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  • Paroisse Saint Louis

Homélie du 30ème Dimanche du Temps ordinaire


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30ème Dimanche du Temps ordinaire

« Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton esprit. »

Frères et sœurs,

On interroge Jésus sur la Loi et Il répond sur l’Amour. Tout est dit. C’est en Jésus que l’on passe de la Loi à l’Amour ou plutôt que l’on passe à la Loi de l’Amour. Et sur la question de l’Amour, Jésus répond en deux temps : l’Amour de Dieu et l’Amour du prochain. S’Il les met en équivalence, Il place d’abord l’Amour de Dieu en premier : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton esprit. »

En mettant d’abord en premier l’amour de Dieu, Jésus nous révèle que la source de tout amour est en Dieu. « Tous ceux qui aiment sont enfants de Dieu et connaissent Dieu » nous dit St Jean l’Apôtre de l’Amour. Benoît XVI rappelait dans son encyclique Deus caritas est qu’aimer est une participation à l’être de Dieu. Jésus nous redit que l’amour de soi, l’amour du prochain, découlent de l’Amour de Dieu et est une participation à l’amour de Dieu. Bien plus, en les plaçant dans cet ordre, Jésus nous redit aussi que c’est Dieu qui nous apprend à nous aimer personnellement et à aimer les autres. Il est à la fois la source et le principe efficace de l’amour.

Mais Jésus nous révèle également les différentes dimensions de l’amour. Trop souvent, nous réduisons l’amour à sa seule dimension affective ou sentimentale. Dans cette version de l’Évangile, l’Amour a une triple dimension : il est affectif « de tout ton cœur » ; il est spirituel « de toute ton âme » ; il est intellectuel « de tout ton esprit ». St Luc ajoute dans son Évangile : « de toutes tes forces », ajoutant ainsi une dimension physique. Alors demandons-nous comment nous honorons l’amour de Dieu dans toutes ses dimensions. Comment aimons-nous Dieu avec nos sentiments, avec notre affectivité ? Quand on aime quelqu’un, on aime être avec cette personne, même sans rien dire ni rien faire. Est-ce que nous sommes capables d’être gratuitement, simplement devant Dieu, avec Dieu, sans avoir quelque chose à Lui dire, à Lui demander ? L’Adoration du St Sacrement est à ce titre une bonne école d’amour. Est-ce que nous aimons Dieu avec notre âme ? c’est-à-dire, en soignant notre vie surnaturelle ? à travers la prière, les sacrements, la communion, la confession ? Est-ce que nous aimons Dieu avec notre intelligence ? comment nourrissons-nous notre relation à Dieu ? à travers nos lectures, notre travail, nos réflexions ? Si nous suivons St Luc, nous pouvons nous interroger également sur la dimension physique de notre amour de Dieu : quelles énergies, quelles forces déployons-nous pour Dieu ? Aimer Dieu de tout son cœur, de toute son âme, de tout son esprit, c’est aimer Dieu avec la totalité de ses puissances.

Venons-en maintenant à l’amour du prochain : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même. » Il y a ici un équilibre subtil à trouver entre l’amour que nous nous portons à nous-même et l’amour que nous portons aux autres. Aimer l’autre comme soi-même implique de s’aimer soi-même de manière juste et de mettre au même niveau l’amour que nous portons à l’autre. Nous voyons bien tout de suite les déséquilibres que cet équilibre entraine : ou bien nous nous aimons plus que les autres, et nous tombons dans une sorte d’égocentrisme et d’orgueil ; ou bien nous aimons les autres plus que nous et dans ce cas, cela révèle que nous ne nous aimons pas comme il faut, en tout cas, que nous nous aimons mal.

L’ennemi de l’amour du prochain est l’amour propre, l’amour de soi. C’est le premier lieu à purifier en soi pour pouvoir aimer en vérité. L’amour propre se cache derrière la susceptibilité, la recherche de reconnaissance, d’approbation. Le Seigneur révèle à Ste Catherine de Sienne que « l’amour propre (parce qu’il procède de l’orgueil) contient en lui-même tout le mal. » Comment combattre l’amour propre ? par la pratique de l’humilité, par la mortification de son orgueil, de la toute-puissance de son « moi-je ».

Au sujet de l’amour du prochain et de l’équilibre, délicat, à construire avec l’amour de soi, je voudrais aborder ici une situation à laquelle nous pouvons être confrontés les uns les autres, que cela soit une relation d’amour conjugal, entre époux, ou dans une relation d’amitié. Il arrive que des personnes aient l’impression d’être moins aimées de l’autre qu’elle-même n’aime. Je voudrais vous donner ici l’enseignement du Seigneur à Ste Catherine de Sienne qui répond à cette question en puisant dans l’amour de Dieu, source de tout amour, comme je le disais plus haut. Voici ce que dit le Seigneur à Ste Catherine de Sienne : « Sais-tu à quoi l’on reconnait que celui qui aime d’un amour spirituel n’est point parfait ? À ce qu’il s’afflige quand il croit que la créature aimée ne répond pas à son amour avec la même force avec laquelle il croit l’aimer. À ce qu’il s’afflige quand il se voit délaissé, quand il est privé du plaisir que ma présence lui procurait, ou quand il voit que cette créature en aime une autre plus que lui. C’est à cela et à beaucoup d’autres signes encore, que l’on pourra s’apercevoir que cet amour pour moi et pour le prochain est encore imparfait. (…) Cet amour, c’est bien en moi qu’il l’a puisé, mais comme il se comportait encore imparfaitement envers moi, voilà qu’il se comporte imparfaitement envers celui qu’il aime d’un amour spirituel. Tout cela n’arrive que parce que la racine de l’amour propre spirituel n’a pas été bien extirpé. » LXIV Dialogues L’enseignement est clair : la guérison de ces blessures d’amour réside dans la purification de l’amour propre et dans un amour plus pur et plus parfait de Dieu.

Ce double commandement de l’amour de Dieu et du prochain nous amène à vivre le plus parfaitement possible ces deux dimensions dans notre vie de tous les jours, et à la suite de St Paul dans la deuxième lecture, à être digne d’imitation.

Le premier exemple digne d’imitation est en tout premier lieu Jésus. Jésus unit parfaitement en Lui, en sa personne, l’Amour de Dieu et du prochain. Il unit également de manière parfaite l’enseignement et la manière de vivre, les paroles et les actes. Son enseignement exigent est confirmé et accompli par l’acte suprême d’amour du don de sa vie sur la Croix. Il ne peut y avoir de témoignage plus éloquent que l’offrande de sa vie sur la croix : offrande d’amour faite à son Père pour nous.

Après Jésus, il y a St Paul qui nous invite à vivre de manière à être digne d’imitation : « et vous-mêmes, vous nous avez imités, nous et le Seigneur, en accueillant la Parole au milieu de bien des épreuves. » La cohérence de vie est importante, l’adéquation entre les paroles et les actes aussi, mais St Paul nous révèle également la manière dont nous vivons les épreuves : « en accueillant la parole au milieu de bien des épreuves. » Comment vivons-nous les épreuves de notre vie ? qu’elles soient de santé, de travail, de tout autre ordre ? Est-ce que nous les vivons de manière seule, isolée, en nous refermant sur nous-mêmes, en nous aigrissant, ou bien en accueillant la parole, c’est-à-dire, en les vivant avec Dieu, dans la foi ? Là se trouve un réel et puissant témoignage évangélique, source de conversion. Nous connaissons tous des personnes qui nous ont édifiés par la manière qu’elles avaient de vivre l’épreuve de la maladie. L’exemplarité à laquelle nous sommes invités dans l’exercice de l’amour de Dieu et du prochain ne réside pas que dans de beaux actes que nous pouvons poser lorsque tout va bien, mais aussi dans les épreuves et les difficultés. À nouveau de dresse devant nous l’exemple de Jésus mourant en croix : « Père Pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font. » Amen !

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