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  • Paroisse Saint Louis

Homélie du 1er Dimanche de Carême


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1er Dimanche de Carême

« Aussitôt l’Esprit le pousse au désert, et dans le désert, il resta quarante jours, tenté par Satan. »

Frères et sœurs,

La version des tentations de Jésus au désert selon St Marc est la plus épurée : les tentations ne nous sont pas exposées et l’évangéliste passe vite dessus pour orienter son récit vers l’annonce de la Bonne Nouvelle en Galilée. Les autres évangélistes détaillent beaucoup plus cet épisode de la vie de Jésus, parce qu’il est en fait très important et même fondamental. Quel est le sens profond de ces tentations ?

Pour le comprendre, il faut aller regarder comment les autres évangélistes nous les rapportent. Chacune d’elles commencera par cette interpellation du démon à Jésus : « Si tu es le Fils de Dieu ! » Bien sûr que Jésus est Fils de Dieu, et bien sûr que le démon le sait. Mais le démon provoque Jésus, non seulement en l’invitant à prouver qu’Il est Dieu, mais aussi en le poussant à utiliser sa divinité pour son propre compte, pour ne plus assumer son humanité, marquée par les limites, les pauvretés. Regardons juste la première : « Si tu es Fils de Dieu, ordonne que ces pierres deviennent des pains ! » Évidemment, tout Fils de Dieu qu’Il est, au bout de 40 jours et 40 nuits sans manger, Jésus a faim. Alors, Il pourrait utiliser sa divinité pour transformer les pierres en pains et manger, comme Il le fera pour transformer les pains et les poissons. Mais, si Jésus se met à avoir recours à la puissance de sa divinité pour s’affranchir des limites de son humanité, de l’humanité qu’Il est venu assumer, alors que se passera-t-il au moment de la croix ? Il pourra utiliser sa divinité pour s’échapper, et à terme, c’est le mystère de la Rédemption qui s’écroule. Ici se situe le piège du diable : faire tomber Jésus, Le pousser à utiliser la puissance de sa divinité pour s’affranchir des limites de notre humanité.

Cet évènement de la vie de Jésus est particulièrement important, car, comme nous le redit la première lecture, les multiples alliances entre Dieu et les hommes, n’ont jamais été parfaites ni définitives en raison du péché des hommes. Or Jésus est venu pour cela, pour rendre parfaite l’Alliance entre Dieu et les hommes. Nous voyons que le démon cherche à empêcher cette alliance. La victoire de Jésus contre le démon au désert est déjà l’annonce de la victoire de Dieu sur la Croix.

Le récit des tentations de Jésus au désert vient nous apprendre en outre que le démon vient attaquer, abîmer l’œuvre de Dieu. Voici une donnée importante pour comprendre ce que l’on appelle le combat spirituel et pour savoir quelles en sont les grandes lignes : le démon attaque, cherche à abîmer ou même à pourrir, peut-on dire, l’œuvre de Dieu, ou tout ce qui nous permet de nous unir à Dieu. Plus une personne, une réalité dira quelque chose de Dieu, de sa beauté, de sa grandeur, de sa sainteté, plus elle sera attaquée et salie. Vous comprenez dès lors pourquoi la prière, qui est le moyen de notre relation avec Dieu, est aussi souvent attaquée, pourquoi nous subissons distractions sur distractions dans la prière, pourquoi quand nous voulons prier, quelque chose se présente toujours à nous. Vous comprenez pourquoi l’Église, voulue par Jésus, instituée par Jésus, qui a une mission si importante, est attaquée. Oh, non pas de l’extérieur, mais de l’intérieur. Le démon attaque Jésus du plus profond de son être : « Si tu es le Fils de Dieu… » Il cherche à diviser Jésus en lui-même, en opposant sa divinité à son humanité. De la même manière, le démon attaque l’Église de l’intérieur en suscitant ou en excitant tout ce qui peut nourrir des divisions. Telle est, pourrait-on dire, la première règle concernant la vie spirituelle : tout ce qui dit Dieu, conduit à Dieu, est attaqué, sali par le démon. Plus une réalité est belle, plus il va essayer de la diviser pour l’affaiblir de l’intérieur.

Les tentations de Jésus au désert se situent dans la suite de son baptême, ce qui donne une précision importante pour le baptême. Le baptême devient donc un chemin de combat spirituel. Finie l’image du baptême qui vous protège de tout, qui est un chemin tout simple jusqu’à Dieu ! St Pierre le dit avec ses mots dans la deuxième lecture : « Le baptême ne purifie pas de souillures extérieures, mais il est l’engagement envers Dieu d’une conscience droite. » Le baptême devient un chemin qui nous fera entrer dans le combat spirituel qui est celui que Jésus a vécu pour nous et qui est aussi celui qu’Il vit à travers nous. Les catéchumènes, bien que non baptisés, font l’expérience de ce combat, eux qui se préparent à se donner à Dieu. C’est la raison pour laquelle ils auront besoin des scrutins, de ces prières de l’Église, pour leur donner la force de Dieu pour résister au démon.

Si le baptême nous fait entrer dans le combat spirituel, il nous fait déjà entrer dans la victoire de Jésus pour nous. Lorsque Jésus résiste au démon, Il résiste pour nous. Dès lors, nous savons que tous nos combats ont déjà été gagnés par Jésus pour nous, même si nous les perdons, même si nous tombons. Mais alors, il nous faut nous reconnaître dans les combats de Jésus. Il nous faut accepter d’entrer dans ce qui fait sa vie. Nos combats sont déjà dans les siens ; nos souffrances, dans les siennes ; nos blessures dans les siennes. Et sa victoire, qui triomphera dans la Résurrection, nous est déjà donnée, notamment par le sacrement du baptême. Si Jésus a vécu les tentations au désert, c’est ultimement pour nous. Nous nous ouvrons à ce combat et à la victoire qu’Il nous a acquise par notre communion avec Lui : communion dans la souffrance pour communier à sa victoire. Tout ce que je vous dis là est résumé, contenu, pourrait-on dire, dans le signe de croix : à la fois, signe de mort et de souffrance, à la fois signe de la victoire de l’amour.

Frères et sœurs, en ce temps de Carême où nous faisons de manière plus intense l’expérience de notre péché, de nos limites, de nos difficultés à aimer, à pardonner, où nous faisons l’expérience de notre pauvreté, reconnaissons-nous dans le combat de Jésus au désert. Ne vivons pas nos combats tout seuls : non seulement, nous déprimerons, mais en plus, nous les perdrons. La victoire est en Jésus ; rendons-Lui grâce et communions à sa Vie. Amen !

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