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  • Paroisse Saint Louis

Homélie du 33ème Dimanche du Temps ordinaire


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33ème Dimanche du Temps ordinaire

« À celui qui a, on donnera encore, et il sera dans l’abondance ; mais celui qui n’a rien se verra enlever même ce qu’il a. »

Frères et sœurs,

Nous méditons ce dimanche une nouvelle parabole qui nous parle du Royaume des Cieux. La pointe de la parabole se situe dans le fait que nous faisons ou non fructifier les talents que Dieu nous donne. C’est là-dessus que nous serons jugés.

Le premier élément que je voudrais méditer avec vous est celui de la totale libéralité de Dieu. À l’heure où l’on veut que tout le monde ait toujours les mêmes choses, la parabole nous redit que Dieu ne donne pas les mêmes choses à tout le monde. Ainsi l’un reçoit 5 talents ; un autre 2, un autre encore 1. Est-ce injuste ? Non ! C’est ainsi. Les dons de Dieu sont répartis de manière libre dans le monde, dans la nature et chez les créatures. C’est une chose que de vouloir que tout le monde ait les mêmes droits ; c’en est une autre de vouloir que tout le monde ait les mêmes choses. La justice de Dieu n’est pas à rechercher ici.

Il faut maintenant s’entendre sur ce que sont les talents. Je vous propose une première lecture, tirée du Pape St Grégoire le Grand (VIème siècle), qui présente l’avantage de ne pas s’appesantir sur la question quantitative. St Grégoire le Grand propose de comprendre ainsi la parabole des talents : les 5 talents représentent les 5 sens de l’homme (l’ouïe, l’odorat, le toucher, la vue, le goût), c’est-à-dire la science des choses extérieures. Les 2 talents représentent la faculté de comprendre les choses et celle d’agir ; le seul talent représente la faculté de comprendre. Celui qui fait fructifier les 5 talents est celui qui a mis à profit les dons extérieurs reçus. Celui qui fait fructifier les 2 talents est celui qui édifie les autres par sa science et ses actes. Celui qui n’a reçu qu’un seul talent et qui va l’enfouir est celui qui applique son intelligence aux réalités terrestres sans chercher de gain spirituel et sans jamais élever son cœur au-dessus des pensées de la terre. Je proposerai plus loin une autre manière d’interpréter ce que sont les talents. J’en viens maintenant à la question de la fécondité de nos talents : qu’en faisons-nous ?

Celui qui a reçu 5 talents et qui en rend 5, celui qui a reçu 2 talents et qui en rend 2 illustrent cette parole de Jésus à ses Apôtres : « À qui l’on a beaucoup donné, on demandera beaucoup ; à qui l’on a peu donné, on demandera peu. » Nous sommes appelés à mettre au service de Dieu et des autres ce que Dieu nous a donné.

Le cas de celui qui n’a reçu qu’un seul talent vient nous poser une première question : est-ce que nous nous approprions ce que Dieu nous donne ? Il est remarquable en effet que celui qui n’a reçu qu’un seul talent répondra : « J’ai eu peur et je suis allé cacher ton talent dans la terre. Le voici. Tu as ce qui t’appartient. » À aucun moment, il n’a reçu le don de Dieu ; à aucun moment, il ne l’a fait sien. « J’ai été enfouir ton talent. Tu as ce qui t’appartient. » Il y a ici un premier péché : ne pas avoir accueilli le don de Dieu. Il y a un péché à se considérer comme propriétaire du don de Dieu ; il y en a un autre à le refuser. Entre les deux, nous sommes appelés à nous considérer comme des dépositaires du don de Dieu.

L’attitude de celui qui n’a reçu qu’un seul talent nous révèle aussi un deuxième péché et nous pose une deuxième question : « Je savais que tu es un homme dur : tu moissonnes là où tu n’as pas semé, tu ramasses là où tu n’as pas répandu le grain. » Le regard sur le Maître est profondément mauvais et faussé. Cette fois-ci, la justice de Dieu se révèle par le fait que Dieu répondra à ce serviteur avec le même regard que le serviteur posa sur le Maître. Et nous, quel regard posons-nous sur Dieu ? Nous savons combien le regard que nous posons sur Dieu est lourd de conséquences, surtout sur le type de relation que nous construisons avec Dieu.

Quant à ceux qui ont reçu pour l’un 5 talents, pour l’autre 2 talents, la parabole vient nous redire que, si nous sommes appelés à redonner ce que nous avons reçu, Dieu ne nous demandera pas au-delà de ce que nous avons reçu ou de ce que nous pouvons donner.

J’en viens maintenant à une autre manière de comprendre ce que sont les talents, cette fois-ci en les considérant de manière quantitative. Comprenons les talents comme l’amour. Celui qui a reçu 5 talents a reçu beaucoup d’amour ; celui qui en a reçu 2 en a reçu beaucoup, mais moins ; celui qui n’en a reçu qu’un en a reçu encore moins. Nous savons tous que si nous sommes faits pour aimer, nos capacités d’amour sont différentes les uns des autres. La parabole nous redit que celui qui a beaucoup d’amour à donner recevra beaucoup ; celui qui a reçu moins, recevra moins ; celui qui a reçu peu et ne le cultive pas, ne recevra rien. Il est vrai que, par nature, l’amour appelle l’amour en réponse. La fin de la parabole devient alors claire : « À celui qui a, on donnera encore et il sera dans l’abondance ; mais celui qui n’a rien se fera enlever même ce qu’il a. » Celui qui ne met pas de limite à l’amour reçoit sans limite ; celui qui n’aime pas, perd même ce qu’il a ou plus exactement ce qu’il n’a pas reçu. Ainsi la parabole nous redit que nous serons tous jugés sur l’amour que nous avons et qu’il n’y a aucune limite à aimer. La charité nous pousse à aimer sans mesure, à aimer son ami en Dieu et son ennemi à cause de Dieu.

Demandons au Seigneur la grâce de progresser dans l’amour au cours de notre vie terrestre pour nous ouvrir à l’Amour éternel que le Seigneur veut nous donner au terme de notre vie. Amen !

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