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  • Paroisse Saint Louis

Homélie du 29ème Dimanche du Temps ordinaire


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29ème Dimanche du Temps ordinaire

Rendez donc à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu ! »

Frères et sœurs,

« Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu ! » Nous avons souvent entendu cette parole, presque devenue comme un proverbe en français. Est-il juste d’aller jusqu’à dire que cette parole de Jésus fonde le principe de laïcité ? Il est plus compliqué de l’affirmer. En tout cas, pas au sens d’une laïcité à la française, qui se révèle souvent dans les faits comme une opposition à la dimension d’expression publique de la foi chrétienne. Mais ce qui est juste, c’est que cette parole de Jésus fonde une distinction salutaire entre 2 ordres bien distincts : le temporel et le spirituel. Toutes les religions ne distinguent pas ces deux ordres : dans l’islam par exemple, ces deux dimensions forment un tout indissociable. Cela n’a jamais été le cas dans la religion chrétienne ; et même en période dite de chrétienté, le Moyen-Âge, même si les corps de la société étaient chrétiens, même si les institutions politiques, sociales, caritatives l’étaient, le spirituel et le temporel ont toujours été distincts.

Plusieurs paroles de Jésus vont dans ce sens. Sa prière à son Père, avant la Passion, prière que l’on appelle la prière sacerdotale, dans laquelle Il confie ses disciples à son Père en disant qu’ils sont dans le monde, sans être du monde. Sa réponse à Ponce Pilate lors de son procès : « Ma royauté ne vient pas de ce monde. » Les deux ordres temporels et spirituels sont bien distincts. Parce que tout d’abord, ils le sont par nature. L’ordre spirituel concerne la vie éternelle, la vie en communion avec Dieu, une vie dans laquelle le péché, le mal et la mort n’existent plus. L’ordre temporel concerne notre vie en ce monde, marquée par le péché, par des réalités et des créatures limitées, par l’existence du bien et du mal.

La première lecture nous apprend par ailleurs que Dieu n’est pas enfermé dans un régime quel qu’il soit. Ainsi le Roi perse Cyrus, non juif, va être l’instrument aux mains de Dieu qui va permettre aux Hébreux de revenir d’exil. Était-il croyant au Dieu d’Israël ? pas du tout ! Mais il accomplira la volonté de Dieu au point qu’il sera appelé le Messie. Cet exemple nous redit que Dieu agit en dehors des régimes qui se réclament de Lui, comme Il n’est pas enfermé dans les sacrements, comme Il n’est pas enfermé dans l’Église. On peut citer ici une autre réponse de Jésus à Ponde Pilate lors de son procès : « - Sais-tu que j’ai le pouvoir de te libérer ? demande Pilate à Jésus.

-Tu n’aurais sur moi aucun pouvoir si Dieu ne te l’avait donné d’en-haut. » lui répondra Jésus.

Retenons de ce premier point que le temporel et le spirituel sont des réalités distinctes, non superposables et que Dieu agit partout, quels que soient les régimes politiques.

Maintenant, si ces deux ordres sont distincts, ils ne sont pourtant pas sans liens. Il y a une hiérarchie, au sens premier du terme c’est-à-dire un principe saint, dans l’ordonnancement du temporel au spirituel. Nous sommes dans le monde sans être du monde. Mais les choses sont dans cet ordre : le temporel est ordonné au spirituel ; dit autrement, le monde temporel doit nous préparer au monde spirituel. Il ne s’agit pas de plaquer le spirituel sur le temporel. Jésus a toujours récusé la tentation de faire de sa royauté une royauté politique ; c’est d’ailleurs l’objet du piège que lui tendent les Pharisiens et les partisans d’Hérode, deux partis plutôt opposés à la domination romaine. Faut-il accepter la domination romaine sur le royaume d’Israël ? Jésus ne se laisse pas enfermer dans la question politique, mais Il répond en distinguant les deux ordres dont j’ai déjà parlé. Nous touchons donc ici la question de la nature de la royauté du Christ et la question de la vocation royale des fidèles du Christ, c’est-à-dire des baptisés. A la suite de Jésus, l’Église, les fidèles disciples de Jésus, sont appelés à faire de notre monde temporel une préparation au monde spirituel. En clair et en simple : à répandre et diffuser l’Évangile qui prépare les cœurs et les âmes à rencontrer Dieu et à vivre de Dieu.

« Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu » n’est plus seulement le fondement de la distinction du temporel et du spirituel, mais devient aussi le fondement de l’engagement des chrétiens dans la vie en société, que cela soit en politique, en bioéthique, dans le caritatif, dans l’éducation, dans l’associatif, bref dans tous les domaines de notre vie de société…avec la perspective d’ordonner notre monde à sa finalité spirituelle et divine. Telle est la vocation baptismale des fidèles chrétiens.

Et là, frères et sœurs, il faut être profondément ouverts et équilibrés. Deux dangers bordent cet équilibre jamais acquis une fois pour toute : l’intégrisme et la dissolution. Il ne faut pas avoir peur du monde en pensant que tout est moche et pourri dans le monde et que nous sommes les seuls à bien vivre et à être bons. Il y a de très belles réalités dans le monde qui peuvent être des points d’appui pour l’évangélisation. C’est à nous, en étant ouverts à l’Esprit-Saint, de les discerner et de nous appuyer dessus. Beaucoup d’aspirations se font jour aujourd’hui dans notre monde : ces aspirations peuvent être des forces dynamiques pour la mission. Je pense à l’écologie, au respect des personnes, donc au respect de la Vie…L’autre danger de l’autre côté réside dans la dissolution dans le monde qui fait que l’on risque de se faire assimiler et dévorer par le monde. Le symptôme révélateur de ce danger réside dans la peur qu’on peut ressentir lorsque, fidèle à l’enseignement de Jésus et de l’Église, l’on se trouve à contre-courant des modes de pensées répandus dans le monde. Notre vocation baptismale se trouve entre ces deux pôles. Ce qui complique plus les choses aujourd’hui, c’est clairement la déchristianisation de la société et des structures de la société, ainsi que l’effacement, voire la disparition progressive, de la notion de bien commun, remplacée par la notion de biens particuliers.

Méditer sur notre mission dans ce contexte bien précis, réfléchir dessus, dépasse largement ma compétence propre. Je voudrais simplement attirer votre attention sur deux points concrets qui sont tous à notre portée :

  • Le premier est celui des divisions internes. Trop souvent, les chrétiens s’opposent sur des questions internes : liturgie, sensibilités, visions de l’Église. Aujourd’hui, l’heure n’est plus à cela, si tant est qu’elle l’ait déjà été. Des chrétiens s’engagent, selon leurs convictions, dans des partis politiques, dans des listes politiques aux élections. Alors, on peut tous être plus de ce côté, plus de l’autre…mais peu importe ! L’important est qu’il y ait des chrétiens partout le plus possible. Des paroissiens s’opposent sur l’enseignement dans le public, dans le privé, sous contrat, hors-contrat. Mais peu importe. Il faut des chrétiens dans les trois ! Après ce sont des options personnelles qui appartiennent à chacun. Notre but doit être d’être le plus présent dans les réalités de notre monde temporel.

  • Le deuxième point d’attention est de stimuler, d’encourager et de permettre l’accès de chrétiens à des postes clés de décision. Bien sûr, on pourra reprocher à cette vision d’être élitiste. Il ne faut qu’il y ait que cela. Mais l’Église devrait plus encourager et soutenir des vocations chrétiennes d’hommes et de femmes politiques, de médecins, de journalistes, de juristes, de professeurs, de militaires. À l’heure où nos sociétés fonctionnent par réseaux, ce que nous voyons tous les jours en politique, l’Église qui a su saisir l’opportunité des réseaux sociaux, devrait davantage investir les réseaux de société.

On pourrait méditer encore longtemps sur cette parole de Jésus « Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu ». Que l’Esprit-Saint nous éclaire les uns les autres sur ce que nous pouvons et devons faire dans notre monde et pour notre monde en vue de nous préparer à la vie avec Dieu. Amen !

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