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Homélie du 10 mars : Accueil de la Confrérie de charité

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1er Dimanche de Carême

Réveil de la confrérie de charité de la Paroisse

Saint Louis du Pays de Vernon

Frères et sœurs,

Comme chaque premier dimanche de Carême, la liturgie de l’Eglise nous emmène au désert à la suite de Jésus pour mourir à nous-mêmes, pour faire l’expérience de notre finitude, de notre péché et pour nous ré-ouvrir ou nous ouvrir à Dieu et à la Vie. Les tentations de Jésus au désert suivent immédiatement son baptême. Elles caractérisent ainsi la vie baptismale, la vie chrétienne, comme une vie de combat spirituel. Nous sommes invités à reconnaître dans le combat que Jésus mène contre le démon notre propre combat. Nous sommes invités à reconnaître dans la victoire de Jésus contre le démon notre propre salut. Alors, entrons dans chacune des tentations qui nous sont rapportées.

A travers ces 3 tentations se révèle une seule et unique tentation : c’est celle qui consiste à mettre en cause l’existence de Dieu ; celle qui consiste à le mettre à l’écart, à vouloir vivre sans Lui : « Si tu es le Fils de Dieu » dira par deux fois le démon à Jésus. Il met en cause sa divinité. Il l’invite à prouver qu’Il est Dieu. Mais, n’est-ce pas non plus chez nous une tentation répandue ? « Si Dieu existait, alors, pourquoi les guerres, pourquoi les morts innocentes ? pourquoi les catastrophes naturelles où meurent des innocents ? » Cette tentation, Jésus la rencontrera tout au long de sa vie, à travers les multiples signes qu’on ne cesse de lui réclamer pour prouver que c’est Lui le Messie. Aujourd’hui aussi, notre monde ne cesse de mettre en cause Dieu qui doit prouver qu’Il existe pour que l’on croie en Lui.

L’objet de la première tentation concerne la question de l’avoir, de la nourriture : « Ordonne à cette pierre de devenir du pain. » Il peut exister la tentation de réduire le mystère de la Rédemption à la résolution de problèmes sociaux comme la lutte contre la faim, contre la pauvreté. Bien sûr, l’Eglise à, la suite même de Jésus, a toujours lutté contre la pauvreté, contre la faim. Pour autant, la Rédemption dépasse la résolution des problèmes sociaux : elle est l’œuvre d’un Salut à accueillir.

La deuxième tentation est celle du pouvoir : « Je te donnerai tout ce pouvoir, et la gloire de ces royaumes. » La tentation ici est celle qui consiste à utiliser la force pour obtenir ce que l’on veut, pour convertir. Mais la foi repose sur un assentiment libre, sur l’usage de notre propre liberté. Il est à ce titre intéressant de regarder la figure de Barrabas, ce « brigand » que Pilate propose de gracier et que la foule choisira à la place de Jésus. On considère souvent, comme je viens de le dire, que Barrabas était un brigand. Mais le terme grec utilisé signifie aussi « combattant de la résistance ». Plus qu’un brigand, Barrabas se révèle plutôt être le chef de file d’un groupe d’émeutier. Si l’on regarde son nom, Barrabas devient une figure messianique : Barrabas : Bar-Abba : fils du Père. En fait, avec Jésus, deux figures messianiques s’opposent : Barrabas, un Messie à la tête d’un combat qui promet la liberté et son propre royaume, et Jésus qui s’offre lui-même pour donner la Vie.

Cette deuxième tentation nous amène à la troisième : « Si tu es le Fils de Dieu, jette-toi en bas ; car il est écrit : ‘Il donnera pour toi à ses anges l’ordre de te garder.’ » A nouveau, tentation du pouvoir, tentation d’utiliser le pouvoir de sa divinité, pour se dérober : « Si tu es le Fils de Dieu ». Bien sûr que Jésus est le Fils de Dieu ; bien sûr qu’Il peut faire ce qu’Il veut…mais s’Il utilise sa divinité pour s’affranchir des limites de l’humanité qu’Il est venu assumer…tout tombe à l’eau ! Alors, sur la Croix, Jésus partira ; il descendra, comme d’ailleurs on le lui dira : « Si tu es le Fils de Dieu, sauve-toi toi-même et nous avec ! Descends de la croix ! » Le diable est très fin. Et en plus, comme lors de la tentation au jardin d’Eden, le démon cite la Parole de Dieu, il l’utilise en la dévoyant de sa finalité, il la pervertit pour tendre un piège et faire tomber Jésus.

Les tentations qu’affronte Jésus se déroulent dans un cadre de prière. Pour nous aussi, la prière est un lieu de combat, contre nous-mêmes, contre nos distractions, contre le monde, ses activités et son rythme. La prière qui est le lieu de l’union à Dieu, le lieu où Dieu se donne à nous, est un lieu attaqué par le démon. Soignons notre prière.

Je voudrais profiter d’un autre moyen que l’Eglise met à notre disposition pour renaître à Dieu, l’aumône, pour intégrer la nouvelle confrérie de charité de la Paroisse St Louis du Pays de Vernon tant dans les œuvres de charité recommandées par l’Eglise que dans la pastorale paroissiale. L’accompagnement des mourants comme l’ensevelissement des morts fait partie de la pratique des oeuvres de charité. Les œuvres de charité dont la pratique nous est recommandée tant dans notre vie chrétienne que pendant le Carême, sont des actions par lesquelles nous venons en aide à notre prochain dans ses nécessités corporelles et spirituelles. L’ensevelissement des morts fait partie des œuvres de charité corporelles.

Les confréries de charité sont une tradition essentiellement normande qui ont plus de 1000 ans d’existence. Ce sont en quelque sorte des ancêtres des Pompes Funèbres. A l’origine, il s’agissait d’un groupement de fidèles qui souhaitaient prier pour leur mort, pour bien mourir, et qui souhaitaient que l’on prie pour eux, une fois morts. Les membres se sont constitués en confrérie et étaient appelés à la maison des mourants pour accompagner le mourant lors de son passage vers Dieu, pour organiser la veillée mortuaire, pour faire la toilette mortuaire et habiller le défunt, pour le conduire à l’église pour la messe, et enfin pour l’ensevelir au cimetière. Très souvent, les confréries ont aidé la famille du défunt, tant sur un plan spirituel que financier. Les confréries ont acquis une grande popularité lors des épidémies de peste où elles ont continué à ensevelir les morts, malgré les risques de contagion. Les inhumations se faisaient alors de nuit pour éviter de croiser du monde, à la lueur de torches pour éclairer la route du convoi et avec des tintenelles (petites cloches) pour demander aux gens de s’éloigner. Après plus de 126 ans de sommeil, la nouvelle confrérie de Vernon resurgit de l’histoire et viendra renforcer les confréries existantes dans notre secteur : Tourny, Gaillon, et celles encore présentes dans la vallée de l’Eure. Bien sûr, cette nouvelle et jeune confrérie a de particulier, et peut-être d’insolite, qu’elle renaît dans une ville, alors que les confréries ont plutôt survécu en campagne. Mais la pastorale des funérailles touche aussi bien la ville que la campagne ! Même si elle surprend des paroissiens ou des Vernonais, par son rituel propre, par son habit, le port du chaperon, vous verrez qu’elle se révélera être une aide précieuse et une grâce pour la paroisse, passé l’effet de surprise ou folklorique. Nous pouvons attendre à juste titre d’elle une aide dans la préparation des obsèques, dans le déroulé des célébrations, un meilleur accompagnement des défunts notamment en procédant aux prières liturgiques au moment de l’inhumation au cimetière. Mais, en quittant la pastorale des funérailles, la nouvelle confrérie nous redira l’importance de la vie fraternelle dans l’Eglise. Ceux qui connaissent les confréries savent qu’il y a des véritables relations d’amitiés chrétiennes solides, qu’il y a un soutien humain et spirituel important, une proximité familiale qui a trop souvent disparu de nos paroisses pour laisser place à un individualisme généralisé ou à un esprit de mondanité. De plus, composée de membres différents, de générations différentes, de cultures différentes, la confrérie de charité aidera la paroisse à grandir dans des relations personnelles de qualité au-delà des relations qui existent aujourd’hui par réseaux, réseaux qui cohabitent plus côte à côte qu’ils ne se mélangent. En clair, la nouvelle confrérie nous aidera à grandir et à vivre comme une seule et même famille. Vous apprendrez à travailler et à vivre avec elle comme il lui faudra trouver progressivement sa place parmi nous.

Nous portons dans notre prière cette nouvelle confrérie ainsi que ses membres qui s’engagent bénévolement au service de nos frères et sœurs défunts. Qu’ils découvrent la beauté du service de la charité ; que leur engagement soit fructueux, fécond et porteur de la Lumière de la Bonne Nouvelle de la Résurrection de Jésus. Que leur témoignage soit évangélique et appelant. Que Saint Sébastien, patron des charitons, St Martin, patron de la nouvelle confrérie et Saint Louis, Patron de notre paroisse, veillent sur eux et renouvellent et purifient l’esprit de service au sein de l’Eglise et de notre paroisse. Amen !


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