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Homélie du 22ème Dimanche du Temps ordinaire


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22ème Dimanche du Temps ordinaire

« Passe derrière moi Satan ! (…) tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes ! »

Frères et sœurs,

Dimanche dernier, nous entendions dans l’Evangile : « Heureux es-tu Simon, fils de Yonas, ce n’est pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela, mais mon Père qui est aux Cieux. » Aujourd’hui : « Passe derrière-moi Satan ! Tu es pour moi une occasion de chute : tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes. » Quel contraste pour le pauvre Pierre. Mais Jésus nous révèle de la sorte que chacun de ses disciples, quelle que soit sa place, peut faire obstacle à l’œuvre de Dieu en projetant sur Dieu ses propres pensées. Notre rapport à Dieu doit sans cesse être converti, purifié, et ceci selon deux axes : premièrement, il y a un décentrement fondamental à vivre dans notre relation à Dieu ; deuxièmement, nous avons à intégrer la réalité de la croix dans notre vie chrétienne, tant spirituelle qu’humaine.

« Tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes. » Frères et sœurs, il est tout à fait normal, légitime et naturel, que chacun de nous ait sa propre vision de Dieu. Et ma vision ne sera pas celle de mon voisin. C’est sain ! Pour autant, Dieu n’est jamais réductible à la manière dont nous le percevons. Il est toujours au-delà de ce que nous en percevons et Il est toujours autre. Toute vie spirituelle, toute vie chrétienne part toujours de mon « moi » qui entre en relation avec Dieu. Mais il est un moment, naturel et normal dans une relation qui prend de la maturité, où dans notre relation avec Dieu, mon « moi » ne va pas disparaitre, mais sera de moins en moins le point de départ de ma vie spirituelle. Ce qui va devenir premier ne sera plus mon expérience, ce que j’ai vécu, ce que je pense de Dieu, mais ce que Dieu me dit et me donne. C’est d’ailleurs ce décentrement de nous-mêmes, ou ce recentrement sur Dieu, qui va permettre une véritable unité, dont Dieu sera le fondement et non plus nous-mêmes.

Regardez dans votre vie : vous ne voyez plus Dieu aujourd’hui comme le voyiez il y a 15 ans, il y a 40 ans. Un des premiers obstacles à une vie spirituelle qui devient adulte et mature, est donc de résister à ce décentrement et par conséquent de continuer à regarder Dieu à partir de nos présupposés, de nos pensées, de notre idéologie. Dans les reproches que Jésus adresse à Pierre, Jésus nous donne une indication : « Tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes. » Prenons garde à ne pas penser Dieu comme les hommes.

Notre manière de penser Dieu a une conséquence directe dans notre manière de penser et d’appréhender l’Eglise. Prenons garde, lorsque nous pensons l’Eglise ou à l’Eglise, de ne pas plaquer les pensées des hommes. Nous voyons combien cette liberté est difficile, vivants dans un monde qui nous dit beaucoup comment penser, comment vivre, ce qui est bien, ce qui est mal. Nous voyons combien la fidélité à l’enseignement du Christ, que cela concerne le respect de toute personne, le respect de toute vie ou encore de la Loi naturelle, met aujourd’hui un certain nombre de chrétiens mal à l’aise dès l’instant que ce qui est dit n’est pas conforme à la pensée des hommes et du monde. Et la tentation est grande de se taire ou de faire taire ceux qui auront une parole plus libre. Ce que j’évoque n’est ni plus ni moins la situation du prophète Jérémie entendue en première lecture : « A longueur de journée, la parole du Seigneur attire sur moi l’insulte et la moquerie. » A nouveau se pose cette question : qu’est-ce qui est juste ? de penser comme le monde ou de penser selon Dieu ; nos pensées sont-elles celles de Dieu ou celles des hommes ? Recherchons-nous le confort ou bien la fidélité à Dieu ?

Le deuxième moyen de purifier notre relation à Dieu est l’intégration dans notre vie, dans toutes les dimensions de notre vie, de la réalité de la croix : « Si quelqu’un veut marcher à ma suite, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive. » La fidélité à Jésus nous est donnée dans les Béatitudes : « Heureux ceux qui pleurent, ils seront consolés. » La vie chrétienne est un appel au bonheur, mais qui intègre la réalité de la croix. Encore une fois, aujourd’hui, nous pourrions être tentés de vivre la foi chrétienne sans la réalité de la croix, ne voyant dans la religion chrétienne qu’une recherche du bonheur et renvoyant la croix à un christianisme dépassé, désuet, doloriste et parfois malsain. Peut-être y a-t-il eu dans le passé des accents excessifs en ce sens, mais, dans la foi chrétienne, la Vie arrive par la Croix, le Salut arrive par la croix.

La croix peut avoir plusieurs significations : elle est le lieu de la souffrance, de l’injustice, comme l’évoque le prophète Jérémie dans la première lecture. On ne peut non plus gommer la réalité de la mort de la croix. La croix implique toujours une certaine mort à soi, à ce « moi » parfois tout-puissant qui veut exister et se mettre à la place de Dieu : « Si quelqu’un veut marcher à ma suite, qu’il renonce à lui-même… » Voici une autre expression de la réalité de la croix : renoncer à soi-même. Nous touchons ici un paradoxe très profond de la foi chrétienne : c’est que dans la foi chrétienne, on se trouve soi-même en cherchant Dieu. C’est Dieu qui nous fait devenir nous-mêmes et nous révèle progressivement qui nous sommes. Celui qui se cherche dans la prière se renfermera sur lui-même ; celui qui cherche Dieu, se découvrira lui-même de manière toujours nouvelle et plus profonde : « Celui qui veut sauver sa vie la perdra, mais qui perd sa vie à cause de moi la trouvera. » nous dit Jésus. Aujourd’hui, un grand nombre de baptisés, n’ayant pas forcément eu les clés pour entrer dans une relation vraie et vivante avec Dieu, assoiffés de spiritualité, vont chercher dans d’autres pratiques, d’autres religions, ce que l’on n’a pas su leur transmettre dans la foi chrétienne. Un certain nombre d’entre eux d’ailleurs retournent à la foi chrétienne après. L’originalité de la foi chrétienne consiste vraiment en ceci, qui est une expression du mystère de la croix : c’est un autre, en l’occurrence Dieu, qui nous fait devenir nous-même ; c’est en cherchant Dieu que l’on se trouve.

Mais Jésus vient transformer profondément cette réalité mortelle de la croix en en faisant le lieu d’un don et d’une offrande. Sur la croix, Jésus ne fait pas que souffrir ou subir, Il se donne et s’offre. Porter sa croix, ce n’est donc pas seulement accepter la souffrance qui se présente dans ma vie, mais c’est aussi se donner par amour. St Paul évoque cette réalité dans la deuxième lecture : « Je vous exhorte, frères, à offrir votre corps, votre personne tout entière, en sacrifice vivant, saint, capable de plaire à Dieu. » Ainsi portée et vécue, la croix devient le lieu d’une participation au mystère de la Rédemption et le lieu d’une fécondité qui ne vient pas de la souffrance en elle-même, mais d’une communion avec Jésus qui souffre et s’offre.

Pour synthétiser cette méditation sur le mystère de la croix, je vous propose de terminer en reprenant l’enseignement donné par St Paul dans la deuxième lecture, qui présente de manière positive une manière de vivre qui intègre la réalité de la croix. Nous pouvons tirer deux pistes de cette lecture. Premièrement, nous offrir (notre personne, notre vie), en sacrifice vivant, saint, capable de plaire à Dieu. Offrons-nous spirituellement à Dieu dans notre prière, pendant l’offertoire à la messe qui est le lieu d’offrande par excellence. St Paul dit que c’est une manière « de rendre un culte à Dieu ». Souvent dans la prière, nous demandons, parfois nous râlons, nous rendons grâce. Offrons-nous !

Deuxièmement, je reprends les mots mêmes de St Paul : « Transformez-vous en renouvelant votre façon de penser pour discerner quelle est la volonté de Dieu : ce qui est bon, ce qui est capable de lui plaire, ce qui est parfait. » Demandons la grâce de modeler notre vie non pas à partir de nous-mêmes, mais à partir de Dieu. Beaucoup de choses seront alors plus simples : dans nos vies, dans nos relations, dans l’Eglise, dans la paroisse. Amen !

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