérité qu’adopte Jésus ne peut s’expliquer ultimement que par l’Amour que Jésus nous porte. C’est parce qu’Il aime l’homme malgré son péché, malgré ses ambigüités, que Jésus veut le sauver par la Vérité. La première lecture évoquait en prophétie cette force de Vie que Dieu apporte dans tous nos déserts : « Oui, je vais faire passer une route dans le désert, des fleuves dans les lieux arides. » Ces paroles s’accompliront dans la Résurrection de Jésus qui est la victoire finale de la Vérité, de l’Amour et de la Vie sur le mal et la mort. Dans tous nos lieux de péchés, de ténèbres, de compromissions, d’addiction, Jésus nous aide à faire la Vérité pour faire jaillir la Vie et l’Amour : voilà ce que nous nous préparons à vivre à Pâques.

L’attitude de Vérité qu’adopte Jésus conduit aussi au salut. Le salut pour la femme adultère, mais aussi le salut pour tous ses contradicteurs. Au sujet de ces derniers, il est remarquable de voir combien, plus nous approchons de la Passion, plus Jésus cherche à ouvrir des chemins de Vérité et de salut dans le cœur de ses accusateurs. Nous le voyons aujourd’hui dans l’Évangile du jour avec les scribes et les Pharisiens, mais, nous le verrons de plus en plus à l’approche de la Passion chez tous ceux qui accusent Jésus, en partant du serviteur du grand prêtre qui giflera Jésus et à qui Jésus demandera : « Pourquoi me gifles-tu ? Ai-je mal parlé? Si j’ai mal parlé, dis-moi en quoi j’ai mal parlé ? mais sinon, pourquoi me gifles-tu ? » jusqu’à son ultime prière sur la croix : « Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font » en passant par chez Pilate, à qui Jésus demandera lors de son procès : « Dis-tu cela de toi-même ou bien parce d’autres te l’ont dit ? » Jusqu’au bout, Jésus renverra ses accusateurs à leur propre péché, à leur conscience personnelle, essayant d’ouvrir un chemin à la lumière et à la vérité dans leur cœur, et ce, de manière de plus en plus forte à mesure que l’on approche de l’heure suprême de son sacrifice sur la croix, qui sera la vraie source du salut et de la miséricorde.

Ce chemin de salut que Jésus cherche à ouvrir chez tous, Il l’ouvre aujourd’hui dans l’histoire de la femme pécheresse en ne la condamnant pas et en lui faisant faire l’expérience de la miséricorde de Dieu. St Jean dira bien au début de son Évangile que Jésus est venu sauver, non condamner, mais que tous ceux qui refusent d’être sauvés, se condamnent eux-mêmes.

St Paul offre une belle synthèse dans la deuxième lecture que nous avons entendue : il redit que la Loi est impuissante à sauver, mais que c’est la foi qui offre le salut. Nous ré-entendons cette action de Dieu qui offre le salut dans un monde et une société où, à mesure que Dieu recule de nos systèmes législatifs, les lois se multiplient, et dans un contexte où l’on a souvent tendance à ne présenter l’Église qu’à travers un système de règles morales et de principes, oubliant que la première action de Dieu dans nos vies est d’ouvrir un chemin de salut. L’Évangile nous montre que Jésus n’enferme personne dans son histoire, dans son péché, mais que partout où Il est accueilli, Il ouvre un chemin de vérité, de salut et de vie. La miséricorde dépasse la Loi, non pas en l’annulant ni en la contrecarrant, mais en l’accomplissant. La miséricorde ne s’oppose pas à la justice, au contraire, elle présuppose la Loi, la Vérité, la réparation et elle ouvre un nouveau chemin vers le salut. C’est ce que Jésus veut faire dans chacune de nos vies, si nous Le laissons venir et agir en nous.

Je voudrais terminer cette petite méditation sur une attitude de Jésus que l’on voit dans l’Évangile du jour, mais que l’on retrouvera dans les jours et semaines qui viennent et dont nous pouvons certainement faire l’expérience dans notre vie : il s’agit du silence de Jésus. Le silence de Jésus nous déconcerte souvent et ce, même jusque dans notre vie spirituelle, où nous ne savons pas forcément comment bien l’interpréter. Plusieurs choses sont à nous redire. Tout d’abord, Dieu est Parole. C’est pourquoi son silence nous déconcerte. Mais, son silence n’est jamais une absence d’écoute. Dieu entend toujours tout, même si ce que nous lui disons n’est ni beau, ni vrai, ni bien dit. Le silence de Dieu est une réponse à interpréter. C’est une réponse qui nous renvoie à notre liberté, comme nous le voyons dans l’Évangile. Jésus nous appelle par le silence qu’Il nous répond à nous réajuster et à nous replacer correctement. Et Il nous fait confiance sur ce travail de réajustement. Et si besoin, Il dira dans un deuxième temps une parole comme Il le fait dans l’Évangile : « Que celui qui n’a jamais péché lui jette la première pierre. » Nous le verrons également lors de son procès avec Pilate ; à un moment donné, Jésus ne répondra plus, Il ne se défendra plus. Par ce qu’Il sait que cela ne servira plus à rien pour ouvrir le chemin du salut dans le cœur des personnes. Quant à sa défense, Jésus manifeste la vérité jusqu’au bout, mais Il sait aussi qu’il faut que cette injustice s’accomplisse. Le silence de Dieu est toujours un appel à un approfondissement intérieur, à un réajustement dans la vérité et alors, la Parole surgira qui nous donnera consistance.

Frères et sœurs, en cette fin de temps Carême, habitons nous-aussi le silence dans notre vie de prière, dans nos liturgies, pour nous laisser rejoindre par Dieu qui parle dans le silence, qui creuse en nous le chemin de la vérité et du salut. Amen !

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