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Homélie du 24ème dimanche du Temps ordinaire

Mis à jour : 20 oct 2019



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Frères et sœurs,


Les lectures que nous entendons ce dimanche nous amènent à réfléchir sur la conversion, qui est le propre de la vie chrétienne. La première lecture nous montre le culte de Dieu perverti, dénaturé : l’homme se met à la place de Dieu et se rend un culte à lui-même. La conversion passe par une purification du culte en remettant Dieu à la première place. La deuxième lecture nous montre l’exemple de St Paul, qui de pécheur qu’il était, va accueillir le pardon de Dieu et devenir Apôtre. Enfin, l’Evangile nous rapporte trois exemples de conversion et attire notre attention sur la joie, liée à la conversion.

A partir de ces différents récits, regardons les étapes propres à la conversion pour nous interroger sur notre propre dynamique de conversion.

Je voudrais partir dans un premier temps sur l’initiative de Dieu. Dieu a toujours l’initiative de la conversion. C’est Lui qui en est à l’origine et c’est l’homme qui répond. Dieu a l’initiative de la conversion tout en laissant l’homme libre. L’Amour que Dieu porte à l’homme est un amour qui laisse libre. L’Evangile nous redit ceci à travers le fils cadet qui réclame son héritage à son père. Dieu laisse ses enfants libres de le rejeter. Dieu laisse ses enfants libres de faire leur choix de vie. Être père, c’est accepter que ses enfants partent. Une fois cette liberté posée, nous remarquons que Dieu vient rechercher chacun de ses enfants qui s’égare ou se perd. Et ceci est une profonde bonne nouvelle pour chacun de nous. Car c’est nous qui sommes cette brebis égarée, perdue. Dieu ne nous abandonne jamais. Qui n’a jamais fait l’expérience dans sa propre vie de Dieu qui vient le rejoindre et le rechercher alors même que nous empruntons un chemin qui nous conduit au péché ? Qui n’a jamais fait l’expérience que dans nos décisions Dieu se rendait présent d’une manière ou d’une autre pour nous faire comprendre que ce que nous allons décider n’est pas le bon choix ? Les catéchumènes sont à ce titre comme un exemple vivant de ce que je vous dis. La plupart sont capables de vous dire comment Dieu est entré dans leur vie alors même qu’ils vivaient loin de Lui pour les faire revenir à Lui ! Et alors, on prend de conscience de tout ce par quoi Dieu est passé pour nous rejoindre nous, alors que l’on se dit qu’Il a tellement à faire à côté ! Lorsque l’on prend conscience de tout ce que Dieu a mis en œuvre pour nous rejoindre, on comprend quelque chose de son Amour. Ceci est une profonde bonne nouvelle, car nous voyons que Dieu ne compte pas comme les hommes : Il ira jusqu’au bout, Il est même prêt à laisser 99 brebis de côté pour aller en chercher une seule. Dieu ne s’occupe pas des chiffres. Chacun est important et Il ne nous abandonne jamais.

La première conséquence de la conversion est la joie qu’elle induit. Joie tout d’abord pour la personne qui se découvre aimée de Dieu ; joie normalement pour les autres qui voient arriver ou revenir une brebis égarée ou éloignée. Cette joie se communique : « Quand il l’a retrouvée, tout joyeux, il la prend sur ses épaules, et de retour chez lui, il réunit ses amis et ses voisins ; il leur dit : ‘Réjouissez-vous avec moi, car j’ai retrouvé ma brebis, celle qui était perdue !’ » Là frères et sœurs, il nous faut nous interroger sur la joie que nous pouvons vivre ou manifester lorsqu’une personne éloignée de Dieu revient vers le troupeau. Concrètement : comment y sommes-nous attentifs en paroisse et comment vivons-nous cet aspect ? Comment sommes-nous attentifs aux visages nouveaux qui nous rejoignent ? est-ce que nous leur souhaitons la bienvenue ? est-ce que nous nous enquerrons de qui ils sont, d’où ils viennent ? de ce qu’ils pourraient apporter à la paroisse ? est-ce que nous leur présentons les personnes que nous connaissons ? Cela implique d’avoir un regard et un cœur libre par rapport aux amis ou aux connaissances que j’ai plaisir à retrouver. En ce début d’année, nous pouvons repérer des têtes nouvelles : allons les saluer, nous présenter ! Il est dommage que lorsqu’il y a des apéritifs à l’issue des messes pour telle ou telle raison, trop peu de paroissiens restent : c’est une occasion de rencontrer d’autres personnes ! de les faire rentrer dans la famille ! Prenons garde à une certaine attitude schizophrène qui nous ferait tenir ce discours mais qui nous ferait agir complètement différemment. La mondanité dans les relations ferme aux autres et ferme l’ouverture à la nouveauté que Dieu suscite.

L’Evangile aborde aussi la question de celui qui refuse la joie de la conversion. Le premier fils n’entre pas du tout dans la joie du retour de son frère. Il pose un regard essentiellement humain et matérialiste sur son père, qui n’est même pas considéré comme un père. « Il y a tant d’années que je suis à ton service ! » Attitude d’esclave. Chez lui, aucune conversion n’est possible, car il n’est pas dans une relation libre avec son Père. Toute conversion présuppose une attitude de liberté. Il ne peut se réjouir de la conversion de son frère, car il n’est pas dans une relation juste avec Dieu ; fondamentalement, il n’est pas ouvert à Dieu mais est centré sur lui. Toute conversion entraine nécessairement une joie profonde qui se communique. Si nous n’y goûtons pas ou si nous sommes dans l’indifférence, il faut nous interroger sur notre propre égocentrisme ou sur le type de regard que nous posons.

Enfin, je voudrais terminer par ce qui parait un détail dans l’Evangile, mais qui en fait est source de tensions dans l’Eglise. Je vais partir des 99 brebis que le berger laisse de côté pour aller chercher celle qui est perdue. Il y a toujours une tension dans la pastorale entre le fait de ne s’occuper que du troupeau, qui a faim et qu’il faut nourrir, et le fait de le laisser paître tranquillement et d’aller chercher ceux qui sont plus loin ! Alors ou bien le pasteur ne s’occupera que de ceux qui sont là et on lui reprochera de ne pas aller suffisamment aux périphéries (terme à la mode) ; ou bien on lui reprochera de n’aller qu’aux périphéries et d’abandonner le troupeau. Bien sûr, l’idéal réside dans l’équilibre entre ces deux attitudes. Mais je pense qu’il faut aller plus loin. Tout d’abord, les périphéries ne sont pas que éloignées de l’Eglise…elles sont parfois au centre même de l’Eglise. Combien de personnes engagées dans l’Eglise accomplissent leur service comme des fonctionnaires, défendant une place ou un pouvoir, avec un cœur assez fermé à Dieu ! Mais il faut élever son regard et quitter un regard exclusivement humain. La richesse de l’Eglise vient de la diversité de ses pasteurs, que l’on ne choisit pas, mais que l’on est appelé à accueillir. Certes un Pape, un prêtre, pourra donner plus d’attention au troupeau qui lui est confié ; un autre pourra être plus regardant vers les brebis plus éloignées…l’Eglise fonctionne comme cela. Et c’est à travers cette diversité que Dieu, petit à petit, conduit son Eglise. Il ne sert à rien d’opposer les pasteurs, les Papes, les prêtres. Cela relève d’un regard exclusivement humain, mais cela révèle aussi un regard qui manque de foi, de vue surnaturelle et un manque d’intelligence de l’Eglise. L’intelligence de Dieu qui conduit l’Eglise est bien supérieure à la nôtre. Là se situe aussi un obstacle à la conversion : quel regard est-ce que je pose sur les réalités que je perçois ? dans l’Eglise, dans mon travail, dans les conflits ? un regard essentiellement humain ou un regard surnaturel qui cherche Dieu et l’œuvre de Dieu au-delà de ce que je peux en percevoir ?

Frères et sœurs, rendons grâce au Seigneur pour toutes les conversions qu’Il nous a permis de vivre dans notre vie. Interrogeons-nous sur la joie qui découle de la conversion comme sur le type de regard que nous posons sur le monde ou sur l’Eglise. Toute conversion fait place aussi au pardon que Dieu nous offre. Est-ce que nous demandons pardon à Dieu pour nos errements, nos égarements ? Quelle place accordons-nous à la miséricorde dans notre vie ? Voilà d’autres questions qui confirment une conversion véritable. Amen !

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