Homélie du 3ème Dimanche de Pâques

Dernière mise à jour : 17 mai


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3ème Dimanche de Pâques


« Simon, fils de Jean, m’aimes-tu ? »

Frères et sœurs,

En ce 3ème dimanche de Pâques, nous voyons Jésus consolider la foi de ses Apôtres en sa Résurrection. L’Évangéliste St Jean nous montre comment accéder à Jésus Ressuscité en utilisant un autre canal que la foi. Dimanche dernier, je vous faisais remarquer que Thomas, pour accéder à la Résurrection, avait besoin de passer par la Passion, épisode et étape qu’il avait manqués. Il ne vous échappera pas que le seul Apôtre qui est resté fidèle à Jésus du début de la Passion jusqu’à la fin est St Jean, celui-là même qui croira immédiatement en la Résurrection et celui-là même qui reconnaîtra immédiatement Jésus, comme dans l’épisode que nous méditons aujourd’hui. L’Évangéliste le nomme « le disciple que Jésus aimait ». Cela ne veut pas dire que Jésus n’aime pas les autres ; Jésus a aimé tout le monde. Cela veut surtout dire que St Jean, le disciple le plus jeune est le disciple qui a l’Amour le plus pur. Et c’est précisément parce qu’il a un Amour pur qu’il accède le premier à la Résurrection de Jésus. L’Amour conduit à la Résurrection, parce que l’Amour est une participation à l’être de Dieu et parce que la Résurrection est la manifestation la plus haute et la plus forte de l’Amour de Dieu. Ce que je vous dis là est peut-être très beau, mais cela peut rester très théorique. Qu’est-ce que cela a comme incidence pour nous ?

Tout d’abord, dans toutes les formes d’Amour que nous mettons en œuvre dans notre vie, amour conjugal, familial, amical etc…, se déploie la puissance de la Résurrection de Jésus. Celui qui aime participe quelque part, partiellement, à la Résurrection de Jésus. Nous nous étonnons dans les récits évangéliques concernant la Résurrection de voir que Jésus apparait comme cela d’un seul coup au milieu de ses disciples, et de voir qu’Il part comme cela. Nous-mêmes, dans notre humanité, telle que nous la vivons, telle que nous la connaissons, nous expérimentons la limite de l’altérité. Nous ne pouvons pas arriver comme cela au milieu des gens et d’un seul coup partir. Nous ne pouvons pas exister à la place de l’autre ni dans l’autre. Sauf …par l’amour qui nous permet d’exister dans le cœur, dans la vie de l’autre. Seul l’Amour a cette faculté de dépasser l’altérité pour réunir. Quand nous choisissons d’aimer, nous participons à la Résurrection de Jésus.

L’autre conséquence pour nous est que cela éclaire le mystère de la mort et de la Résurrection que nous vivrons tous à un moment donné. Si aimer nous fait participer à la Résurrection de Jésus, la Communion à la Résurrection de Jésus dans notre mort et dans l’attente de notre future Résurrection, nous fait entrer dans l’Amour parfait, infini et tout-puissant. Donc, ce qui nous attend au-delà de notre mort est beau, grand et totalement comblant. Parce que St Jean aime d’un amour pur Jésus, il Le reconnait immédiatement. L’Amour nous aide à croire en la Résurrection. D’ailleurs, il n’y a qu’à écouter notre nature qui nous le dit très simplement. Lorsque nous perdons un être cher, nous sentons bien que l’Amour que nous avons pour celui ou celle que nous venons de perdre nous fait sortir de nous-mêmes pour chercher à recréer une relation avec celui ou celle qui nous a quittés. Notre nature nous oriente déjà vers la vie au-delà de mort, ce que la Résurrection de Jésus vient éclairer et confirmer.

Dans l’épisode de l’Évangile d’aujourd’hui, nous voyons Jésus consolider la foi de ses Apôtres. Deux choses nous montrent cela : d’une part, Jésus reproduit un des premiers miracles qu’Il avait accompli tout au début de sa prédication apostolique et d’autre part, Il mange devant ses Apôtres du pain et des poissons. Pour ce qui est de cette deuxième pêche miraculeuse, alors que Jésus est ressuscité, Jésus invite ses Apôtres à Le reconnaître non pas d’abord dans la personne qu’Il est, mais dans l’acte, le miracle qu’Il accomplit. La foi en la Résurrection ne repose plus seulement sur la personne ressuscitée mais sur les évènements qui peuvent se produire dans notre vie, dans lesquels nous reconnaissons le Ressuscité. Pour ce qui est de la nourriture, Jésus mange délibérément devant ses Apôtres pour bien leur montrer qu’Il a un corps. C’est notamment à partir de ces différentes apparitions que se construit la foi en la Résurrection de la chair. Si nous affirmons tous les dimanches que nous croyons en la Résurrection de la chair, c’est bien parce que Jésus est ressuscité avec un corps. Alors, certes, un corps que l’on ne reconnait plus avec des critères humains, avec nos sens, mais que l’on reconnait par la foi. La corporéité du Ressuscité est bien mystérieuse ; St Paul qui a réfléchi à la question s’en tire en parlant de corps glorieux. L’Évangile, quant à lui, nous montre un corps affranchi de toutes les limites de notre humanité telle que nous la connaissons ici-bas.

Enfin, dans l’épisode de l’Évangile du jour, Jésus confirme la mission qu’il avait confiée à Pierre avant sa Passion et sa Résurrection, avant son reniement. À partir de cette confirmation, je voudrais réfléchir avec vous, pour terminer, sur le ministère de Pierre et, au-delà, sur la mission de l’Église.

Jésus confirme Pierre dans la mission qu’Il lui a confiée. « Sois le pasteur de mes brebis » dit-Il à Pierre par trois fois. Et cette mission est à chaque fois enracinée dans la confession de l’amour que Pierre porte à Jésus. Autrement dit, la mission que Jésus confie à Pierre, et par-delà à l’Église, découle de l’Amour. Cet élément est important car trop souvent ces derniers temps, le ministère des prêtres dans l’Église n’a été lu que comme l’exercice d’un autoritarisme ou d’un cléricalisme, parfois qui a réellement malheureusement existé, parfois aussi, dénoncé par ceux-là même qui ont une attitude cléricale bien que laïcs, en tout cas vu sous l’angle d’un pouvoir à partager, en oubliant qu’il s’agit d’abord d’une expression de l’amour de Dieu.

Le ministère de Pierre, la mission de l’Église prend sa source dans le dynamisme de l’Amour de Dieu et il est en ce sens une participation à la Résurrection de Jésus.

Mais cette mission que Jésus confie à Pierre s’enracine dans un Amour miséricordieux. Nous savons que la triple confession de foi de l’Amour de Pierre répond au triple reniement de Pierre. Autrement dit, Jésus donne l’occasion à Pierre de dénouer par l’Amour ce qu’il avait noué par la peur. L’Amour dans lequel s’enracine le ministère de Pierre et la mission de l’Église est un Amour qui laisse toute sa place à la faiblesse humaine, au péché, au pardon et à la Rédemption. On ne peut pas comprendre aujourd’hui de manière juste l’Église si nous n’avons pas en tête que sa mission découle de l’Amour miséricordieux de Dieu qui n’exclut pas la réalité du péché, mais la convertit.

Enfin, par rapport à la mission de l’Église, nous voyons que la mission est féconde lorsque les ouvriers obéissent à Jésus et ne se fient pas à ce qu’eux-mêmes pensent ou font. Les Actes des Apôtres entendus en première lecture nous montrent que les oppositions sont présentes, mais que la puissance de Dieu les déjoue. Les Apôtres répondent au Conseil suprême : « Il nous faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes. » L’Évangile nous montre la fécondité de la pêche lorsque l‘on écoute Jésus. Il fait donc partie de la réalité de l’Église terrestre de rencontrer des résistances, des persécutions (les Apôtres sont fouettés, emprisonnés), des obstacles, mais à chaque fois Dieu agit et permet de dépasser tous les blocages. C’est une autre expression de la puissance de la Résurrection à l’œuvre dans l’Église.

Voici, Frères et sœurs, de quoi méditer sur la mission de l’Église aujourd’hui, sur la fécondité de la mission, sur les obstacles qu’elle rencontre. La Résurrection que nous professons est le dépassement des forces du mal et de la mort. Puisse notre Église manifester la Résurrection de Jésus au monde en en vivant davantage, en s’enracinant encore plus dans l’Amour miséricordieux de Dieu pour nous. Amen !

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