Homélie de la Solennité du Christ-Roi


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Solennité du Christ-Roi

« Amen, je te le dis : aujourd’hui, avec moi, tu seras dans le Paradis. »

Frères et sœurs,

L’Évangile que nous venons d’entendre remet devant nous les derniers instants de Jésus, là où Jésus accepte le titre de Roi : cela est écrit au-dessus de sa tête. Mais la question de la royauté a été pour Jésus une question qu’il aura portée toute sa vie, dès sa naissance jusqu’à sa mort. Il aura supporté toute l’ambigüité de cette question. À peine né, des Mages venus d’Orient viennent adorer le « Roi des Juifs qui vient de naître. » Cette requête, exprimée devant le Roi Hérode, conduit tout de suite à une décision de mort : tous les premiers nés masculins, âgés de moins de deux ans seront tués. Puis, lors de son ministère public, à chaque fois qu’Il accomplira un miracle, on viendra presser Jésus de rétablir la Royauté en Israël. L’attente qui s’exprimait derrière était l’attente d’un Messie-Roi conduisant une Royauté politique, s’enracinant dans le souvenir mémorable du Roi David. À chaque fois, Jésus fuira, montrant qu’Il ne donne pas suite à ces demandes et à ces attentes. Puis, c’est sur la question de sa Royauté qu’on va le piéger. Mais dans son dialogue avec Pilate, Jésus acceptera le titre de « Roi » en précisant que sa royauté n’est pas de ce monde. Mais, comment est Jésus à ce moment-là ? dévêtu, battu, en sang, avec une couronne d’épines en guise de couronne royale et un drap déchiré en guise de manteau royal. Jésus accepte le terme de Roi quand il n’y a plus aucune ambigüité et l’on peut dire qu’Il se donne à voir comme Roi sur la Croix.

Cette vision met fin à toute l’ambigüité qui concernait sa royauté. Oui, Jésus est Roi, mais non pas Roi d’une royauté politique, mais Roi d’une royauté d’une autre nature qu’il nous reste maintenant à préciser.

En regardant l’Évangile du jour, nous voyons que la Royauté est toujours liée à la question du Salut. Il y a dans l’Évangile trois groupes de personnes qui provoquent Jésus et les trois le provoquent sur le salut. Les chefs : « Il en a sauvé d’autres, qu’il se sauve lui-même. » ; les soldats : « Si tu es le Roi des Juifs, sauve-toi toi-même. » ; un des malfaiteurs : « N’es-tu pas le Christ ? Sauve-toi toi-même et nous avec ! » St Luc nous montre que la question de la royauté est liée à la question du salut. St Paul le dit aussi dans la deuxième lecture : « Il (Dieu) nous a placés dans le Royaume de son Fils bien-aimé ; en lui nous avons la rédemption, le pardon des péchés. » Le Royaume du Christ est le royaume de ceux qui sont sauvés, libérés du péché et de ses conséquences, c’est un royaume où l’amour peut se diffuser sans plus aucune limite, puisque le péché n’est plus. La porte d’entrée de ce Royaume est la Croix parce que c’est la croix qui détruit le péché et nous en libère. Vous voyez qu’on est loin d’une royauté politique. Se pose alors à nous la question, nous qui avons été marqués du signe de la croix comme premier geste chrétien posé sur nous et qui serons marqués du signe de la croix comme dernier geste posé sur nous : comment vivons-nous de la Croix dans notre vie, puisque c’est elle qui nous fait entrer dans le Royaume ?

Pour répondre à cette question, je souhaiterais réfléchir avec vous à la mission royale des baptisés, puisque par le baptême, premier signe de croix posé officiellement sur nous, nous entrons dans le Royaume de Dieu, en recevant la mission de participer à la Royauté du Christ.

Justement, nous disons bien Christ en parlant de Jésus, Christ voulant dire en hébreu Oint. Jésus est le Christ au sens où Il est oint ; Il récapitule à Lui seul les 3 onctions qui existaient dans l’Ancien Testament, trois onctions reprises dans l’onction du Saint-Chrême lors du baptême. Il y avait une onction sacerdotale, celle qu’a reçue Aaron (Lv 8, 11) ; il y avait une onction prophétique, celle qu’a reçue Élisée (1 R 19,16) et il y avait une onction royale, celle reçue par Saül 1 R 10, 1 ou par David ( 1 R 16, 13). L’onction avec le Saint-Chrême faite après le rite d’eau lors du baptême récapitule ces trois onctions et elle est d’ailleurs accompagnée de cette parole : « N, tu es maintenant baptisé ; le Dieu tout-puissant, Père de Jésus, le Christ, notre Seigneur, t’a libéré du péché et t’a fait renaître de l’eau et de l’Esprit Saint. Désormais, tu fais partie de son peuple, tu es membre du corps du Christ et tu participes à sa dignité de prêtre, de prophète et de roi. Dieu te marque de l’huile du salut afin que tu demeures dans le Christ pour la vie éternelle. » En ayant reçu cette onction, nous sommes unis à la mission de Jésus, prêtre, prophète et Roi.

Nous pouvons participer à la mission royale du Christ tout d’abord en vivant comme des êtres sauvés. Je disais que la Royauté du Christ était dans l’Évangile du jour liée à la question du salut ; justement, nous sommes des êtres déjà sauvés, qui devons vivre comme des personnes sauvées. Ce salut offert par Jésus doit transformer et illuminer notre vie ; et nous ne pouvons témoigner du salut offert en Jésus si nous ne le vivons pas déjà en nous-mêmes. Comme l’un des deux malfaiteurs crucifiés avec Jésus, nous sommes appelés à reconnaître notre péché et à accueillir le salut pour recevoir cette Promesse : « Aujourd’hui, avec moi, tu seras dans le Paradis. » Pour nous chrétiens, le lieu du pardon de Dieu est dans le sacrement de la confession. Notre participation à la royauté du Christ passe par ce sacrement.

Nous pouvons encore participer à la mission royale du Christ en nous engageant dans la société, dans l’Église, pour mettre en œuvre la charité, soutenir les pauvres, aider les personnes en difficultés, visiter et soigner les malades. Les domaines d’action ne manquent pas ! Aujourd’hui, nous prions avec nos amis de Foi et Lumière qui viennent en aide à nos frères et sœurs vivant avec un handicap ; nous prions avec nos amis du Secours Catholique qui viennent en aide à tous ceux qui sont dans le besoin. Voici deux exemples concrets, paroissiaux, de la mise en œuvre de la charité du Christ. Mais il y a aussi tout ce qui concerne le respect et la protection de la Vie, aujourd’hui à nouveau menacés, tant dans la revendication du droit à l’avortement que dans celui de l’euthanasie. Une société qui ne se construit plus sur l’interdit de tuer est une société qui va nécessairement dégénérer vers le chaos, vers les abus, vers la mort et en tout cas, c’est une société où les plus faibles et les plus fragiles ne seront plus protégés. Tout acte de charité posé dans notre vie est une pierre de posée pour participer à la construction de la Royauté du Christ ; mais il y a des enjeux importants, comme celui de la fin de vie et de la souffrance qui lui est souvent liée, des enjeux qui concernent le bien commun de notre société, qui vont devoir mobiliser les énergies des artisans du Royaume des Cieux.

Puisse la royauté du Christ renforcer notre ardeur évangélique pour ordonner notre monde terrestre au Royaume de Dieu. Amen !

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