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  • Paroisse Saint Louis

Homélie du 20ème Dimanche Temps ordinaire


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20ème Dimanche Temps ordinaire

Frères et sœurs,

Cette page d’Evangile nous plonge dans une certaine ambivalence : d’une part, nous ne pouvons qu’admirer la persévérance de la femme cananéenne et d’autre part, nous ne pouvons que nous étonner de l’apparence dureté de cœur de Jésus qui lui répond.

L’attitude de Jésus nous conduit à nous demander si Jésus fait des préférences dans l’exercice de son ministère ou du moins, s’Il met des priorités…

Le silence de Jésus, qui est sa première réponse, ainsi que la parole : « Je n’ai été envoyé qu’aux brebis perdues d’Israël » semble attester cette lecture. Certains théologiens ont été très gênés de cette réponse de Jésus et ont expliqué son apparente dureté en disant que l’on voyait la confrontation en Jésus entre son humanité et sa divinité. En tant que fils d’Israël, Jésus assume sa nature humaine et par conséquent son caractère juif, premier ; en tant que Fils de Dieu, Jésus ‘rectifie’ sa judaïté, pourrait-on dire, en ouvrant la puissance de sa divinité à toute personne, quelle qu’elle soit. On relie alors cet épisode à celui de Gethsémani où Jésus implore son Père pour que cette coupe passe loin de lui, tout en se ravisant après : « Non pas ma volonté, mais la tienne. »

Si cette lecture présente l’avantage d’expliquer cette apparente dureté de cœur de Jésus, elle peut être contestée par bon nombre de passages d’Evangile où l’on voit Jésus ouvrir sans arrêt sa divinité aux Païens : nous pouvons penser ainsi à la visite des Mages, à la prophétie du vieillard Syméon, à Jésus qui remet sa mère et sa parenté en place, leur disant que sa famille est constituée de tous ceux qui cherchent à faire la volonté de Dieu, et non plus seulement à partir des liens du sang etc…

La liturgie de ce jour oriente l’interprétation dans le même sens : dans la première lecture, le prophète Isaïe affirme que les Païens attachés au Dieu d’Israël seront sauvés et accueillis par Dieu ; dans la deuxième lecture, St Paul affirme que Dieu veut le salut de tous, et pas seulement des Juifs.

La clé de lecture de l’Evangile ne réside donc pas, à mon sens, dans une préférence que Jésus afficherait ou dans des priorités qu’Il nous donnerait. Il faut davantage regarder du côté de la demande de la femme Cananéenne : « Aie pitié de moi, Seigneur, fils de David ! Ma fille est tourmentée par un démon. »

Cet épisode nous redit une réalité que nous expérimentons tous : il est bien rare que Dieu réponde immédiatement à nos demandes ! Justement, en ne répondant pas immédiatement, Dieu éprouve notre foi, la profondeur de nos motivations et nous invite à vivre davantage dans la foi. Bien plus, Il permet ainsi la purification de nos motivations. Mais l’épisode de l’Evangile met à l’honneur deux qualités du cœur qui prie : la persévérance et la foi. Si Dieu nous éprouve, la persévérance obtient. Ne peut persévérer que celui qui vit dans la foi. Aujourd’hui, demandons-nous si nous sommes vraiment persévérants dans la prière. Ne prions-nous parfois un peu comme des machines ? automatiquement ? nous avons prié pour telle personne, ça y est, c’est bon…et nous passons à autre chose…Demandons-nous également avec quelle foi nous prions. Par exemple, je suis surpris de voir des chrétiens prier de manière assez résignée ou peu convaincue pour demander la grâce d’une guérison pour une personne. On a parfois l’impression que l’on prie sans y croire ! Mais, il n’y a pas beaucoup de foi là-dedans ! « Si vous aviez la foi comme une graine de moutarde, nous dit Jésus, vous demanderiez à cette montagne d’aller dans la mer et elle obéirait. » Voilà la foi qui doit supporter notre prière !

3 éléments sont importants pour que notre prière soit efficace : la foi qui la sous-tend, l’amour qui l’habite (Une prière motivée et habitée par l’Amour va tout droit dans le cœur de Dieu) et la prière à plusieurs. De nombreux passages d’Evangile nous montrent la force et la fécondité de la prière à plusieurs. Et que dire, lorsque l’Amour unit ceux qui prient ensemble ! Voilà ce que devrait être une assemblée d’Eglise ! Au-delà de ces ingrédients qui font que notre prière sera bien disposée, si nous sommes dans la situation d’une apparente non réponse de Dieu à nos prières, laissons Dieu purifier nos cœurs, persévérons par la foi et dans l’amour, et travaillons à une plus grande communion entre nous.

Pour terminer cette méditation, je voudrais juste revenir sur la question des ‘priorités pastorales’, à l’heure où certains discours se font entendre dans l’Eglise aujourd’hui quant à la question de l’évangélisation, question notamment soulevée par la plus grande pauvreté en terme de fidèles, de ressources humaines et de moyens. C’est une question qui se trouve posée à l’heure où le nombre de fidèles engagés dans la mission sont moins nombreux et moins jeunes, mais c’est une question piégée. Elle consiste en ceci : devons-nous concentrer nos efforts auprès des personnes qui ont déjà été christianisées, qui sont chrétiennes de ‘culture’ mais non de pratique, ou bien devons-nous aller vers des personnes qui n’ont jamais entendu parler du Christ ? Nous trouverons des pasteurs qui iront tantôt d’un côté tantôt de l’autre. C’est ainsi que l’Eglise s’équilibre, pourrait-on dire… Le danger et l’impasse qui apparaissent à travers une telle vision, est que ces efforts missionnaires risquent de ne reposer que sur des déductions humaines, des analyses humaines, des forces humaines…Et dans ce cas, les motions, les appels de l’Esprit-Saint sont laissés de côté, voire pas écoutés ! Si nous devons être réalistes sur l’état de nos forces (humaines, en terme de temps et de disponibilité), nous ne devons pas passer devant les appels de Dieu, mais au contraire, les rechercher pour pouvoir y répondre avec les forces qui sont les nôtres. Et alors, nous remarquerons que nous aurons les forces nécessaires, que les projets lancés trouveront l’accueil attendu et souhaité, et que les fidèles ‘accrocheront’. L’Evangélisation ne repose pas sur de beaux plans faits dans des bureaux ou sur de nouvelles structures qui viendront s’ajouter à celles déjà existantes, mais sur notre réponse aux appels de Dieu. Jésus n’a jamais mis de priorité exclusive, mais a toujours répondu aux demandes qui s’offraient à Lui. Sachons nous-aussi reconnaître les demandes et les appels du Seigneur pour y répondre de manière juste et féconde. Amen !

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