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Actualités de la paroisse: Blog2

Homélie du 3ème Dimanche Temps ordinaire


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3ème Dimanche Temps ordinaire


« Quand Jésus apprit l’arrestation de Jean-Baptiste, il quitta Nazareth et vient habiter à Capharnaüm. »


Frères et sœurs,


Comme nous le dit l’Évangile selon St Matthieu, l’arrestation de Jean-Baptiste marque pour Jésus le début de son ministère public. Il ne s’agit pas pour Jésus d’attendre que le terrain ait été libéré par Jean-Baptiste pour qu’il puisse commencer, il s’agit en fait d’une impulsion intérieure et profonde qui découle de l’arrestation même de Jean-Baptiste. Dit autrement, il s’agit du mystère de la croix qui fait que l’épreuve de l’un est l’occasion d’une impulsion féconde pour l’autre, un peu comme le chagrin de Marie-Madeleine qui rencontrera Jésus Ressuscité se transformera en dynamique missionnaire pour annoncer la Résurrection, un peu comme l’Ascension de Jésus marquera le départ de la mission de l’Église, ou encore comme la mort d’Étienne, approuvée par Saul, marquera la conversion de ce dernier. Derrière, il s’agit de la même réalité : la croix est l’occasion d’une fécondité missionnaire.

Donc, l’arrestation de Jean-Baptiste marque l’inauguration du ministère public de Jésus. Jésus bouge de Nazareth, la ville familiale, à Capharnaüm, la ville des nations. Géographiquement, ce déplacement est intéressant. En fait, Jésus descend à Capharnaüm, ville au bord de la Mer de Galilée. Nazareth se situe dans les montagnes ; Capharnaüm jusqu’à – 212 m en-dessous du niveau de la Mer. La mission de Jésus s’inscrit dans la logique de l’Incarnation. Jésus commence par descendre très bas pour rejoindre les hommes. Je voudrais m’arrêter un instant sur Jésus qui rejoint les hommes. C’est la logique de l’Incarnation disais-je ; c’est la logique de l’Emmanuel, Dieu qui est avec nous. Le premier mouvement lié à la mission est d’être avec les gens. On ne peut pas évangéliser sans être avec les gens. C’est toute l’intuition juste de l’Église, que l’on retrouve aussi bien chez les prêtres ouvriers dont l’intuition première était de rejoindre les gens (avant que leur intuition ne se dénature en se politisant et en dénaturant parfois le sens du sacerdoce ou en réduisant ce dernier à une expression fonctionnaire) que chez l’Opus Dei. Rejoindre les gens et vivre avec eux est aussi une des grâces de la vie religieuse qui par sa seule présence manifeste la présence de Dieu au milieu de son peuple. Faire des missions d’évangélisation pour que Jésus rejoigne les gens est bien ; mais si l’Église ne trouve pas les moyens de faire demeurer Jésus au milieu des personnes, cela ne conduira pas à grand chose…

Après avoir rejoint la Galilée des nations, Jésus appelle. Il appelle à la conversion ; Il appelle à sa suite. Voici un deuxième élément de l’évangélisation : appeler. Jésus n’attend pas d’avoir des supers disciples bien formés avant de les appeler ; non Il les appelle et c’est au cours de cette suite de Jésus qu’ils vont se former et devenir disciples. Là aussi, nous pouvons nous interroger : est-ce que nous appelons facilement ? Ne sommes-nous pas parfois trop exigents dans l’appel que nous lançons ? Est-ce que nous sommes enclins à appeler des personnes nouvelles ? c’est-à-dire à ne pas systématiquement rechercher parmi les personnes déjà engagées ?

Au sujet de cet appel à suivre Jésus, il faut remarquer que les disciples appelés sont capables de quitter leurs activités, leurs relations. En fait, ils sont libres. Alors Jésus leur confiera d’autres activités, d’autres relations. Mais ils doivent pour cela accepter de les recevoir et non vouloir les choisir. C’est toujours un point à vérifier aujourd’hui chez les disciples de Jésus : sommes-nous réellement libres par rapport à nos relations, nos amitiés, nos réseaux ?


Maintenant, il me semble intéressant de nous arrêter sur la ville de Capharnaüm. St Matthieu nous dit que Capharnaüm se situe en Galilée, dans les territoires de Zabulon et de Nephtali, c’est-à-dire, pour reprendre ce que disait le prophète Isaïe sur la route de la Mer et le pays au-delà du Jourdain, dans la Galilée des nations. Donc Capharnaüm est la ville où se concentrent de multiples populations de culture différentes, de langues différentes, de races différentes et de religions différentes. Il est remarquable que c’est dans ce type de ville que Jésus commence son ministère. Jésus n’a pas commencé son ministère en recrutant des rabbins ou des Juifs pieux dans une synagogue. St Matthieu est l’évangéliste qui appuie le plus le récit du ministère de Jésus en montrant qu’Il est le Messie attendu par le peuple Hébreu. Ses origines juives expliquent sa très bonne connaissance de l’Ancien Testament, et notamment des prophètes. Et l’on sait que Matthieu écrit son Évangile à destination des communautés juives pour les convertir à Jésus. D’ailleurs dans le passage que nous méditons aujourd’hui, nous voyons qu’il cite le prophète Isaïe, montrant par-là que Jésus est Celui qui accomplit les Écritures. Mais tout en donnant priorité aux communautés juives, St Matthieu relate le début du ministère public de Jésus en Galilée, en monde quasi païen, soulignant justement ainsi l’universalité de la mission de Jésus. Je crois que cette remarque nous invite à ne pas tomber dans des projets pastoraux ou d’évangélisation trop arrêtés. Parce que c’est effectivement une question que nous pouvons nous poser à l’heure où les Chrétiens, en Occident du moins, deviennent minoritaires, à l’heure où le nombre d’enfants catéchisés ne cesse de diminuer, à l’heure où le nombre de baptêmes diminue également et à l’heure où un grand nombre d’églises perdent plus de fidèles qu’elles n’en gagnent. Il y a beaucoup d’endroits où les forces de l’Église diminuent. Où mettre alors les priorités pastorales ? à nourrir ceux qui sont encore là ? partir complètement à l’extérieur et s’adresser à des personnes qui n’ont jamais entendu parler de la foi ou du Christ? St Matthieu nous invite à honorer les deux, sans mettre de côté l’évangélisation au cœur du monde. Nous remarquerons d’ailleurs que dans le collège des 12 Apôtres, il y aura des Apôtres de toute provenance : des Israélites chevronnés, des hommes du monde sans instruction, de jeunes convertis. Le fait de tenir et le soin à apporter au troupeau déjà présent et l’appel dans le monde aux brebis qui ne sont pas encore là nous invite, plutôt que de décider des orientations ou des plans, à nous mettre à l’écoute de l’Esprit-Saint qui est le véritable protagoniste de la mission. C’est en fait, Lui, qui nous indiquera les priorités, à condition évidement de L’écouter. D’ailleurs, St Matthieu nous dit cela de manière discrète en nous citant dans les appelés en premier Simon, dont le nom signifie en hébreu celui qui écoute. Telle est la première qualité du disciple de Jésus : écouter.


Pour finir cette méditation, je voudrais à partir de cette page d’Évangile, réfléchir avec vous sur l’unité, puisque nous sommes dans la semaine de prière pour l’unité des chrétiens. L’appel de St Paul est pressant dans la deuxième lecture : « Qu’il n’y ait pas de division entre vous. » Alors quelques remarques ou points d’attention.

Tout d’abord, le principe d’unité réside en Jésus et non dans ses ministres. St Paul dit : « Chacun de vous prend parti en disant : ‘Moi, j’appartiens à Paul’, ou bien : ‘Moi, j’appartiens à Apollos’, ou bien : ‘Moi, j’appartiens à Pierre’, ou bien : ‘Moi, j’appartiens au Christ’. Le Christ est-il donc divisé ? Est-ce Paul qui a été crucifié pour vous ? » Les pasteurs que Dieu envoie à son Église ne font que participer à l’Unique Sacerdoce du Christ. Il faut donc plutôt se réjouir de la diversité des ministres plutôt que de se servir de cette diversité pour les opposer et faire des clans.

D’autre part, aujourd’hui, notre monde, notre société et notre Église fonctionne beaucoup en réseaux : relationnels, affinité, sensibilité. Ce fonctionnement rend beaucoup de service, mais est par nature exclusif ; et l’on peut, avec les meilleures intentions se laisser enfermer dedans sans même s’en rendre compte. Il nous fait rester vigilants à demeurer libres par rapport aux réseaux dans lesquels nous pouvons être.

Par ailleurs, si nous savons que nos paroles peuvent avoir des incidences sur l’unité, il ne faut pas oublier non plus l’importance de nos attitudes qui, bien accompagnées d’aucunes paroles, peuvent se révéler être plus éloquentes qu’une parole. Il y a des comportements, des attitudes posées qui constituent des actes de division et qui affectent l’unité en Jésus.

Enfin, au-delà de ces points d’attention, nous pouvons tous contribuer à l’unité, par notre prière, par nos attitudes, mais aussi par nos sacrifices personnels. L’Évangile s’ouvrait sur le début du ministère de Jésus faisant suite à l’arrestation de Jean-Baptiste. J’y lisais le mystère de la fécondité de la Croix qui rend fécond une autre initiative. Nous pouvons nous-aussi choisir d’offrir spirituellement nos sacrifices, nos mécontentements, nos énervements pour qu’ils soient féconds pour d’autres. Cette manière de vivre nos sacrifices contribue et construit l’unité, laissant Dieu agir et transformer le mal en Bien.


Frères et sœurs, prions pour que nous-mêmes, l’Église, vivions davantage du mystère de la Croix pour être des disciples qui portent du fruit dans le monde d’aujourd’hui. Amen !

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