Homélie du 23ème Dimanche Temps ordinaire


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23ème Dimanche Temps ordinaire

« Ainsi donc, celui d’entre vous qui ne renonce pas à tout ce qui lui appartient ne peut pas être mon disciple. »

Frères et sœurs,

Pour faire passer des messages forts, des messages importants, Jésus a recours à des formules choc qui ont le mérite de faire réfléchir ses auditeurs. L’Évangile de ce jour en comporte plusieurs : « Si quelqu’un vient à moi sans me préférer à son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères et sœurs, et même à sa propre vie, il ne peut pas être mon disciple. » ou encore « Celui qui ne porte pas sa croix pour marcher à ma suite ne peut pas être mon disciple » ou encore « Celui d’entre vous qui ne renonce pas à tout ce qui lui appartient ne peut pas être mon disciple. » Ces formules sont fortes et quelque peu provocantes ; mais elles donnent des indications précieuses sur ce qu’implique être disciple de Jésus. Pour réfléchir sur la condition de disciples, je voudrais regarder avec vous les deux premières formules de l’Évangile, parce qu’elles peuvent être mal comprises.

« Si quelqu’un vient à moi sans me préférer à son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères et sœurs, et même à sa propre vie, il ne peut pas être mon disciple. » Jésus ne nous demande pas de ne pas aimer son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères et sœurs, sa propre vie, mais Il nous révèle qu’il nous faut apprendre au cours de notre vie à Le mettre, Lui Jésus, en premier. Parce qu’Il est la source de tout amour, parce qu’Il est Celui qui fait grandir dans l’Amour, parce qu’Il est Celui qui purifie l’Amour, qui nous apprend à bien aimer l’autre…parce que l’on peut aussi mal aimer. Cet appel à mettre Jésus en premier doit se concrétiser dans notre vie. Quelle première place Lui consacrons-nous dans notre journée pour Le prier ? Est-ce que notre journée commence d’abord par nous tourner vers Dieu ? Avoir l’intention de mettre Dieu en premier est impossible dans les faits si le temps de prière qui lui est consacré n’est pas premier. Frères et sœurs, alors que tous nos rythmes de vie vont redémarrer avec les différentes rentrées, profitons-en pour remettre Dieu en premier.

« Celui qui ne porte pas sa croix pour marcher à ma suite ne peut pas être mon disciple » Voici une autre parole qui définit le disciple de Jésus : porter sa croix. Il faut bien reconnaître que nous n’aimons pas trop cette parole, tout d’abord, parce qu’humainement, personne d’entre nous ne court après les épreuves, les souffrances, mais aussi parce que cette parole renvoie à une idée selon laquelle il faut souffrir pour être sauvé. Enfin, il faut être ici un peu plus précis. Il a pu parfois exister des raccourcis qui ont abouti à ceci ; mais il a aussi existé des caricatures ou des simplifications pas très justes qui ont discrédité cette spiritualité qui a pourtant aidé des gens à vivre et à tenir dans les épreuves.

On ne peut pas nier que porter sa croix renvoie à la souffrance. C’est ce que Jésus vivra lui-même à travers son chemin de croix. La croix est donc d’abord le lieu de la souffrance et d’une souffrance injuste. Mais Jésus en fait aussi le lieu d’un don : « Ma vie, nul ne la prend, mais c’est moi qui la donne » nous dira-t-il. La croix est le lieu d’un don, d’un don total, jusqu’au bout. Et ce don ne peut s’expliquer que par l’Amour infini que Dieu a pour nous. C’est parce qu’Il nous aime, que Jésus se donne jusqu’au bout sur la Croix, qu’Il accepte la souffrance. Porter sa croix, c’est donc accepter de souffrir, mais c’est aussi nous donner jusqu’au bout et nous donner par Amour. La croix devient alors le signe de l’Amour. En réalité, en portant sa croix, Jésus transforme complètement le contenu de la souffrance en une puissance d’amour et de guérison. Jésus fait de ce lieu de mort un lieu d’où jaillit la Vie.

« Porter sa croix pour marcher à la suite de Jésus », ce n’est pas seulement accepter les épreuves, les souffrances, mais c’est aussi aimer jusqu’au bout en se donnant. N’oublions pas non plus ce que dit Jésus dans l’Évangile : il s’agit de porter sa croix à sa suite. C’est donc découvrir que Jésus nous a précédés et qu’Il nous offre, dans nos propres croix, le Trésor d’une Communion possible avec Lui, d’où jaillira sa Vie et sa fécondité. Nous aurons l’occasion de méditer sur cet aspect de la réalité de croix lors de la Fête de la Croix glorieuse, le 14 Septembre. Quoi qu’il en soit, notre vie de chrétien et de disciples de Jésus ne peut pas faire l’impasse de la Croix comme lieu de souffrance, comme lieu de don, comme lieu d’Amour et comme lieu de grâce et de fécondité divine. Tous nous portons des croix, tous nous en avons, que nous ne choisissons pas…mais les portons-nous de manière chrétienne ?

La conséquence de cette invitation à porter notre croix à la suite de Jésus est que nous vivrons de la fécondité de Dieu qui réalise ce que nous ne pouvons pas réaliser. La Croix est le lieu d’où jaillira la Résurrection. Le Trésor de la Croix est la Communion qu’elle offre avec Jésus qui en a transformé le contenu. St Paul nous en donne un exemple vivant dans la lecture à Philémon. Il écrit qu’il est en prison à cause de l’Évangile et que de sa prison, il a donné la vie à Onésime. La croix devient source de vie divine et surnaturelle. Par l’invitation que Jésus nous fait à porter notre croix, chacun de nous peut transformer de l’intérieur ses propres épreuves et en faire une source de grâce et de fécondité divine. On se demande souvent comment mieux participer à la mission que Jésus confie à son Église ; voici une piste concrète : porter nos croix et les vivre de manière chrétienne. En ce dimanche, chacun de nous peut s’interroger sur la manière dont nous portons nos croix, sur la manière dont nous aidons les autres à les porter, sur parfois notre refus de porter nos croix.

Pour finir, Frères et sœurs, en cette période de rentrée scolaire, de rentrée pastorale, je voudrais reprendre un aspect évoqué dans les textes qui est celui du discernement auquel nous sommes appelés. Jésus prend deux exemples de la vie de tous les jours, celui qui veut construire une tour et celui qui part en guerre, et nous montre qu’avant de se lancer dans ces projets, l’homme regardera s’il a, ou non, les moyens d’aller au bout de son projet. Jésus nous appelle à être réaliste et à prendre la mesure de nos engagements et de nos choix. Les « oui » que nous disons sont toujours à la mesure des « non » que nous prononçons. Un homme qui dit « oui » à sa femme dans le mariage dit, normalement, non aux autres. Une femme qui dit « oui » à son mari dans le mariage dit, normalement, « non » aux autres hommes. Un chrétien qui dit « oui » à Dieu est appelé à dire « non » à ce qui est contraire à Dieu, modes de vie, pratiques, doctrines, parfois relations. Notre vie chrétienne est faite de choix. En cette rentrée, prenons bien la mesure des engagements que nous prenons, des « oui » que nous disons et des « non » qu’il faut prononcer pour protéger nos « oui ». Il ne s’agit pas d’abord de dire « non » aux appels qui sont faits, mais de voir comment pouvoir offrir de beaux « oui ». Amen !

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