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  • Paroisse Saint Louis

Homélie du 22ème dimanche du temps ordinaire


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22ème dimanche du temps ordinaire

« Quand tu es invité à des noces, ne va pas te mettre à la première place

Car on peut avoir invité quelqu’un de plus important que toi. »



Frères et sœurs,


On a l’impression que Jésus nous donne une leçon de politesse, de savoir-vivre, ce qui est pour une part assez vrai. Mais derrière cette leçon, se trouve exprimé un véritable chemin de vie chrétienne, un conseil pour préparer notre rencontre avec Dieu : redevenir comme des enfants devant Dieu, replonger dans l’enfance spirituelle. Cette conquête de l’enfance spirituelle passe par le chemin de l’humilité.

Je voudrais reprendre quelques étapes de ce chemin à la lumière de l’Evangile du jour.

« Remarquant que les invités choisissaient les premières places »…

Il y a toujours dans le cœur de l’homme une soif de reconnaissance, le désir d’être considéré, reconnu. Et les chrétiens ne font pas exception ! Cet amour propre qui habite le cœur de l’homme tire son existence de l’orgueil. Ben Sirac le sage évoquait déjà cette réalité : « Plus tu es grand, plus il faut t’abaisser. (…) La condition de l’orgueilleux est sans remède, car la racine du mal est en lui. (…) Mon fils, accomplis toute chose dans l’humilité. » Les meilleurs actions peuvent être pourries de l’intérieur par l’intention qui les a nourries. Si l’amour propre n’est pas combattu, il va devenir un tyran intérieur qui abîmera et à terme gâtera tout : la relation à Dieu, aux autres. L’amour propre ne se combat pas seulement par la pratique de l’amour de Dieu, de l’amour du prochain, mais par la pratique de l’humilité, de l’esprit de pénitence et par la mortification. Je reviendrai sur cet aspect-là plus loin.

Dans cette phrase, l’Evangéliste attire également notre attention sur un autre point : « Remarquant que les invités choisissaient les premières places ». Les invités n’attendent pas d’être placés ; ils prennent d’eux-mêmes leur place. Ils ne reçoivent pas leur place d’un autre. Il est important dans tout ce que nous faisons, que cela soit en famille, dans le travail ou dans le travail en paroisse, de ne pas choisir ou défendre sa place mais fondamentalement de laisser Dieu nous la montrer. Est-ce que nous acceptons de recevoir notre place ? de la recevoir d’un autre ? Est-ce que nous acceptons de proposer de libérer notre place ? On peut comprendre alors différemment ce qui est presque déjà devenu un proverbe : « Qui s’élève sera abaissé ; qui s’abaisse sera élevé. » Celui qui est à l’origine de son mouvement, qu’il s’abaisse ou qu’il se lève, recevra l’inverse !

« On peut avoir invité quelqu’un de plus important que toi. »

Là, nous entrons dans la véritable humilité. Il ne s’agit pas seulement de ne pas s’estimer supérieur aux autres, mais d’estimer les autres supérieurs à soi ! Posons-nous cette question dans les relations que nous avons les uns envers les autres : est-ce que j’estime l’autre supérieur à moi-même ? Et posons-nous cette deuxième question : est-ce que je conçois et est-ce que je suis ouvert à ce que l’autre, au-delà de sa différence, m’apporte ? Dans une perspective chrétienne, nous sommes appelés à aller plus loin qu’un simple respect ou une simple acceptation de la différence de l’autre ; mais la question devient : est-ce que je suis ouvert à ce que l’autre me dit de Dieu à travers sa vie, ses points de vue, sa manière de prier qui est différente de la mienne ?

Sur ce point-là, je vais prendre un exemple paroissial concret qui parlera à tout le monde : la liturgie. Il existe souvent dans l’Eglise et dans les paroisses trop de tensions sur les questions liturgiques, tensions qui viennent de positions idéologiques qui peuvent exister de part et d’autre. L’Eglise est habitée de différentes sensibilités, familles spirituelles, manières de prier. Il est légitime que nous soyons personnellement plus proche de telle ou telle sensibilité ; cela est normal. Ce qui n’est pas normal, c’est l’absolutisation de points de vue personnels que l’on érige en règle. Il y a souvent en façade des attitudes d’ouverture, mais qui dans le fond sont extrêmement fermées à l’autre. Sur la paroisse, nous avons la chance d’avoir différentes expressions liturgiques : je pense là précisément à la messe dans la forme dite « ordinaire » et dans la forme dite « extraordinaire ». Une première étape d’ouverture vraie consisterait à respecter profondément ces différents formes pour ne pas en rester à une sorte d’indifférence polie, même si telle forme n’est pas spontanément la mienne. Mais nous devons aller plus loin. L’ouverture authentiquement chrétienne nous conduit à nous demander et à accueillir de part et d’autre ce que l’autre m’apporte et me dit de Dieu. Et là, nous arriverons à une communion plus profonde et plus parfaite dont Dieu est l’origine et le principe. Je ne dois pas m’estimer supérieur aux autres sous prétexte que ma manière de prier serait la meilleure. Estimer l’autre supérieur à soi…c’est d’abord accepter de mourir à soi!

Puis Jésus achève son enseignement : « Qui s’élève sera abaissé ; qui s’abaisse sera élevé ! »

Ce qui nous conduira à Dieu et nous permettra de rencontrer les autres en vérité, c’est la pratique de l’humilité. Je disais plus haut que l’amour propre ne se combat pas seulement par la pratique de l’amour de Dieu, de l’amour du prochain, mais par la pratique de l’humilité, de l’esprit de pénitence et par la mortification. Termes que l’on utilise plus trop de nos jours où l’on voit se multiplier les attitudes narcissiques et égocentrées. Le pape François, lui, évoque l’humilité comme un chemin de sainteté. Voici ce qu’il écrit dans l’Exhortation Apostolique Gaudete et exsultate (118) : « L’humilité ne peut s’enraciner dans le cœur qu’à travers les humiliations. Sans elles, il n’y a ni humilité ni sainteté. Si tu n’es pas capable de supporter et de souffrir quelques humiliations, tu n’es pas humble et tu n’es pas sur le chemin de la sainteté. La sainteté que Dieu offre à son Église vient à travers l’humiliation de son Fils. Voilà le chemin ! L’humiliation te conduit à ressembler à Jésus, c’est une partie inéluctable de l’imitation de Jésus-Christ : « Le Christ […] a souffert pour vous, vous laissant un modèle afin que vous suiviez ses traces » (1 P 2, 21). Pour sa part, il exprime l’humilité du Père qui s’humilie pour marcher avec son peuple, qui supporte ses infidélités et ses murmures (cf. Ex 34, 6-9 ; Sg 11, 23-12, 2 ; Lc 6, 36). C’est pourquoi les Apôtres, après l’humiliation, étaient « tout joyeux d’avoir été jugés dignes de subir des outrages pour le Nom de Jésus » (Ac 5, 41). »

La pratique de l’humilité est l’antidote contre l’amour propre ; elle est le remède contre l’orgueil ; elle est la route que le Christ a prise et qu’Il nous invite à prendre. L’humilité nous permettra de redevenir comme des enfants devant Dieu, notre Père. Confions-nous à la Vierge Marie, modèle d’humilité, et implorons d’elle et de son Fils ce don précieux qui permettra une communion plus profonde et plus parfaite. Amen !

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