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Homélie du 23ème Dimanche du Temps ordinaire


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23ème Dimanche du Temps ordinaire

« Tout ce que vous aurez lié sur la terre sera lié dans le ciel et tout ce que vous aurez délié sur la terre sera délié dans le ciel. »

Frères et sœurs,

Les textes de la liturgie de ce jour abordent un point délicat dans la vie de l’Église, dans la vie des communautés chrétiennes et dans la vie des chrétiens entre eux, qui est celui de la correction fraternelle. Il n’est jamais anodin ni facile d’aller trouver quelqu’un pour lui dire que quelque chose ne va pas dans sa vie. Jésus nous donne la manière de procéder et les conditions pour vivre cette démarche. Mais l’enjeu est très important, car si les chrétiens en général vivaient davantage ce que l’Évangile propose, il y aurait moins de tensions, moins de problèmes, moins d’histoires dans l’Église et il y aurait plus de sainteté, plus d’unité et plus de charité.

La première lecture nous donne les principales clés qui sous-tendent cette démarche de vérité. Tout d’abord, le Seigneur rappelle à Ézekiel que tout homme est responsable de son frère. Vivants dans un contexte individualiste très marqué, nous voyons beaucoup aujourd’hui se développer aujourd’hui l’idée selon laquelle, je n’ai pas à juger les choix de vie de mon prochain. On confond ici le respect de la liberté de chaque être humain avec le souci du bien de la personne. Cette manière de penser conduit immanquablement au chacun pour soi et à l’indifférence. Par ailleurs, le rejet quasi systématique de la Loi naturelle dans nos systèmes de législations, conduit également à égarer des personnes dans les choix qu’elles posent. À mesure que la notion de bien commun disparaît, se multiplient la notion de biens particuliers qui conduisent au chacun pour soi. Alors il est vrai que nous voyons surgir de temps à autre de très belles initiatives de solidarité, de charité quand des catastrophes naturelles surgissent, pendant les épreuves : nous avons vu de très belles choses pendant le confinement. Mais la notion du souci du salut de mon frère ou de ma sœur a quasiment disparu. Trois principes directeurs sous-tendent la démarche de correction fraternelle : la responsabilité que j’ai vis-à-vis de mon semblable, la recherche de son bien et la recherche de son salut. Ces trois principes font que j’ai le devoir moral et chrétien, lorsqu’une personne se met en danger, volontairement ou involontairement, de l’avertir. Le Seigneur prévient bien Ézékiel : « Si je dis au méchant : ‘Tu vas mourir’ et que tu ne l’avertisses pas, si tu ne lui dis pas d’abandonner sa conduite mauvaise, lui, le méchant, mourra de son péché, mais à toi, je demanderai compte de ton sang. »


Comment donc pratiquer la correction fraternelle de manière juste ?

La première chose à faire est d’aller trouver la personne en question et de lui parler seule à seule, en vérité. C’est non seulement un devoir qui nous incombe, mais aussi un acte de charité par rapport à la personne. Comment donner à une personne avec qui nous avons un désaccord ou envers qui nous avons un reproche l’opportunité de modifier quelque chose dans son attitude si personne ne va la trouver pour le lui dire ? Or trop souvent dans la vie de l’Église, cette démarche n’est pas vécue. On sait dire aux autres ce que l’on reproche à une personne, alors qu’on a plus de mal à aller le dire à la personne en question ou alors on ne va pas du tout le lui dire. Cette première démarche accomplie, Jésus nous demande, si rien n’est entendu, de la recommencer mais avec d’autres. Si celle-ci n’est toujours pas entendue, Jésus nous demande d’en référer à l’Église en tant qu’institution et autorité. Le rapport à l’autorité n’intervient que dans un troisième temps, après l’échec des deux premières tentatives. Combien de courriers à l’évêque, au Pape, alors que l’on n’a pas été voir les principaux intéressés et que les deux premières étapes n’ont même pas été vécues ! Il y a une gradation à respecter dans la démarche de correction fraternelle ; si celle-ci n’est ni vécue ni respectée, alors c’est que la personne qui n’est ni dans la vérité ni dans la charité, mais plutôt dans une attitude de dénonciation, bien souvent évidemment revêtue des aspects de la plus grande vérité de la plus grande charité et de la bonne conscience !

Il y a un autre élément à prendre en compte qui est la purification de l’intention. En fait, quand nous allons voir une personne pour lui parler en vérité, il faut être clair soi-même sur ce que nous recherchons : le bien de la personne en face ou bien le triomphe de mon point de vue ou de ma vérité ? Et quand nous faisons une démarche à plusieurs, sommes-nous réunis au nom de Dieu, comme Jésus l’évoque dans l’Évangile, ou au nom d’une cause personnelle ou même d’un règlement de compte personnel ou idéologique ?

Ste Catherine de Sienne donne un autre critère pour entreprendre une démarche de correction fraternelle : pour ne pas paraitre supérieur à la personne que l’on va voir, Ste Catherine nous engage à nous accuser en même temps de ce que l’on va reprocher à l’autre : « Si tu croyais voir le vice chez quelqu’un, accuse t’en toi-même avec lui, fais toujours preuve d’une véritable humilité. Si le vice est vraiment en cette personne, elle s’en corrigera mieux en se voyant si doucement comprise. » Chapitre CII ds le Dialogue

Cette grande sainte nous invite aussi à la plus grande prudence. Je lui laisse la parole : « Très souvent, le démon te fait voir beaucoup de vérités, mais pour t’amener au mensonge : il le fait pour te faire devenir juge des actes et des intentions des créatures, alors que, je te l’ai dit, moi seul dois juger. (…) Je veux que tu saches que tu ne dois pas te fier à ce que tu vois. »

La pratique de la correction fraternelle est indissociable de celle de la réconciliation. En premier lieu parce que si l’on entreprend une démarche de correction fraternelle, c’est que le Bien a été blessé et que cela appelle une réparation. La réparation du bien blessé s’accomplit dans la réconciliation ; or le Réconciliateur par excellence est le Christ Jésus, Celui qui ultimement, réconcilie de manière parfaite et définitive l’humanité avec Dieu. Frères et sœurs, toutes les démarches de correction fraternelle doivent être portées, mûries, purifiées et accomplies dans le sacrement de la Réconciliation dans lequel la médiation du Christ atteint sa plus grande expression, comme le dit la formule de l’absolution : « Que Dieu notre père vous montre sa miséricorde ; par la mort et la Résurrection de son Fils, il a envoyé l’Esprit-Saint pour la rémission des péchés… »

Les communautés chrétiennes, les chrétiens eux-mêmes, les paroisses se sanctifient par la pratique de la correction fraternelle qui n’est autre qu’une manière de vivre le commandement de l’amour mutuel. Que chacun d’entre nous puisse s’examiner en vérité sur cette pratique et sur la manière dont nous la vivons. Notre charité n’en sera que plus grande, plus parfaite et plus féconde. Amen !

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