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Homélie du 31ème Dimanche du temps ordinaire


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31ème Dimanche du temps ordinaire

« Ne donnez à personne sur terre le nom de père, car vous n’avez qu’un seul Père, celui qui est aux cieux. »


Frères et sœurs,


En cette fin d’année liturgique qui approche, en ce mois de novembre où l’Église prie plus particulièrement pour les défunts, la liturgie nous invite à regarder notre relation à Dieu. Comment conduisons-nous notre existence ? Quels sont les regards en fonction desquels nous orientons notre vie ? La remarque de Jésus à destination des scribes et des Pharisiens vaut également pour nous : « Toutes leurs actions, ils les font pour être remarqués des gens. »


Frères et sœurs, il est important de nous remettre sous le regard de Dieu en premier. C’est Lui qui donne toute consistance à notre être, à notre vie, à notre identité. Sans la présence de Dieu, nous ne sommes rien, notre être est vide, sans consistance ni existence. Le danger est de chercher à exister au regard et en dépendance du monde, au regard et en dépendance des autres : c’est en fait cela la mondanité. « Toutes leurs actions, ils les font pour être remarqués des gens : ils élargissent leurs phylactères et rallongent leurs franges ; ils aiment les places d’honneurs dans les dîners, les sièges d’honneurs dans les synagogues et les salutations sur les places publiques. » dénonce Jésus. Ce qui s’oppose au fait d’exister face à Dieu, c’est la mondanité. Ce n’est pas le fait de croire que Dieu n’existe pas, car il y a une certaine cohérence si l’on croit que Dieu n’existe pas à ne pas fonder notre manière de vivre par rapport à Lui ; mais ce qui s’oppose à fonder notre existence par rapport à Dieu, c’est l’esprit du monde, c’est accorder plus d’importance au regard des autres qu’à celui de Dieu. Cette attitude révèle un profond manque de liberté intérieure et nous fait perdre notre liberté. Mais prenons bien garde, car cette attitude concerne en premier lieu les chrétiens comme elle concerne dans l’Évangile l’une des catégories les plus fidèles parmi les Juifs. Ces attitudes existent dans les paroisses : combien de personnes, par exemple, vont choisir le lieu de pratique de leur messe en fonction du regard des autres, du qu’en dira-t-on ou de la pression des réseaux amicaux, mondains ! (Et même chez nous !) Quel manque de liberté intérieure ! Ces comportements ne sont pas orientés par une attention à être sous le regard de Dieu, mais par une dépendance au regard des autres.


Dans la même ligne, je me réjouis de la bien plus grande mixité de l’assemblée de cette messe de 11h00, qui n’est plus la représentation d’un seul et même milieu, comme ce que j’avais trouvé en arrivant, mais qui représente désormais une assemblée beaucoup plus diversifiée, à l’image et de la paroisse et de la société. Mais nous pouvons encore progresser en ayant le souci de saluer, de rencontrer ceux que nous ne connaissons pas, plutôt que de rester en fin de messe à saluer ceux avec qui nous avons des relations déjà établies. Fonder notre existence sous le regard de Dieu nous conduira à être libre, simple et vraiment humble. Prenons garde à la mondanité qui se niche dans les relations et nous dévie d’une existence fondée sous le regard de Dieu.


Je crois qu’il y a ici une manière de comprendre les paroles de Jésus : « Ne donnez à personne sur terre le nom de Père, car vous n’avez qu’un seul Père, celui qui est aux cieux. Ne vous faites pas non plus donner le titre de maître, car nous vous n’avez qu’un seul maître, le Christ. » Il y a plusieurs manières de comprendre ces paroles, et je vais développer cela par la suite, mais une des premières choses que Jésus nous dit ici, ce n’est pas qu’il conteste d’abord le titre de Père ou de Maître, mais c’est le fait qu’Il conteste le fait que les hommes s’attribuent eux-mêmes ces titres, se les donnant comme des reconnaissances ou des trophées dans une sorte d’auto-célébration, d’auto-glorification. Or, il me semble que Jésus laisse ouvert la possibilité de les recevoir d’en haut, mais non de ses les attribuer.


J’en viens maintenant à une autre manière de comprendre ces paroles de Jésus et je m’arrêterais davantage sur la question du Père : « Ne donnez à personne sur terre le Nom de père car vous n’avez qu’un seul Père, Celui qui est aux Cieux. » Jésus nous redit ici qu’il n’y a qu’un seul Père à l’origine d’où tout provient. Toute paternité, qu’elle soit biologique, spirituelle, sociale, n’est qu’une participation à l’unique paternité de Dieu qui, elle seule, est totale et parfaite. Dit autrement, aucune de ces paternités n’est ni parfaite ni complète. Mais elles tirent toutes leur substance de la paternité d’origine qui est divine. St François d’Assise a eu un geste radical qui a montré qu’il avait compris cette question de paternité. Devant son père qui lui reproche son choix et son orientation de vie, François dépose tous ces habits au pied de son père, lui disant ainsi que Celui qui lui donne son vrai habit de fils est Dieu.


L’enracinement des uns et des autres dans la même paternité divine est la source du fondement de toute fraternité. Car, qui dit « fraternité » présuppose une même origine et donc un même Père. La fraternité ne peut pas exister sans la paternité. Vous voyez que la devise de notre pays « Liberté-égalité-Fraternité » présuppose, si l’on réfléchit, une origine à une paternité commune qui est celle de Dieu.


Il existe différentes manières d’envisager la fraternité. Certains la voient entre les êtres humains entre eux, du fait de leur humanité commune partagée. On va parler alors de « Frères en humanité. » Ce n’est pas faux, évidemment. D’autres la voient par rapport à une origine ou une culture commune, par rapport à une patrie ou une nation. D’autres la voient de manière plus profonde à partir du même baptême qui fait des baptisés des fils de Dieu et donc des frères entre eux. D’autres la voient de manière encore plus profonde à partir du sacrement de la Communion, qui fait que les baptisés, fils de Dieu, se nourrissent de la même nourriture qui est Dieu lui-même. En fait, il ne faut pas opposer ces différentes conceptions de la fraternité, mais il faut reconnaître que plus nous sommes issus et nourris des mêmes sacrements, plus nous sommes unis profondément les uns aux autres. Les liens divins qui nous unissent les uns aux autres sont plus forts chez ceux qui vivent des mêmes sacrements que chez ceux qui partagent la même humanité. Cette profondeur de la fraternité fait que tout chrétien estime tout être humain, qu’il soit chrétien ou non, du fait de son humanité et de son être créée à l’image de Dieu qui lui donne une dignité inviolable, et en même temps, cette profondeur de la fraternité nous lie encore plus à ceux qui nous sont plus unis par la foi et les sacrements. Le prophète Malachie évoque la blessure profonde dans la fraternité du Peuple d’Israël : « et nous, n’avons-nous pas tous un seul Père ? N’est-ce pas un seul Dieu qui nous a créés ? Pourquoi nous trahir les uns les autres, profanant ainsi l’Alliance de nos pères ? » Ces blessures dans la fraternité et l’unité proviennent d’une déficience dans la manière de vivre la paternité divine.


Pour terminer, je souhaiterais vous parler de la paternité du prêtre, puisque l’on entend par-ci, par-là, des gens (même catholiques) dire, dans la logique des Protestants, qu’ils n’appelleront pas un prêtre « mon Père », se référant à la parole de l’Évangile entendue aujourd’hui. Un premier aspect de cette question vient dans le fait que les Protestants contestent l’institution divine de l’Église, pour n’en voir qu’une institution humaine, inventée par les hommes. Juste un petit bémol pour les Luthériens qui ne vont pas complètement jusque-là. Un Protestant ne reçoit pas l’Église de Dieu, il ne reçoit pas les ministres de Dieu, c’est d’ailleurs la raison pour laquelle ils choisissent ou élisent leur pasteur. Par contre, ils se donnent entre eux le titre de pasteur, de maître. Mais ils ne les reçoivent pas de Dieu. Un autre aspect de la question réside dans le fait que, ne reconnaissant pas l’institution divine des ministères (évêques-prêtres), ils n’en reconnaissent pas la paternité divine. Et donc, lorsque des personnes reprennent ces paroles dans un sens exclusivement littéral, elles contestent la paternité divine du ministère du prêtre ou de l’évêque, réduisant les personnes à de simples fonctionnaires du culte. Et l’on comprend que dans cette logique, le célibat consacré demeure incompréhensible pour ces gens-là. Effectivement, si le célibat consacré n’est pas rattaché à Dieu, il n’a aucun sens. Dans le sacerdoce catholique, le célibat consacré permet une consécration et une configuration plus radicale à l’état de vie de Jésus, permettant à Jésus d’agir plus profondément dans un être qui lui est totalement consacré.

Donc, lorsque vous dîtes « mon Père » à un prêtre ou « Monsieur l’Abbé », vous reconnaissez non seulement sa fonction ministérielle, mais aussi la paternité spirituelle ou divine que Dieu lui transmet pour l’édification de l’Église. Nier ce titre, c’est ne pas reconnaître l’institution divine du ministre.

La paternité du prêtre prend toute sa place dans l’Église, qui, par nature, est féminine. Dieu passe par l’Église pour donner la vie, la grâce. Il peut le faire en-dehors, mais Il a choisi, de manière privilégier de passer par l’Église, Épouse du Christ. C’est parce que l’Église est par nature féminine, recevant l’Amour de son Époux et transmettant la vie par les sacrements, que le sacerdoce ne peut être que masculin.


Puisse notre vie en Église, en paroisse, au contact des prêtres que l’on n’a pas choisis mais que l’on reçoit de Dieu, nous aider à grandir dans notre relation filiale à Dieu, Père. Amen !

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