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Homélie du 1er Dimanche de Carême


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1er Dimanche de Carême

« Jésus fut conduit au désert par l’Esprit pour être tenté par le diable. »


Frères et sœurs,


L’Évangile des tentations au désert commence par cette parole : « Jésus fut conduit au désert par l’Esprit pour être tenté par le diable. » C’est-à-dire que l’épisode des tentations au désert s’inscrit dans un cheminement de vie spirituelle. Jésus est conduit par l’Esprit. Il est intéressant de regarder à quel moment précis le démon vient attaquer Jésus. Le démon vient L’attaquer au moment où Jésus vient d’être baptisé et commence son ministère public. Ce combat à ce moment-là n’est pas le fruit du hasard. Dans les tentations qui nous sont rapportées, le démon ne cesse de provoquer Jésus sur sa divinité : « Si tu es le Fils de Dieu » lui-dit-il par deux fois dans la version de St Matthieu. Jésus sait qu’Il est le Fils de Dieu. Mais Jésus est venu assumer notre nature humaine en en acceptant toutes les limites, les pauvretés. À chaque fois, le démon le presse d’utiliser sa divinité pour ne pas assumer les limites de son humanité. Le but recherché est de faire qu’au moment de la croix et de la mort, Jésus utilise sa divinité pour échapper à la mort. D’ailleurs, la 2ème tentation est explicite à ce sujet : « Si tu es le Fils de Dieu, jette-toi en-bas; car il est écrit : il donnera pour toi des ordres à ses anges, et : ils te porteront sur leurs mains de peur que ton pied ne heurte une pierre. » Cette tentation rejaillira dans la bouche d’un malfaiteur crucifié avec Jésus : « Si tu es le Fils de Dieu, sauve-toi toi-même et nous avec. » Sauf que si Jésus descendait de la croix et se sauvait, alors Il ne mourait pas, et alors Il ne ressusciterait pas. Le plan du démon est donc de faire échouer le sacrifice de Jésus sur la croix et par-là de faire échouer le mystère de la Rédemption.

Si cette attaque du démon a pour but précis d’atteindre Jésus dans sa mission, elle nous redit aussi que le combat contre le démon, autrement appelé le combat spirituel, fait partie de notre vie baptismale ordinaire. Et si le premier dimanche de Carême aborde toujours cette question, il ne faut pas réduire la dimension du combat spirituel qu’à ce dimanche-là, car c’est une question qui marque toute notre vie, toute l’année. Sans arrêt nous sommes confrontés à ce combat contre le démon qui vient nous tenter, alors certainement de manière moins franche et moins explicite que pour Jésus, mais nous vivons cette réalité. Le Carême s’est progressivement construit autour d’un temps de combat contre le démon, en premier lieu pour tous les catéchumènes qui se préparaient au baptême. Ces derniers, au cours de leur préparation, font l’expérience du démon qui vient les embêter pour entraver leur marche vers Dieu, tout comme Jésus tenté par le démon qui veut mettre en échec sa mission. Et puis, l’Église a étendu ce temps de combat spirituel à tous les chrétiens qui eux-aussi font dans leur vie baptismale de tous les jours l’expérience du combat contre le diable.


Pour entrer plus profondément dans ce que l’on appelle le combat spirituel, je voudrais regarder avec vous, à partir de la première lecture et de l’Évangile, comment le démon nous attaque en nous tentant.

Tout d’abord, il a une certaine connaissance de nous, même s’il ne connaît pas tout de nous, car seul notre Créateur nous connaît parfaitement. Donc, il nous attaque dans nos lieux de fragilité, de vulnérabilité, dans nos manques. La première tentation l’illustre. Le démon attaque Jésus dans un de ses appétits naturels : la faim. Cette première tentation n’est pas sans rappeler celle du diable au début de la Bible lorsque le serpent tente Ève avec le fruit de l’arbre défendu. On retrouve derrière l’appétit naturel de la faim. Là où nous donnons facilement prise au démon, c’est lorsque nous oublions que l’être humain est un être de manque, et qui doit assumer son manque et son vide. Il existe une tentation bien inscrite dans la nature humaine marquée par le péché qui consiste à ne pas assumer le manque fondamental qui est en nous, à le fuir ou à le compenser. À l’origine, ce manque est l’espace que Dieu a mis en nous pour nous permettre d’aller à Lui. Le démon vient nous tenter pour le combler ou le fuir. La réalité du désert est radicale : dans le désert, on fait l’expérience du manque et on redevient pauvre, soi-même, dépouillé, face à Dieu qui est le seul essentiel.

Dans la suite de cet angle d’attaque, en apparait un deuxième : le démon cherche à étouffer nos besoins spirituels. Lors de la première tentation, il essaye de combler la faim de l’homme par une nourriture humaine, laissant de côté l’ouverture à Dieu. Jésus lui répond : « L’homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole sortant de la bouche de Dieu. » Nous voyons combien le matérialisme dans lequel nous vivons constitue une véritable fermeture à Dieu. La preuve est que les peuples plus pauvres sont plus ouverts à Dieu que nous. Profitons de ce Carême pour honorer nos besoins spirituels, pour nourrir et soigner notre âme à travers la prière, les sacrements, la communion, la confession et pour nous libérer des nourritures, activités humaines qui font écran à notre nature spirituelle.


Ensuite, le démon nous attaque en cherchant à diviser. C’est ce qu’il fait en Jésus. Il cherche à opposer en Lui sa divinité à son humanité : « Si tu es le Fils de Dieu » dit-il à Jésus. Dans la première lecture, il cherche à opposer la créature au Créateur, non seulement en faisant sortir Ève de sa juste relation à Dieu, mais aussi en montrant Dieu comme un ennemi, comme quelqu’un qui aurait caché des choses, caché la Vérité. Mais pour revenir à l’Évangile, le démon n’arrive pas à diviser Jésus en lui-même. Cette remarque est importante ; nous savons que Dieu, trinitaire, est la source de l’unité en lui-même. Nous voyons désormais que plus nous sommes proches de Jésus, moins nous serons divisés ; à l’inverse, plus nous nous éloignons de Dieu, plus nous nous divisons.

Le démon attaque encore en manipulant la Parole de Dieu. Nous le voyons dans la première lecture lorsqu’il dit à Ève : « Alors Dieu vous a vraiment dit : ‘Vous ne mangerez d’aucun arbre du jardin ?’ » Ce n’est pas du tout ce que Dieu a dit. Dieu avait dit : « Vous pouvez de tous les arbres du jardin ; mais de l’arbre de la connaissance du Bien et du Mal, vous n’en mangerez pas. » Autrement dit, dans sa manipulation, le démon occulte le don de Dieu « Vous pouvez manger de tous les arbres du jardin », pour ne faire ressortir que le seul interdit qu’il généralise : « Vous ne mangerez d’aucun arbre du jardin. » Dans l’Évangile, il utilise le même processus : il détourne la Parole de Dieu. Il cite lors de la deuxième tentation deux paroles du psaume : « Il donnera pour toi des ordres à ses anges », et « ils te porteront sur leurs mains, de peur que ton pied ne heurte une pierre. » En plus, lors de cette tentation, vous remarquerez qu’il vient se placer sur le même terrain que Jésus qui venait de lui répondre en citant l’Écriture. Mais Jésus le remet en place : « Tu ne mettras pas à l’épreuve le Seigneur ton Dieu. » Cette tentation nous alerte sur le danger qu’il y a à ce que le démon se serve de ce que Dieu nous donne, ici sa Parole, pour pervertir notre relation à Lui. C’est pourquoi, on ne peut pas lire la Parole de Dieu tout seul dans son coin ; nous avons besoin de la recevoir avec d’autres, de la partager avec d’autres et nous avons besoin de l’Église qui en régule la compréhension et l’interprétation.


Pour terminer rapidement, quelques mots sur la réponse à donner au démon.

Tout d’abord, la Bible en général, pas seulement le passage d’Évangile d’aujourd’hui, nous apprend comment répondre au démon ; elle nous apprend ce qu’il faut faire et ne pas faire. La Parole de Dieu est un instrument pour résister ou répondre au démon.

De même, la Bible nous apprend également à ne pas entretenir de compromissions avec le péché. Toute compromission ou complicité se paye. En premier lieu parce que cela induit une habitude au péché dans notre nature et cela se répercute sur notre liberté. Nous le voyons par exemple avec Hérode, prisonnier de sa sensualité, qui va faire décapiter Jean-Baptiste. Toute compromission avec le démon conduit tôt ou tard à la mort : Juda qui trahit Jésus ; Saül qui va consulter la nécromancienne. Le démon, prince de l’illusion et de la manipulation, peut aussi procurer un certain bien temporaire, pour un mal plus grand après. Pour le coup, je prends un exemple dans la littérature allemande. Goethe met en scène un pacte entre Faust, savant frustré qui se rend compte qu’il ne comprend pas tout et qui a le désir de tout comprendre, tout saisir, et Méphistophélès, le diable. Ce dernier promet de combler les désirs de Faust en échange de quoi celui-ci lui vend son âme. Au-delà de la tragédie, le message est clair : tout arrangement avec le démon se paye, tôt ou tard. Donc, il y a des choses que la Bible, l’Église, nous enseignent à ne pas faire.

Enfin, la dernière arme que je reprends pour lutter contre le démon, qui est certainement la première à utiliser est de vivre nos tentations, nos combats avec Jésus qui en a déjà triomphé pour nous. Peut-être tomberons-nous ; mais Jésus a déjà gagné pour nous. Vivons tous ces combats avec Lui et surtout pas sans Lui. Saint Paul nous dit cela dans la deuxième lecture en des termes très théologiques, mais c’est la même réalité : « De même que la faute commise par un seul a conduit tous les hommes à la condamnation, de même l’accomplissement de la justice par un seul a conduit tous les hommes à la justification qui donne la vie. »


Soignons notre communion avec Jésus. Amen !

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