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  • Paroisse Saint Louis

Homélie du 2ème Dimanche de Pâques

Mis à jour : avr. 26

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2ème Dimanche de Pâques

« Heureux celui qui croit sans avoir vu ! »


Frères et sœurs,

Avec la fête de Pâques, nous sommes entrés dans le régime de la foi ; pas seulement parce que la foi nous permet d’accéder à la Résurrection, mais aussi parce que la foi tire sa puissance de la Résurrection de Jésus. La Résurrection ne se démontre pas ; elle ne se prouve pas. St Jean nous donnait à entendre dimanche dernier l’immédiateté de la foi en parlant de lui-même, le disciple bien-aimé, lorsqu’il disait : « Il vit et il crut. » Depuis la Résurrection de Jésus, les disciples de toutes les générations sont invités à vivre dans la foi.

Aujourd’hui, nous rencontrons Thomas qui est absent lors de l’apparition de Jésus ressuscité au soir du premier jour de la semaine. Thomas refuse de croire ce que ses amis lui rapportent. Il veut lui-même expérimenter la véracité de ce qui lui est dit et l’authenticité du corps du Seigneur. Il n’est pas encore entré dans le régime de la foi. Il est dans une logique rationnelle ; il veut prouver ; il veut avoir lui-même la preuve de. En fait, il n’accepte pas le témoignage des autres. Il n’accepte pas de recevoir ce qui ne vient pas de lui. On porte souvent sur Thomas un regard bien sympathique parce qu’on se trouve un peu comme lui. Demandons-nous, si nous nous reconnaissons en Thomas, si c’est seulement parce qu’il cherche à avoir des preuves ou bien si ce n’est pas plutôt parce que nous avons du mal à recevoir de la part des autres…Vivre de la foi, c’est accepter de recevoir des autres. Pour cela, il faut accepter une nouvelle fois de mourir à soi, à son auto-suffisance, à son orgueil et à son amour propre. Nous expérimentons tous que ce n’est pas forcément facile de recevoir des autres. Ce que nous voyons à travers ces multiples récits d’apparition de Jésus Ressuscité, c’est que Jésus vient lui-même défaire les verrous qui nous bloquent. Il l’a fait pour Marie-Madeleine, pour les pèlerins d’Emmaüs; maintenant, il le fait pour Thomas.

Si vivre dans le régime de la foi, c’est accepter de recevoir des autres, c’est aussi vivre de la vie divine qui découle de la Passion de Jésus. Thomas veut toucher les marques de la crucifixion de Jésus, il veut toucher son côté. Symboliquement, le côté de Jésus est le lieu duquel couleront du sang et de l’eau, c’est-à-dire la grâce des sacrements. Toucher le côté de Jésus pour croire en sa Résurrection, c’est aussi vivre de la grâce sacramentelle pour croire en la Résurrection. C’est-à-dire que croire en la Résurrection est de l’ordre d’une expérience à vivre plutôt que d’une preuve. Les sacrements n’ont pas comme unique finalité de nourrir notre vie divine, notre foi, mais ils nous permettent de vivre de la Résurrection de Jésus et par là, de préparer notre propre Résurrection.

Vivre sous le régime de la foi nous conduit immédiatement à être missionnaires. Vous remarquerez que l’envoi en mission suit à chaque fois immédiatement l’apparition du Ressuscité. A Marie-Madeleine : « Cesse de me tenir ! Va plutôt trouver mes frères et dis-leur… » Dans l’Evangile du jour : « De même que le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie ». Je souhaite m’arrêter sur ce lien entre les apparitions du Ressuscité et l’envoi en mission. Tout d’abord, on peut en déduire que les communautés, les paroisses, les Eglises, ou nous-mêmes, si nous ne sommes pas (suffisamment) missionnaires, cela révèle une déficience dans notre expérience du Ressuscité. Et donc, si nous sommes dans ce cas, il nous faut revenir sur notre foi en Jésus Ressuscité et sur notre manière de vivre de la Résurrection du Christ. Il nous faut revenir sur notre vie sacramentelle. Jésus lie l’envoi en mission à la vie sacramentelle. Nous connaissons tous la finale de l’Evangile selon St Matthieu : « Allez, de toutes les nations faîtes des disciples, les baptisant au Nom du Père et du Fils et du St Esprit ! ». Mais vous avez dans l’Evangile du jour : « De même que le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie. (…) Recevez l’Esprit-Saint ! tout homme à qui vous remettrez ses péchés, ils lui seront remis ; tout homme à qui vous maintiendrez ses péchés, ils lui seront maintenus. » La foi précède la mission. On ne peut annoncer que ce que l’on connaît ou vit. Partir annoncer l’Evangile, avec toutes ses bonnes intentions, mais sans grand contenu, ne servira pas à grand-chose. En fait, il faut les deux. Mais l’un précède l’autre. C’est dans ce sens que nous avons travaillé et que nous travaillons sur la paroisse : renforcer les fondamentaux de la foi pour pouvoir assoir une dynamique missionnaire solide.

La première lecture nous donne également une indication précieuse sur la dynamique missionnaire de la communauté chrétienne. St Luc nous dit : « Tous les jours, le Seigneur faisait entrer dans la communauté ceux qui étaient appelés au salut. » Cette croissance suit de manière très proche la Résurrection de Jésus. Pourquoi cette communauté naissante est à ce point en croissance ? St Luc nous donne la réponse : cette communauté vit ensemble, prie ensemble, suit l’enseignement des Apôtres ensemble. Ils ont une vie chrétienne, spirituelle, fraternelle et sacramentelle, complète. En fait, Jésus Ressuscité vit dans cette communauté ; et cette communauté manifeste le Ressuscité. Profitons de ce temps de confinement et de jeûne forcé de l’Eucharistie ainsi que de la vie de communauté, pour purifier notre manière de vivre en communauté où trop souvent des querelles secondaires, des appétits de pouvoir, de reconnaissance, des luttes d’influence ou encore des rancoeurs ont lieu et abîment notre communion. Si nous voulons être missionnaires, il nous faut être unis, vivre de Dieu et non de soi.

Enfin, vivre de la foi, nous permettra de vivre sereinement les épreuves que nous rencontrerons. St Pierre le dit dans la deuxième lecture : « Vous tressaillez de joie, même s’il faut que vous soyez attristés, pour un peu de temps encore, par toutes sortes d’épreuves. » La foi nous permet de vivre sereinement toutes les épreuves parce que nous savons que Jésus est en tout vainqueur puisqu’Il a vaincu la mort. L’Evangile du jour nous redit par deux fois que Jésus Ressuscité donne la paix : « La paix soit avec vous ! » La paix est le don par excellence du Ressuscité qui est revenu de la mort.

Vivons toutes les épreuves que nous traversons dans la Foi, dans la paix que Jésus nous donne. La foi nous fait savoir que toute épreuve a une fécondité. Nous ne pouvons pas vivre l’épreuve actuelle de l’épidémie, du confinement, et des jeûnes qui vont avec, sans une profonde remise en cause de nos manières de vivre, tant en société qu’en Eglise. Rendons grâce à Dieu pour les générosités qui se révèlent, pour tous ceux qui choisissent de faire passer le bien de l’autre avant le sien, pour tous ceux qui s’oublient pour servir les autres. Rendons grâce pour les aspects positifs de ce temps de confinement : cela a permis à beaucoup de retrouver la réalité de la famille, réalité à soigner, là où naissent l’amour et le pardon ; cela nous a permis de nous retrouver face à nous-mêmes, de réfléchir au sens de notre vie. Mais le confinement nous amène aussi à une plus grande humilité, à remettre en cause nos modes d’existence, nos prétentions arrogantes de dominer le monde. Beaucoup de petits métiers, souvent mal considérés, sont vus aujourd’hui de manière nouvelle comme ceux qui permettent à notre pays de vivre. Prions pour aller au bout de ces remises en causes. On entend trop peu parler de réflexion ‘morale’ ou ‘éthique’ sur l’usage de la technique qui permet le meilleur comme le pire. Depuis des années la perspective du Bien Commun a complètement disparu de nos sociétés qui font des désirs individuels la norme absolue de nos législations.

Confions au Ressuscité cette épreuve mondiale que nous vivons : qu’elle soit l’occasion d’un retour à Dieu et d’une conversion profonde de chacun. Amen !

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