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  • Paroisse Saint Louis

Homélie du 14ème Dimanche Temps ordinaire


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14ème Dimanche Temps ordinaire

« Un prophète n’est méprisé que dans son pays, sa parenté et sa maison. »

Frères et sœurs,

Vous connaissez bien cette page d’Évangile qui a donné un proverbe dans notre langue française : « Nul n’est prophète en son pays ! » Cet épisode est particulièrement intéressant parce qu’il nous montre la perversion progressive de la réflexion des contemporains de Jésus. Et cette perversion nous interroge : où est-ce que cela dérape ? Parce que leur interrogation commence bien : « D’où cela lui vient-Il ? Quelle est cette sagesse qui lui a été donnée, et ces grands miracles qui se réalisent par ses mains ? » Les questions qu’ils se posent sont bonnes et ouvrent les auditeurs à la question de l’identité profonde de Jésus. Mais voilà où cela dérape… « N’est-il pas le charpentier, le fils de Marie, et le frère de Jacques, de José, de Jude et de Simon ? Ses sœurs ne sont-elles pas ici chez nous ? » Et le verdict tombe : « Et ils étaient profondément choqués à son sujet. » Ce qui fait que leur question et leur réflexion se pervertissent, c’est qu’ils croient connaître Jésus. Et vous remarquerez qu’ils l’enferment dans une connaissance exclusivement humaine : « le fils du charpentier, le fils de Marie, et le frère de Jacques, de José, de Jude et de Simon. » Dit autrement, ils ne sont pas du tout ouverts à la divinité de Jésus ; voilà la raison pour laquelle Jésus ne pourra faire presque aucun miracle chez eux. Ce qui pervertit leur raisonnement est la fausse connaissance qu’ils ont de Jésus, en l’enfermant dans leurs propres préjugés.

Cet épisode nous interroge à plusieurs niveaux. Tout d’abord, nous aussi, nous pouvons croire connaître les gens, surtout nos proches, et passer à côté de ce qu’ils sont au plus profond d’eux-mêmes. Dans toute relation, qu’elle soit par rapport à Dieu ou par rapport aux autres, nous avons à nous décentrer de nous-mêmes pour accueillir l’autre dans sa spécificité, son individualité, dans ce qu’il est en lui-même. Beaucoup de relations sont faussées par ce que l’on n’accueille pas l’autre en vérité, mais selon nos critères conscients ou inconscients. Ce que je dis est valable pour toute relation humaine : amicale, mais aussi dans le mariage, dans la relation à Dieu. Puis, cet épisode nous redit que l’identité profonde d’une personne est un mystère que Dieu seul connaît. Seul Dieu sait qui nous sommes en profondeur. Et en Dieu la connaissance est amour : Dieu connait et aime en même temps; pour Lui, c’est la même réalité. Cela veut dire que nous ne pouvons pas connaître une personne en vérité sans l’aimer et sans passer par Dieu qui nous donne l’accès au secret de la personne. Alors cela nous interroge sur la manière dont nous vivons nos relations : sommes-nous ouverts à Dieu dans les relations que nous vivons les uns avec les autres. Est-ce que l’autre a quelque chose à me donner, à me révéler de la part de Dieu ? Sommes-nous attentifs à la présence de Dieu en l’autre ? Voilà de quoi donner un peu plus de profondeur à nos relations humaines et de quoi nous aider à les renouveler.

Au-delà du danger d’une connaissance fausse que nous révèle cet épisode, il nous révèle également une vérité naturelle fondamentale : c’est que l’altérité est nécessaire pour nous faire devenir nous-mêmes. On ne devient soi-même que par les autres, grâce aux autres, et en tout premier lieu grâce à Dieu qui est le Tout Autre. Il en est ainsi au cœur de la Trinité : chaque personne est elle-même parce qu’elle est divine et parce qu’elle est distincte des autres. On peut dire que le Père et l’Esprit-Saint font que le Fils est Fils ; que le Père et le Fils font que l’Esprit-Saint est l’Esprit-Saint etc…En Dieu, l’altérité des personnes permet aux personnes d’être elles-mêmes. De même pour nous : aucun de nous ne devient lui-même par lui-même. Nous nous recevons tous d’abord de nos parents. Ce sont d’autres qui nous font devenir nous-mêmes. Puis la vie, avec ses multiples relations, se charge de nous faire devenir nous-mêmes. Le mariage est à ce titre intéressant : chacun devient toujours plus lui-même dans le couple grâce à l’autre qui le fait devenir lui-même. Chacun avance dans la vérité de son être grâce à l’autre et grâce évidemment à l’Amour. L’altérité est nécessaire à la constitution d’une identité et nécessaire à la croissance. Mais attention, il faut vivre ceci non de manière idéologique, mais de manière chrétienne. C’est-à-dire que ce n’est pas d’abord parce que l’autre est autre que c’est bien, mais c’est parce que l’autre a à me donner et à me révéler quelque chose de Dieu, que cela me fera grandir et devenir un peu plus moi-même.

Alors frère et sœurs, il en est de même au sein de l’Église. Nous faisons tous l’expérience qu’il est souvent plus facile de se retrouver entre personnes qui pensent pareil, qui prient de la même manière, entre personnes qui ont les même sensibilités, les mêmes manières de voir, et nous faisons presque tous l’expérience qu’il est difficile de vivre avec des gens qui ont d’autres manières de prier, d’autres goûts, d’autres manières de voir. À chacun de nous se pose alors la question d’une véritable ouverture à ce que l’autre me dit et m’apporte de Dieu. On ne se situe pas seulement dans le respect de l’autre, mais dans ce que l’autre me donne et m’apporte. Si les communautés chrétiennes arrivent à une telle ouverture, alors elles seront beaucoup plus soudées, unies et fortes. Il en va de même par rapport aux pasteurs que l’on reçoit. Dans l’Église catholique, on ne choisit pas ses pasteurs, on les reçoit. C’est ainsi que Dieu fait grandir son Église et la gouverne. Chaque pasteur, qu’il soit Pape, évêque, prêtre, apporte quelque chose de Dieu au peuple auquel il est envoyé. Il est dommage que parfois des fidèles se ferment à leurs pasteurs : parce qu’au-delà de l’aspect humain de la question, il y a surtout l’ouverture fondamentale à Dieu derrière. Est-ce que j’accueille ce que Dieu me donne à travers tel ou tel pasteur ?

Juste pour terminer cette réflexion, les textes abordent une autre problématique que je ne fais qu’effleurer, qui est celle du missionnaire qui ne sera pas accueilli ou qui rencontrera fermeture de cœur, voire hostilité. Je cite la première lecture : « Alors, qu’ils écoutent ou qu’ils n’écoutent pas-c’est une engeance de rebelles !- ils sauront qu’il y a un prophète au milieu d’eux ! » Il existe des situations pastorales où des pasteurs, des fidèles qui ont une mission (catéchisme, préparation baptême etc…) font l’expérience déroutante de faire ce qu’ils ont à faire, mais de sentir que ce qu’ils disent, ce qu’ils annoncent n’est pas accueilli, voire est contesté. Il faut alors se rappeler la parole de Jésus : « Nul n’est prophète en son pays » et la parole de Dieu dans la première lecture : « Ils sauront qu’il y a un prophète au milieu d’eux. » Dans l’Évangélisation, la mission, on peut faire tout ce qu’on peut, déployer le maximum de bonnes idées, de moyens pastoraux, à un moment donné, on ne peut pas se substituer à la liberté des gens auxquels nous sommes envoyés. Par contre, il ne faudrait pas en arriver à se taire sou prétexte que ce que l’on annonce n’est pas ou ne sera pas reçu, car alors nous aurions fait défaut à notre mission. L’annonce permet aux personnes en face d’exercer leur liberté : s’ils n’accueillent pas, c’est de leur responsabilité. Voilà de quoi méditer sur la transmission de la foi en famille, ou sur la tentation que peuvent avoir certains à n’attendre que des conditions pastorales optimales pour annoncer l’Évangile. Les obstacles, les cœurs fermés, les résistances font partie de la mission. Jésus l’a expérimenté. Nous ne sommes pas au-dessus de Lui !

Frères et sœurs, demandons au cours de cette messe la grâce d’une véritable ouverture à Dieu pour nous ouvrir en vérité à nos frères et sœurs et à ce qu’ils nous apporteront de la part de Dieu. Amen !

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