Rechercher
  • Paroisse Saint Louis

Homélie du 21ème dimanche du Temps Ordinaire


+

21ème dimanche du Temps Ordinaire

« Efforcez-vous d’entrer par la porte étroite »


Frères et sœurs,

La question que l’on pose à Jésus : « Seigneur, n’y a-t-il que peu de gens qui soient sauvés ? » laisse supposer que son enseignement est exigent. De plus, cette remarque nous redit que l’enseignement de Jésus est orienté vers la question du salut.

Alors, quelques remarques sur l’enseignement de Jésus. Tout d’abord, dans son ministère public, Jésus a essentiellement fait trois choses : il priait, il enseignait, il guérissait. Nous avons donc à faire à une partie importante de son ministère, presque un tiers de son temps. Deuxième chose, nous pouvons noter quelques caractéristiques à propos de son enseignement. C’est un enseignement qui édifie, qui fait grandir la personne, qui sollicite le meilleur en elle, qui débusque et exorcise le mal. C’est un enseignement vrai, qui ne flatte pas l’ego ou les susceptibilités des personnes ; Jésus n’a jamais édulcoré la réalité de ses paroles. L’enseignement des Béatitudes en est un bon exemple. C’est un enseignement qui tire vers le haut, qui conduit à Dieu et rapproche de Dieu. Nous savons aussi par quelques réactions que c’est un enseignement qui dérange et qui a suscité des départs parmi ses disciples. Les réactions après l’enseignement sur le Pain de Vie s’en font l’écho : « Ce qu’il dit est inacceptable ; on ne peut pas continuer à l’écouter. » Jn 6, 60 En synthèse, on pourrait dire que l’enseignement de Jésus allie deux caractéristiques : c’est un enseignement qui tire vers le haut, qui est exigent, et c’est un enseignement qui laisse toute sa place aux limites que nous avons et à la miséricorde.

A la suite de Jésus, et fidèle à la mission que Jésus lui a confié, l’Eglise aussi enseigne. Et il arrive que l’on trouve son enseignement trop exigent et parfois déplacé ou dérangeant. Qui, parmi nous, n’a jamais ressenti un écart entre un point de l’enseignement de l’Eglise et notre propre sentiment ou pensée ? Mais, il n’y a rien d’anormal à cela. Il en était de même du temps de Jésus. Les disciples ne comprenaient pas toujours les paroles de Jésus ; parfois même, ils avaient peur de comprendre. Ce qui est anormal, parce que nous ne serions pas à l’aise, ou pas d’accord, avec tel ou tel point de l’enseignement de l’Eglise, ce serait de dire que l’Eglise se trompe ou qu’elle ne devrait pas enseigner telle ou telle chose. Comment vivre, chrétiennement, ces écarts que nous pouvons ressentir parfois les uns les autres ? notamment sur des questions morales, ou de sociétés.

La réponse, Jésus nous la donne : « Efforcez-vous d’entrer par la porte étroite. » Tout est dans le verbe « efforcez-vous ! ».

Trois attitudes peuvent à mon sens fausser notre rapport à l’enseignement de l’Eglise. La première consiste à ne pas laisser de place à nos incompréhensions, à nos impressions de ne pas être à l’aise avec tel ou tel point de l’enseignement de l’Eglise. Jésus ouvre toujours un chemin. Il ne dit pas : « Entrez par la porte étroite », mais « efforcez-vous » ! La différence est importante. Notre sainteté ne se joue pas dans un résultat qu’il faudrait atteindre coûte que coûte sous peine de ne pas être sauvés, mais dans une conversion jamais achevée. St Jean-Paul II invitait les fidèles qui ne sont pas en adéquation parfaite entre tel ou tel point de l’enseignement de l’Eglise et leur propre vie à regarder l’enseignement de l’Eglise comme une direction à suivre et comme un chemin à parcourir. Il appelait cela la Loi de gradualité, c’est-à-dire, à défaut de pouvoir vivre immédiatement l’enseignement de l’Eglise, il faut avancer progressivement et de plus en plus vers ce que l’Eglise nous demande. Cette Loi dite de « gradualité » ne doit pas cependant conduire à une gradualité de la Loi, c’est-à-dire à une relativisation de la Loi.

La deuxième attitude préjudiciable que je retiens est très répandue aujourd’hui. Elle nous devient malheureusement familière par les évolutions de notre société qui favorise l’individualisme, le consumérisme : elle consiste à faire son choix dans l’enseignement de l’Eglise ou dans l’Evangile. C’est-à-dire que, je ne retiens que ce qui me plaît, ce qui me convient, et je laisse de côté ce qui ne me convient pas. En fait, on fait son marché. Cette dérive a aussi existé, enfin existe aussi, dans la pastorale. Par exemple : je ne présente que certains aspects de l’Evangile, du message de Jésus, ceux qui passent bien et qui peuvent séduire, et je tais ou laisse de côté ceux qui sont plus à contre-courant. Prenons un exemple très actuel : il devient très à la mode de porter le souci de l’écologie, de la planète, du respect de la création…mais on n’entend pas avec la même puissance ou la même facilité les appels à défendre et protéger la vie, surtout quand elle est dépendante ou affaiblie ! Mais là, il ne faut pas choisir un côté ou un autre, bien qu’il soit légitime que nous soyons plus à l’aise avec tel ou tel côté, mais il faut prendre l’ensemble, aussi bien ce qui plaît, ce qui va dans le vent, que ce qui est à contre-courant. La fidélité à Jésus implique cette attitude honnête.

La troisième attitude tout aussi préjudiciable est un nivellement assez général par le bas de tous ceux qui reçoivent un enseignement chrétien. Bien sûr, je ne parle pas des « élites » qui suivent des cours plus poussés ; mais je parle plus généralement de la pastorale, et je pense précisément aux préparations sacramentelles, à la catéchèse ou à la liturgie. Exemple : les rencontres de préparations au baptême avec les parents sont assez pauvres dans ce que les parents disent de leur foi ou attendent du baptême pour leurs enfants. Idem pour le mariage. Le problème est qu’avec la déchristianisation de la société, l’Eglise a voulu parler au plus grand nombre de manière intelligible, ce qui est tout à fait louable. Mais, elle a abaissé considérablement le contenu de sa transmission et les exigences qui vont avec. Ainsi des préparations sacramentelles, de la catéchèse (Les enfants qui ne sont pas issus d’une famille catholique pratiquante et qui sortent de 4 années de catéchisme, sortent avec un bagage assez faible, pour ne pas dire nul !), et de la liturgie. Ce faisant, l’Eglise a arrêté de tirer vers le haut, par son enseignement, les gens qui lui sont confiés et ceux qui avaient le plus « faim », n’ayant pas été nourris comme il faut, ont été chercher ailleurs ce qu’on ne leur donnait plus dans l’Eglise. Résultat : les églises se sont vidées ! Un des signes très actuels de ce que je vous dis là réside dans les très nombreuses demandes de formations, de catéchèse, qui nous sont faites par les paroissiens, ce à quoi nous allons essayer de répondre dès cette année.

Un dernier point assez rapide pour finir sur ce que Jésus attend de nous, de ses disciples : devenir des chrétiens d’adhésion, des chrétiens de conviction, et des chrétiens missionnaires. Jésus évoque la situation d’un certain nombre de disciples que l’on pourrait appeler disciples de « surface », ou superficiels. Ce sont ceux qui disent : « Nous avons mangé et bu en ta présence et tu as enseigné sur nos places. » Autrement dit, on sait qui tu es, on t’a déjà vu, on te connaît. Nous aussi, nous sommes des tiens…Et Jésus ne les accueille pas ! Vous savez, on a ça aussi dans l’Eglise : « Oh mon Père, j’ai tout fait ! J’ai été baptisé, j’ai fait ma communion, le mariage à l’Eglise etc… ! » Que de rites, mais peu de choses derrière ! En fait, Jésus dénonce ceux qui sont disciples par intérêt, qui n’en ont rien à faire, mais qui sauront rappeler qu’ils sont chrétiens quand ils en auront besoin! Jésus ne nous demande pas un vague christianisme superficiel de valeur ou de culture, il nous demande une adhésion profonde, du cœur.

Et Jésus nous demande une deuxième chose : être des disciples missionnaires. « Alors, on viendra de l’orient et de l’occident, du nord et du midi, prendre place au festin dans le Royaume de Dieu. » Si nous devenons des hommes et des femmes de Dieu, si nous laissons le Christ nous enseigner par son Eglise, si nous sommes des disciples de cœur, alors nous conduirons au Seigneur ceux qui nous sont proches et nous pourrons faire nôtre la prophétie d’Isaïe entendue en première lecture : « Et de toutes les nations, ils ramèneront tous vos frères, en offrande au Seigneur, sur des chevaux et des chariots, en litière, à dos de mulets et de dromadaires, jusqu’à ma montagne sainte. » Amen !

0 vue

©2019 by Paroisse Saint Louis Pays de Vernon. Proudly created with Wix.com