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  • Paroisse Saint Louis

Homélie du 21 ème Dimanche du Temps ordinaire


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21 ème Dimanche du Temps ordinaire


« Ce n’est pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela, mais mon Père qui est aux Cieux »

Frères et sœurs,


L’épisode que nous méditons aujourd’hui est fondamental pour comprendre de manière juste la nature et la mission de l’Eglise. Dans les paroles que Jésus adresse à Pierre : « Heureux es-tu Simon, fils de Yonas : ce n’est pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela, mais mon Père qui est aux Cieux », transparaît tout le mystère, toute la beauté et en même temps toute la complexité de l’Eglise : c’est que l’Eglise est à la fois de nature divine et de nature humaine, comme son fondateur, Jésus, à la fois Dieu et homme. Sa double nature est ce qui permet à l’Eglise d’être l’instrument du salut pour nous aux mains de Jésus. Mais sa double nature rend parfois compliqué notre rapport à l’Eglise : tous les dimanches, nous proclamons notre foi en une Eglise Sainte, mais dont nous voyons tous les jours qu’elle est composée de pécheurs…aussi bien dans ses ministres que dans ses fidèles.

Dans la réponse que Jésus fait à Pierre, Jésus montre qu’il y a différentes natures dans la parole de l’Eglise : parfois, l’Eglise parle de manière humaine, en donnant des conseils, des avis ; d’autres fois, elle parle au Nom de Dieu en révélant des vérités. « Ce n’est pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela » : cela renvoie à l’humanité. Jésus dit donc à Pierre que ce qu’il dit n’est pas du fait de son humanité ; « mais mon Père qui est aux Cieux » : Jésus révèle à Pierre que ce qu’il confesse est inspiré par Dieu. Pour un chrétien, il n’est pas juste de reléguer la parole de l’Eglise au même niveau qu’une autre institution, même si ce qui est dit ne me plaît pas, car cela reviendrait à remettre en cause l’institution divine de l’Eglise, institution pourtant bien établie dans les Ecritures.

Mais il est vrai qu’il faut toujours discerner sur quel registre s’exprime l’Eglise. Par exemple, il ne vous échappera pas que les paroles du Pape dans un avion au retour d’un voyage apostolique, paroles dont sont friands les journalistes, n’engagent pas l’Eglise de la même manière qu’une constitution votée lors d’un Concile.

Il existe une différence de nature, et donc une différence hiérarchique, dans les prises de paroles du Successeur de Pierre. On distingue dans les textes pontificaux, tous promulgués par le Pape :

- les exhortations apostoliques, promulgués par le Pape après un synode (comme par exemple Amoris Laetitia). Ce sont des grandes lignes générales donnant une orientation. - Des lettres apostoliques, de même nature que les lettres encycliques, sauf qu’elles sont adressées à une catégorie particulière de personnes. - Des lettres encycliques, adressées au monde entier, (comme par exemple Laudato Si), qui sont le canal habituel de l’enseignement du Pape. - Des motu proprio, qui sont des textes législatif ou administratif, provenant du Pape tout seul.

L’infaillibilité du Pape, promulguée lors du Concile Vatican I le 18 Juillet 1870, est quant à elle très règlementée : elle n’est engagée que sous certaines conditions. Le Pontife romain doit parler ex cathedra, c’est-à-dire à partir de sa cathèdre, pour que l’Eglise tienne pour vraie et immuable une doctrine sur la foi ou sur les mœurs.

Vous voyez, quand l’Eglise dit quelque chose, il faut toujours regarder comment elle le dit et sous quelle forme.

Outre la double nature de l’Eglise révélée dans les paroles de Jésus à Pierre, se met aussi à jour l’institution de la primauté de Pierre : « Et moi, je te le déclare : tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise. »

Je vais m’arrêter un peu sur la première lecture, car elle prépare bien l’institution de Pierre, évoquée dans l’Evangile, mais elle risque d’être un peu énigmatique. Pour comprendre ce qu’Isaïe nous dit, il faut nous remettre en tête qu’à la cour de Jérusalem, après le Roi, la personne la plus importante était le gouverneur du palais, qui avait le « pouvoir des clés », c’est-à-dire, qu’il avait les pleins pouvoirs sur les entrées au palais, et donc sur ceux qui peuvent être en présence du Roi. De ce fait, le gouverneur choisissait qui il introduisait et il avait une influence sur le choix des conseillers. On comprend à la lecture que le Seigneur rejette le gouverneur Shebna, qui a abusé de son pouvoir, pour placer un certain Eliakim qui sera « un Père pour les habitants de Jérusalem. » Nous pouvons maintenant lire cette lecture de manière symbolique ; le Roi, c’est le Christ ; le gouverneur Pierre, qui par les clés a le pouvoir d’ouvrir ou de fermer l’accès au Roi.

S’il est très clair dans les Ecritures que Jésus institue Pierre comme le fondement de son Eglise, nous remarquons, dans le passage que nous méditions aujourd’hui, que Jésus ne confie pas encore son troupeau à Pierre. Pour l’instant, Il lui donne les pouvoirs. Pierre va devenir le Pasteur du troupeau après être passé par son reniement. Il doit faire l’expérience de sa pauvreté, de son péché, de son orgueil, pour accueillir une grâce plus importante que celle qu’il a perdue. Il recevra la mission d’affermir ses frères après avoir été faible ; de lier et délier après avoir été délié du péché par Jésus. L’institution de la primauté de Pierre se fait par étape et devient complète avec la réalité de son péché et de la miséricorde de Dieu.

Fidèle aux deux natures qui la composent, l’Eglise est tiraillée entre une institution divine de la primauté de Pierre et la réalité du péché qui habite Pierre. Il en va de même aujourd’hui. Tous les hommes sont pécheurs ; le Pape aussi est pécheur, pourtant son institution et son ministère ont été voulu par Jésus.

« Je te donnerai les clés du Royaume des Cieux : tout ce que tu auras lié sur la terre sera lié dans les cieux : tout ce que tu auras délié sur la terre sera délié dans les cieux. » Ces paroles de Jésus à Pierre révèlent que le pouvoir conféré à Pierre, le « pouvoir des clés », inclut également un pouvoir donné à l’Eglise. L’Eglise a un pouvoir temporel et un pouvoir spirituel, les deux étant bien distincts. Par le pouvoir temporel, on entend que l’Eglise a le devoir, pas tellement de gérer ou d’organiser les réalités temporelles, mais surtout de les ordonner en vue d’une réalité spirituelle et surnaturelle. Par le pouvoir spirituel, on entend que l’Eglise a le devoir de conduire au Ciel, de faire entendre la voix de Dieu et, à la suite de Jésus, de continuer à prier, enseigner et guérir.

L’Eglise a son histoire propre ; elle a ses hauts et ses bas, ses beautés et ses pauvretés. Tout ceci est liée à la particularité de ses natures et à sa nature humaine en particulier. L’Eglise peut avoir ses lourdeurs, ses lenteurs. Ses ministres, comme ses fidèles, sont des pécheurs. Mais il n’empêche qu’il n’existe nulle part dans le monde aucune institution qui réunisse autant de gens différents, de langues différentes, de cultures différentes, de milieux sociaux différents, de générations différentes que l’Eglise Catholique. Cette unité, qui parfois tiraille (c’est plutôt bon signe : c’est signe que l’Eglise vit), n’est possible que parce que l’Eglise est aussi de nature divine, conduite et gouvernée par l’Esprit-Saint qui en assure son unité tout en laissant droit aux légitimes différences de ses membres.


Puissions-nous approfondir notre lien à l’Eglise ; puissions-nous approfondir le mystère de sa double nature et nous ne sentirons que mieux dans cette Eglise que Jésus a voulue pour nous et qu’Il a confiée à Pierre. Amen !

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