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  • Paroisse Saint Louis

Homélie du 15ème Dimanche du Temps ordinaire


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Frères et sœurs,

Nous avons pour une fois un exemple d’homélie faite par Jésus lui-même. Je souhaiterais reprendre avec vous les différents types de terrain que Jésus évoque dans l’Evangile : le bord du chemin, le sol pierreux, les ronces, la bonne terre. Ils évoquent des réalités qui sont les nôtres et qui nous permettent de réfléchir sur la crise de la transmission de la foi que nous connaissons aujourd’hui non seulement dans notre Eglise, mais aussi dans notre société.

Mais auparavant, je voudrais partir de deux remarques préliminaires. L’une concerne l’activité du semeur ; l’autre la Parole de Dieu.

Ce qui me frappe dans cet Evangile, c’est que le semeur sème. Il sème généreusement, sans se soucier des terrains où tombera la semence. Son souci n’est pas là. Il sème sans compter, sans regarder. En fait, il donne les mêmes chances à tout le monde, faisant le pari qu’il y a de la bonne terre partout où la semence pourra s’enraciner. Il nous redit qu’il n’y a pas les bons terrains d’un côté, les mauvais de l’autre. C’est aussi en chacun de nous que se trouvent ces 4 terrains. Le propre de la conversion consiste donc à faire de tous ces terrains une bonne terre pour féconder la semence divine.

L’action du semeur nous amène à réfléchir à l’heure où nous avons parfois moins de forces vives dans l’Eglise. Nous sommes souvent conduits à regarder où nous engageons nos forces, où nous mettons des moyens. Le semeur lui ne calcule pas ; il traite tout le monde de la même manière. Et quand nous calculons, le Seigneur vient nous rappeler que c’est Lui qui maîtrise en faisant surgir des réponses là où on ne les attendait pas forcément. Le Seigneur nous invite à une plus grande gratuité, à une plus grande générosité, à un plus grand investissement et à un plus grand abandon.


L’autre remarque concerne la nature de la Parole de Dieu. Le prophète Isaïe nous rapporte dans la première lecture que « la Parole qui sort de ma bouche ne me reviendra pas sans résultat. » La Parole de Dieu est efficace : elle réalise ce qu’elle dit. Elle est performative et puissante, source d’action et de vie…à la différence de la parole humaine. Cet évangile nous redit bien que la fécondité est un don de Dieu auquel nous sommes invités à participer à travers le terrain que nous offrons. Dans cette coopération se retrouvent la libre initiative de Dieu dans un don inconditionnel et la réponse libre de l’homme. Comme l’évoque la deuxième lecture : « La création a été soumise au pouvoir du néant. » L’homme, ainsi que la création, sont donc tiraillés entre le péché qui nous bloque et nous ferme à Dieu et aux autres et l’espérance de la libération. De ce fait, les terrains de nos cœurs présentent différentes réalités : ils sont parfois pierreux, parfois envahis de ronces, pas disponibles, parfois sont-ils composés de bonne terre.

Regardons 3 terrains difficiles évoqués par Jésus : le terrain au bord du chemin, le sol pierreux, le terrain envahi par les ronces.

« Quand quelqu’un entend la Parole du Royaume sans la comprendre, le Mauvais survient et s’empare de ce qui est semé dans son cœur : celui-là, c’est le terrain ensemencé au bord du chemin. » La difficulté évoquée ici est celle qui consiste à faire sien la Parole du Royaume…à faire sien l’Ecriture, la foi transmise, les préceptes évangéliques, la prière. C’est un défi pour chacun de nous que la Parole ne reste pas extérieure à nous, mais qu’elle devienne une réalité intérieure et personnelle. Combien de personnes ont été au contact du message évangélique et n’ont pas réussi à en faire une réalité intérieure! Même si les causes peuvent être multiples, cela doit nous interroger sur la manière dont nous transmettons la foi. Ce qui est sûr à travers les paroles de Jésus, c’est que le fait de ne pas s’approprier, de ne pas faire sienne la semence divine, est une prise donnée au Mauvais. La foi chrétienne avant d’être un contenu de normes de vie, morales, de principes, de croyances, avant d’être le lieu d’engagements, est d’abord l’occasion d’une rencontre personnelle avec Jésus, Fils de Dieu. Là doit se situer notre premier travail d’annonce et de transmission.

« Celui qui a reçu la semence sur un sol pierreux, c’est celui qui entend la Parole et la reçoit aussitôt avec joie ; mais il n’a pas de racines en lui, il est l’homme d’un moment : quand vient la détresse ou la persécution à cause de la Parole, il trébuche aussitôt. » La difficulté évoquée ici est l’absence de racines qui fait que la pousse ne sera pas solide et ne résistera ni au temps ni aux épreuves. Nous connaissons tous des jeunes convertis, qui pris par le feu de la découverte de la foi, de Dieu, s’engagent avec une énergie remarquable. Mais bien souvent ce feu s’épuise avec le temps, et parfois, les difficultés de la vie ou inhérentes à la vie en Eglise, les refroidit… et on les voit quitter le navire ! Toute vie de foi connaît des épreuves, des déserts, des doutes, qui sont autant d’appel à approfondir sa foi. Il me semble qu’une meilleure appropriation du message de Jésus serait ici bénéfique : Jésus aime notre monde, mais ne fait pas l’impasse sur le fait que le monde ne l’aime pas forcément. « Bienheureux si l’on dit toute sorte de mal contre vous à cause de moi… » nous dit Jésus ! Je crois ici que le sacrement de la confirmation nous fait encore beaucoup défaut : il manque aux chrétiens non confirmés la force de l’Esprit-Saint qui permet de les affermir, de grandir dans le temps et de vivre les épreuves dans la foi pour en sortir plus forts et grandis.

« Celui qui a reçu la semence dans les ronces, c’est celui qui entend la Parole ; mais le souci du monde et la séduction des richesse étouffent la Parole, qui ne donne pas de fruit. » Le risque évoqué ici est celui de la mondanité ; c’est-à-dire, celui qui consiste à tout mettre sur le même plan : le message de la foi, les relations humaines, sociales, les activités professionnelles, de loisirs. Les activités du monde (au sens d’activités profanes) ne sont pas mauvaises en elles-mêmes, mais elles ne sont pas à mettre sur le même plan que les activités liées à la vie de prière ou à la vie chrétienne. Combien de fois constatons-nous, notamment dans le domaine de la catéchèse, que les enfants ne sont ni soutenus ni encouragés à une pratique régulière de la foi, alors qu’ils le sont pour des entrainements de sport ou des compétitions ! Ce qui fait défaut ici, c’est une certaine hiérarchie dans les activités.

Profitons de ce temps de vacances où en tout cas les rythmes de vie vont se dilater, s’assouplir, pour prendre du temps pour Dieu. Encore une fois, il n’y a pas la bonne terre chez un tel, les mauvais terrains chez tel autre, mais c’est en chacun de nous que s’entremêlent ces différents terrains. Que l’Esprit-Saint vienne nous aider à nous rendre accueillants et disponibles à la semence divine. Si la fécondité vient de Dieu, nous avons un rôle déterminant à jouer dans le terrain que nous offrons au Seigneur. Amen !

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