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Homélie de la Solennité du Christ-Roi de l’Univers


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« Amen, je te le dis : aujourd’hui, avec moi, tu seras dans le paradis ! »


Solennité du Christ-Roi de l’Univers


Frères et Sœurs,

Au terme de l’année liturgique, cette belle Solennité du Christ-Roi de l’Univers nous redit que notre vie, notre monde, nos existences sont orientées vers Dieu. Nous venons de Dieu et nous marchons vers Dieu.

Evoquer le Christ « Roi de l’Univers », c’est non seulement nous replonger dans toute l’ambigüité de la question de la Royauté pour Jésus, mais c’est aussi nous plonger dans la question de son Règne, de la nature de son Règne, de son Royaume et aborder la question de notre mission de baptisés, puisqu’en vertu de notre baptême, nous participons à la royauté du Christ.

Avant de regarder la question de la nature de sa Royauté, il faut tout d’abord regarder la conversion qu’appelle la question de la Royauté du Christ, conversion pour les contemporains de Jésus, conversion pour nous-mêmes.

La première lecture permet d’entrevoir le chemin à parcourir pour convertir notre vision de la royauté du Christ. Le prophète Samuel évoque le Roi David : « Tu seras le pasteur de mon peuple, tu seras le chef d’Israël » avait dit Yahvé par l’intermédiaire de Samuel à David. Le Roi David sera un Roi politique, qui renforcera le peuple d’Israël et lui permettra de remporter de nombreuses victoires. Mais, l’attente du Messie, qui doit être issu, selon les Ecritures, de la tribu de Juda, c’est-à-dire de la tribu royale d’Israël, va venir renforcer la confusion avec l’attente d’un Messie-Roi. Mais le Seigneur avait dit à David : « Tu seras le berger de mon peuple, tu seras le chef d’Israël. » Dieu donne une mission pastorale, de berger, à celui qui, de berger qu’il était tout petit, a été choisi pour être Roi d’Israël. Dès lors, le Roi d’Israël a une mission de berger, de chef, quand le Messie attendu doit être issu de la tribu royale. On voit naître toutes les confusions qui habiteront le cœur des Israélites et ce, même encore au temps de Jésus. Le peuple Hébreu doit donc passer de l’attente d’un Messie-Roi politique à l’attente d’un Messie-berger, Roi universel, d’une royauté guerrière à une royauté du Salut. Cette conversion est loin d’être achevée lors de la Passion de Jésus, puisque c’est sur la question de sa royauté qu’on va le faire prisonnier et qu’on va le condamner à mort.

Cette conversion que le peuple Hébreu est appelée à vivre, nous sommes aussi appelés à la vivre. Combien de fois avons-nous l’idée d’un Dieu tout-puissant dont nous aurions le désir qu’Il intervienne à tout bout de champ dans nos vies, pour nous guérir, nous épargner tout malheur…Et parfois, on en veut à Dieu que tel malheur nous soit arrivé ! Nous aussi, nous devons convertir notre conception de la toute-puissance de Dieu. Le Dieu auquel nous croyons n’est pas un Dieu dont la toute-puissance consisterait à fuir le mal, à ne pas le rencontrer, mais au contraire, c’est un Dieu dont la toute-puissance consiste à affronter le mal, à le porter, à l’assumer. Fêter le Christ-Roi de l’Univers, c’est tout d’abord accepter de convertir nos visions et nos attentes de Dieu.

Quelle est donc la nature de la royauté du Christ ?

La royauté du Christ consiste en une royauté d’Amour et de Salut, une royauté de miséricorde. St Paul écrit dans la deuxième lecture : « Il (Dieu) nous a fait entrer dans le Royaume de son Fils bien-aimé, par qui nous sommes rachetés et par qui nos péchés sont pardonnés. » tel est le Royaume du Christ. L’Amour et le mystère de la Rédemption marchent ensemble : c’est parce que Dieu nous aime qu’Il nous sauve. Et le récit que nous venons d’entendre sur la crucifixion de Jésus nous montre jusqu’où va l’Amour de Dieu. Rendez-vous compte, dans ce récit, il n’est pas une seule fois question, mention, d’une personne bienveillante qui soit aux côtés de Jésus pour l’encourager, pour être là à ses côtés. Il n’est question que de groupes qui se moquent de Lui, qui l’insultent, qui le provoquent : « Si tu es le Roi des Juifs, sauve-toi toi-même ! » Provocation qui renvoie aux tentations du diable : « Si tu es le Fils de Dieu, jette toi en bas. » Provocation qui renvoie à son être profond, qui met en cause sa divinité. Et Jésus laisse faire, Il assume, parce que c’est précisément toute cette méchanceté, toute cette bêtise, tous ces rejets, toutes ces provocations qu’Il est venu assumer. En supportant tous ces outrages, Jésus fait triompher l’Amour sur le péché et sur le mal. Désormais, nous pouvons tous entrer dans le Royaume de Dieu. Il est ouvert, comme le montre la parole adressée au bon larron : « Aujourd’hui, avec moi, tu seras dans le Paradis. » Le bon Larron est le premier à entrer dans le Royaume de Dieu, le premier à goûter la miséricorde toute-puissante de Dieu qui nous attend et à recevoir la promesse du Paradis. Il n’est jamais trop tard ! Le tout pour entrer dans ce royaume est de reconnaître et d’accepter que Dieu nous aime et que nous avons besoin d’être sauvés, libérés du péché.

Si le Royaume de Dieu nous est accessible par le sacrement du baptême, le baptême nous donne aussi la mission de participer à la construction de la royauté du Christ ici-bas sur terre. Je vous propose deux pistes de réflexion actuelles.

La première, se situe autour de l’écologie. Aujourd’hui, l’idéologie ambiante du monde porte ce souci de la création : on passe du réchauffement climatique au fait de sauver la planète, de sauver la Création. Frères et sœurs, le désordre dans la création, dans le cœur de l’homme, la perturbation de la nature a son origine dans le péché, dans les multiples abus de l’homme qui n’accepte plus de recevoir la création du Créateur, mais qui s’auto-proclame le sauveur de la création. Il est paradoxal de vouloir un respect de la nature et de la création quand on passe son temps à s’affranchir de Dieu, à se mettre à la place de Dieu, décidant de ce qui est bien, de ce qui est mal, de l’origine de la vie ou de son terme, ou de sa transmission. L’égoïsme de l’homme et son désir de toute puissance ont pris le pas sur la Création qui nous est donnée et confiée. Puisque les mentalités contemporaines sont sensibilisées à cette problématique, entrons, entrez dans ces combats en reproposant une écologie intégrale, qui remet l’homme, créature, face à Dieu, Créateur et Rédempteur. Les vrais écologistes devraient mettre en avant le respect de toute vie, ils devraient protéger toute vie, qu’elle soit désirée, non désirée, annoncée comme différente, ils devraient monter au créneau pour rappeler qu’un enfant est issu d’un père et d’une mère, et qu’un enfant a le droit d’avoir un père et une mère. Or curieusement, on n’entend personne sur ces sujets-là !

La deuxième piste consiste dans le fait que seul Dieu permet la Communion et l’union de personnes qui sont différentes. Il est illusoire de vouloir construire une société avec des gens de cultures différentes, d’origines différentes, de religions différentes et de vouloir que tout le monde s’aime et se respecte, si Dieu est mis de côté ou réduit à une option privée qu’il faut cacher. Le christianisme porte en lui-même cette force de cohésion et de communion. Nos sociétés, qui ne cessent de mettre Dieu de côté ou de Le réduire à une option privée, arrivent à bout de souffle. La vie commune devient de plus en plus difficile et on essaye par un appareil législatif de plus en plus complexe de rendre possible ce que le christianisme permet par nature. Frères et sœurs, vous qui participez en vertu de votre baptême, à la mission royale du Christ, engagez-vous dans la vie sociale, politique, pour promouvoir les valeurs de l’Évangile, pour remettre Dieu au cœur de nos sociétés, pour rendre à nouveau Dieu visible dans l’espace public, pour que nos législations reposent sur une perspective de bien commun et non sur des biens particuliers ou des lobbys qui morcellent l’unité et la cohésion de nos sociétés, pour que l’égoïsme de l’homme, ses instincts les plus bas, les intérêts des plus gros ne l’emportent pas sur les plus fragiles et les plus pauvres !

Voici deux perspectives actuelles pour participer à la construction de la royauté du Christ dans notre monde. Que la Royauté d’Amour du Christ règne et grandisse dans les cœurs de tous les baptisés pour pouvoir rejaillir dans nos sociétés. Amen !

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