Homélie du 32ème Dimanche du Temps ordinaire


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32ème Dimanche du Temps ordinaire

« Mais ceux qui ont été jugés dignes d’avoir part au monde à venir et à la résurrection d’entre les morts ne prennent ni femme ni mari. »

Frères et sœurs,

Dans le prolongement des jours saints de la Toussaint et du Jour des morts que nous avons vécus la semaine passée, nous sommes invités à méditer en ce dimanche sur nos relations dans l’Au-delà et sur la Résurrection.

Le premier enseignement de Jésus que nous pouvons tirer de l’Évangile est qu’il faut se garder de penser nos relations dans l’Au-delà à partir de nos relations ici-bas. Ainsi donc, pour reprendre l’exemple des Sadducéens, la veuve, au Ciel, ne sera l’épouse d’aucun des 7 frères qu’elle aura eus pour mari. Les relations sur terre sont marquées par la finitude, par le péché, par les limites, par l’exclusivité. Au Ciel, en Dieu, tout cela tombe, puisque toutes nos relations seront vécues en Dieu. Lorsque nous mourons, notre âme s’en va vers Dieu. Et selon sa sainteté, sa propre purification, elle est plus ou moins apte à s’unir immédiatement à Dieu. Si elle est sainte et pure, c’est-à-dire déjà purifiée par la charité, elle peut s’unir à Dieu selon ses capacités d’union, qu’elle aura acquis sur terre. Si elle ne l’est pas encore, elle va se purifier au Purgatoire pour devenir apte à s’unir parfaitement à Dieu. Donc, purgatoire ou pas, toutes les âmes qui choisissent d’aller vers Dieu vont s’unir à Dieu. Si toutes les âmes s’unissent à Dieu, elles découvrent une nouvelle relation les unes avec les autres, mais par Dieu et en Dieu. C’est en ce sens qu’il faut comprendre une des paroles de St Paul qui parle de la vie après la mort, lorsqu’il dit que Dieu sera tout en tous. Nos relations au Ciel seront donc renouvelées en Dieu. D’ailleurs, les relations qui ont été abîmées sur terre se trouveront réparées et renouvelées en Dieu au Ciel : voilà un motif d’espérance pour tous ceux qui ont vécu des relations qui ont fait souffrir ou pour tous ceux qui auraient aimé les réparer et ne l’ont pu. Ce que je dis là n’est ni plus ni moins qu’une manière de comprendre le mystère de la communion des saints.

Ne pensons donc pas nos relations dans l’éternité à partir de nos relations ici-bas sur terre. À ce propos, la première lecture nous montre le processus inverse, qui est celui que nous devons adopter dans notre vie chrétienne. Les 7 frères juifs vont pouvoir supporter le martyre parce qu’ils savent que dans l’Au-delà, ils seront restaurés et vainqueurs. Voyez-vous : ils forment leur manière de vivre ici-bas sur terre à partir de leur foi en la vie éternelle, au contraire des Sadducéens qui pensent l’éternité à partir de leur vie ici-bas sur terre.

Benoît XVI, alors qu’il était interrogé sur la désaffection des chrétiens quant à la question de la vie éternelle, répondait que pour une part, cela venait du fait que l’on pensait la vie éternelle à partir de notre vie actuelle…et constatant que pour beaucoup la vie actuelle n’est pas plaisante, il disait ne pas s’étonner que la vie éternelle ne soit pas désirée. Mais il disait également que ceux qui s’ouvraient à la perspective de la vie éternelle étaient ceux qui vivaient une profonde situation d’injustice dans notre monde et qui, par l’aspiration profonde de leur nature créée par Dieu, s’ouvraient naturellement à un désir de justice qui ne serait pas dans notre monde, mais dans l’Au-delà, d’où l’ouverture à la vie éternelle.

Si l’on a compris cela, on comprend alors en quoi le célibat consacré, qu’il soit celui des prêtres, des religieux ou des religieuses, est un signe de la vie éternelle, bien qu’ici-bas, il soit un signe de contradiction avec le monde. La première raison du célibat consacré ne réside pas dans la question d’une meilleure disponibilité pour la mission, le ministère, que sais-je…vous connaissez tous des personnes qui ont charge de famille, d’enfants, et qui trouveront toujours le temps de s’occuper des autres et de s’engager, et inversement, vous connaissez des personnes qui ont une vie calme, pas très remplie et qui se noient dans un verre d’eau dès qu’on leur demande quelque chose. La vraie raison du célibat consacré est dans la signification qu’il a des relations que nous aurons dans l’éternité. Et c’est pour cela qu’il est gênant pour notre monde. Car ce n’est pas le célibat en-lui-même qui est gênant dans nos sociétés où l’on ne pousse plus les gens à se marier ; le célibat ordinaire n’est même pas suspecté de toutes les dérives que l’on inflige au célibat consacré…mais celui qui dérange est le célibat consacré, parce que, ultimement, d’une manière ou d’une autre, il dit l’existence de Dieu.

Plus que jamais, Frères et sœurs, il faut non seulement défendre le célibat consacré, mais aussi l’estimer ou apprendre à l’estimer. Ce que je vous ai expliqué des relations que nous aurons au Ciel nous montre que le célibat consacré est un don de Dieu à son Église. Alors, un don fragile, certes. Mais plutôt que de laisser le célibat consacré être sali et mis en cause par le monde, ou même par ceux qui sont censés le vivre et qui le détruisent d’eux-mêmes, il faut réapprendre à en vivre et peut-être contribuer à l’équilibre de ceux qui ont choisi de le vivre. Le célibat consacré est un réel signe de l’existence de Dieu et il est source de fécondité. Le perdre ou sans arrêt le remettre en cause reviendrait à perdre un outil efficace donné par Dieu. Ce que je vous dis là ne met pas de côté les atteintes scandaleuses contre le célibat, atteintes perpétrées par ceux-là même qui s’étaient engagés à le vivre saintement. Mais cette question dépasse la question de la signification du célibat consacré et appelle d’autres analyses. En tout cas, outre la question du péché personnel, se pose la question de la responsabilité de l’Église et de ses dirigeants comme nous pouvons le voir dans l’affaire Santier.

Pour revenir à l’Évangile du jour, il est aussi question de la résurrection, pas seulement celle de Jésus, mais aussi la nôtre. Étymologiquement, resurgere en latin signifie se relever. La résurrection implique donc la question du corps qui se relève de la mort. Se pose alors à nous la question de la corporéité de notre corps lorsque nous serons ressuscités. Il faut également faire attention à ne pas confondre l’immortalité de l’âme avec la Résurrection : bien souvent on confond ou on mélange un peu les deux. Après la mort, notre âme a 3 possibilités : ou bien elle s’unit immédiatement à Dieu, ou bien elle a besoin de se purifier pour s’unir à Dieu (purgatoire), ou bien elle choisit de refuser Dieu. Ça, c’est ce qui se passe après la mort. Et l’autre chose, à la fin des temps, tous nous ressusciterons, bons comme mauvais, c’est-à-dire que nous retrouverons notre corps auquel notre âme s’unira à nouveau. La mort a introduit une division, séparation, entre le corps et l’âme ; la Résurrection à la fin des temps réunira notre âme à notre corps. Alors avec quel corps ? Celui que nous avions à 3 ans, à 20 ans, à 80 ans ? Et puis, un corps marqué par la maladie ? par le handicap si nous avons été handicapés ? St Paul nous répond à cette question en disant que nous ressusciterons avec un corps glorieux, c’est-à-dire un corps qui n’est plus soumis au temps, aux limites, aux déficiences, comme l’était le corps ressuscité de Jésus qui apparaissait comme cela à ses disciples et dont on pouvait toucher la marque des clous. La question de la résurrection de la chair est un vrai mystère que pourtant nous réaffirmons chaque dimanche dans le Credo. Et nous pouvons le réaffirmer en nous appuyant sur les paroles de Jésus, comme dans l’Évangile du jour, et parce que Jésus est ressuscité avec un corps.

Frères et sœurs, que la méditation de cet Évangile fasse grandir en nous le désir de la vie éternelle à partir de laquelle il nous faut construire notre vie terrestre. Amen !

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