Homélie du 19ème Dimanche du Temps ordinaire


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19ème Dimanche du Temps ordinaire


Messe du battage à Tonquédec

«Vous aussi tenez-vous prêts : c’est à l’heure où vous n’y penserez pas que le Fils de l’Homme viendra. »




Frères et sœurs,

Les textes que nous méditons ce dimanche abordent la double question de notre désir de la vie éternelle et de notre préparation à la vie éternelle. « Là où est votre trésor, là aussi sera votre cœur » nous dit Jésus. Où est notre trésor ?

La question du désir de la vie éternelle est une question importante pour nous aujourd’hui parce que la vie éternelle a quasiment disparu de notre perspective, de nos désirs et de nos prédications. Par exemple, lorsque nous demandons à des parents pour quelles raisons ils demandent le baptême pour leurs enfants, nous n’avons jamais comme réponse « pour qu’il ait la vie éternelle »…alors que l’un des 4 dons du baptême est celui de la vie divine. L’amélioration de nos conditions de vie actuelle est pour beaucoup dans l’effacement de la perspective de la vie éternelle au point que l’on a tendance aujourd’hui à attendre et à espérer le salut en cette vie-là seulement.


Il y a une autre difficulté qui conduit à cet effacement. C’est qu’à mesure que nous avançons dans le temps, et à mesure que nous nous éloignons de l’Évènement de la Passion et de la Résurrection de Jésus, la perspective de la fin des temps se distend. Les premiers chrétiens, très marqués par la Passion et la Résurrection de Jésus, attendaient de manière éminente la fin des temps et la Résurrection des morts, au point que St Paul déconseillera aux personnes non encore mariées de se marier. Mais il est vrai qu’à mesure que nous nous éloignons de la Passion et de la Résurrection de Jésus, la perspective de la vie éternelle se dissout dans le temps. La question est donc pour nous : comment tenir dans le temps en gardant son cœur ouvert à la Venue du Seigneur ?


Deux pistes : la prière et la messe. La prière est le lieu d’une rencontre avec Dieu. Notre relation à Dieu se construit dans la prière et, comme toute relation, dans la fidélité. Non seulement, la prière nous fait rencontrer Dieu, mais elle nous prépare à vivre de Dieu, ce qui constituera notre nourriture dans la vie éternelle. Même si le temps des vacances scolaires n’est jamais le temps le plus simple pour tenir nos rythmes de vie, profitons de ce temps où nos rythmes de vie s’assouplissent pour prier, pour prendre vraiment le temps de rencontrer Dieu dans la prière.


Quant à la messe, elle est le lieu par excellence où nous accueillons Dieu qui se donne dans notre temps présent en même temps qu’elle est le lieu où nous redisons que nous attendons sa venue. Nous le disons lors de l’Anamnèse : « Nous annonçons ta mort Seigneur Jésus, nous proclamons ta Résurrection, nous attendons ta venue dans la gloire ». Dans la prière eucharistique : « alors que nous attendons son dernier Avènement » (Prière eucharistique n° 3) ; dans l’embolisme du Notre-Père : « soutenus par ta miséricorde, nous serons libérés de tout péché, libérés de toute épreuve, nous qui attendons que se réalise la bienheureuse espérance : l’Avènement de Jésus-Christ notre Sauveur ». En fait, si nous sommes attentifs aux prières de la messe, nous découvrons que la messe nous maintient dans cette attente de la Venue du Seigneur en même temps qu’elle la construit et la nourrit.

La deuxième lecture évoque une autre manière de nous préparer à la Vie éternelle : il s’agit de vivre dans la foi. St Paul définit la foi comme ceci : « La foi est une façon de posséder ce que l’on espère, un moyen de connaître les réalités que l’on ne voit pas. » La foi nous fait savoir que nous sommes faits pour vivre de Dieu, avec Dieu en plénitude, au-delà de cette vie. Par la certitude qu’elle nous apporte, elle nous permet de tenir dans le temps, d’attendre et de préparer cette rencontre. La foi nous apprend aussi que tout ce que nous vivons a un sens, même si ce dernier nous échappe, même si nous portons des croix ou vivons des épreuves. Dieu seul nous révèle et nous révélera le sens de ce que nous vivons. Vivre notre vie dans la foi nous permet également de collaborer à l’œuvre de Dieu, parfois même sans en avoir conscience. C’est une question à nous poser, Frères et Sœurs, lorsque nous vivons des évènements particuliers, heureux ou difficiles, dans notre vie : est-ce que nous les vivons comme ils viennent, finalement en les subissant, ou est-ce que nous les vivons dans la foi, en sachant et en croyant qu’ils auront un sens un jour ? Outre la prière, la messe, qui est l’actualisation la plus parfaite et complète de Dieu qui se donne à nous, il n’est pas possible de maintenir son cœur ouvert à la vie éternelle, sans vivre cette attente dans la foi qui nous gardera, évènements après évènements, ouverts à Dieu.

La conséquence de cette disposition fondamentale d’attente et de préparation à la vie éternelle est que cela doit marquer, caractériser, notre manière de vivre ici-bas : « Le serviteur qui, connaissant la volonté de son maître, n’a rien préparé et n’a pas accompli cette volonté, recevra un grand nombre de coups. » nous dit Jésus. Je vous propose plusieurs pistes pour transformer notre manière de vivre notre vie terrestre ici-bas, plus exactement pour la former sur la perspective de la vie éternelle.

Tout d’abord, nous pouvons essayer de vivre davantage nos relations en Dieu, c’est-à-dire, ne pas les vivre seulement sur un plan humain : j’apprécie / je n’apprécie pas cette personne ; j’ai de l’affection ou de l’estime ou bien je n’en ai pas. Descendons à un niveau plus profond de relation : cette personne est à l’image de Dieu, elle me dit quelque chose de Dieu et Dieu me donne quelque chose à travers cette personne.


Ce niveau de relation plus profond nous permettra de rencontrer Dieu dans l’autre. C’est une préparation à la vie éternelle où, entrés dans la Communion avec Jésus, nous vivrons de manière nouvelle nos relations les uns envers les autres en Dieu. St Paul dit à ce sujet que Dieu sera tout en tous. Vous savez c’est la fameuse image d’un Père de l’Église qui dit que plus nous nous approchons du centre d’un cercle, le centre qui est Dieu, plus nous nous rapprochons les uns des autres.


Se préparer à la Vie éternelle en Dieu, c’est aussi préparer notre mort comme la Rencontre avec Dieu. Les novices bénédictins reçoivent comme enseignement dès leur entrée au monastère cette invitation volontairement percutante : « Tu entres au monastère pour préparer ta mort. » Il s’agit évidemment de faire réfléchir et de se préparer à la vie éternelle en préparant La Rencontre avec Dieu. Il y a matière à réfléchir aujourd’hui nous qui vivons dans une société où l’on cache la mort, où l’on cherche à la faire oublier ou à la nier.


Enfin, nous pouvons nous préparer à la Vie éternelle en estimant et en apprenant à vivre de la grâce du célibat consacré, celui des prêtres, des religieux/religieuses ou des personnes consacrées. Le célibat consacré est un signe du type de relations que nous vivrons dans l’éternité : consacré à Dieu pour être disponibles à tous. Il est aujourd’hui un signe provoquant, parfois mal compris, parce qu’il dit, par son seul fait, l’existence de Dieu. Voici quelques pistes concrètes pour nous aider à former notre vie humaine par rapport à la perspective de la vie éternelle. Que le Seigneur nous aide à mieux regarder le Ciel pour mieux vivre sur la terre. Amen !

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