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  • Paroisse Saint Louis

Homélie de la Solennité de la Sainte Trinité


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Solennité de la Sainte Trinité

«De toutes les nations, faîtes des disciples ; baptisez-les au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. »

Frères et sœurs,

Le passage d’Évangile retenu pour cette fête de la Sainte Trinité, qui conclut l’Évangile selon St Matthieu, nous donne les seules paroles explicites de Jésus concernant le mystère de la Sainte Trinité : « De toutes les nations faîtes des disciples ; baptisez-les au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. » Ailleurs, dans l’Évangile, Jésus évoque sa relation avec son Père, notamment lorsqu’Il se dit et fait reconnaître comme Fils de Dieu et dans l’Évangile selon St Jean où Il parle de son Père disant qu’Il est descendu du Ciel et qu’Il retourne vers son Père. Toujours dans l’Évangile selon St Jean, Il évoque le don de l’Esprit-Saint que le Père enverra en son nom. Le mystère de la Sainte Trinité est donc exprimé de manière implicite dans la bouche de Jésus, mais la seule mention explicite que nous en avons est dans ces paroles de l’Évangile selon St Matthieu.


Il aura fallu du temps pour que l’Église saisisse le mystère de la Sainte Trinité tout comme Dieu a pris le temps pour se révéler et se faire connaître. La première lecture nous donnait justement à entendre dans la bouche de Moïse le mystère de l’élection du peuple d’Israël par Dieu. L’étape suivante se situe avec Jésus, comme nous l’avons vu, à travers la révélation progressive du mystère de la Sainte Trinité. La première trace écrite que nous avons de la conscience que l’Église a du mystère de la Sainte Trinité se situe dans le symbole des Apôtres, qui couche sur papier au IIème siècle la Tradition orale venant des Apôtres. Ce texte sera mis dans la forme actuelle que nous connaissons au cours du VIème siècle. Au travers de ce symbole, l’Église confesse sa foi en Dieu Père, Fils et Saint-Esprit. Le dogme de la Sainte Trinité va progressivement se préciser et s’élaborer à travers notamment les différentes hérésies des IVème et Vème siècle. L’Église répondra dans un premier temps à l’hérésie arienne en réaffirmant la pleine divinité de Jésus lors du Concile de Nicée en 325. Puis elle réaffirmera la pleine divinité du Saint-Esprit lors du Concile de Constantinople en 381 et rédigera un symbole de foi que nous appelons le Symbole de Nicée-Constantinople, qui est presque celui que nous avons aujourd’hui, mise à part la question de la procession du St Esprit pour lequel l’Église a ajouté sous Charlemagne « Il procède du Père et du Fils ».

Les autres conciles qui suivront traiteront surtout de la question des deux natures du Christ. On peut considérer qu’à la fin du IVème siècle, la doctrine trinitaire est fixée. Il aura donc fallu 4 siècles pour comprendre et mettre des mots sur la nature trinitaire de Dieu.

Maintenant, si le dogme de la Sainte Trinité, Premier mystère de la Foi chrétienne, a mis du temps à être formalisé, je voudrais vous montrer combien le mystère de la Sainte Trinité est répandu dans notre manière de prier, notamment dans la liturgie.

Ce mystère est compris dans un signe que nous faisons tous très régulièrement, tellement régulièrement qu’il peut devenir machinal et que nous pouvons ne plus y penser : il s’agit du signe de la Croix. Ce signe si simple renferme à la fois l’expression du premier mystère de la foi chrétienne et l’affirmation du mystère pascal de Jésus. C’est le premier signe de notre vie chrétienne fait sur nous lors de la demande du baptême ; et ce sera le dernier fait sur nous, lors de nos funérailles.

Outre ce signe, le mystère de la Sainte Trinité est très répandu dans notre vie de prière et notre vie liturgique : la messe commence par l’évocation de la Sainte Trinité et se termine par la Bénédiction au nom du Dieu trine. Pour tous ceux qui prient le Bréviaire, tous les psaumes s’achèvent sur une doxologie : « Gloire au Père et au Fils et au St Esprit » ; lors de la messe, notamment le dimanche, nous redisons ou chantons le Credo qui est construit sur une confession de foi trinitaire : le Père, le Fils et l’Esprit-Saint. La prière eucharistique elle-même est essentiellement trinitaire : le prêtre s’adresse au Père, en offrant le Fils (présent sous les espèces eucharistiques du Pain et du Vin) dans l’Esprit-Saint. Et toute cette offrande est récapitulée dans la doxologie finale : « Par Lui, avec Lui et en Lui, à Toi, Dieu le Père Tout-puissant dans l’unité du St Esprit, tout honneur et toute gloire pour les siècles des siècles », ce à quoi vous acquiescez en répondant : « Amen ! »

Vous voyez combien ce mystère habite notre prière personnelle, liturgique ; et il est tellement répandu que l’on n’y pense plus forcément.

Comment vivre du mystère de la Sainte Trinité dans notre vie chrétienne, j’entends par là, dans notre vie spirituelle et dans notre vie sociale ?

Pour ce qui concerne notre vie spirituelle, je voudrais partir de ce que nous dit la théologie pour nourrir notre relation personnelle avec chacune des personnes de la Sainte Trinité.


La théologie définit comme ceci le dogme de la Sainte Trinité : c’est le mystère d’un seul Dieu qui existe en trois personnes distinctes, d’égale importance et d’égale divinité : le Père, le Fils et le St Esprit. Elles sont toutes aussi divines les unes que les autres. Deux choses distinguent chacune des personnes : les relations qu’elles ont entre elles au sein de la Trinité et ce que l’on appelle leur mission, c’est-à-dire, ce qu’elles font à l’extérieur de la Trinité. Si l’on reconnaît telle ou telle mission particulière à telle ou telle personne, il ne faut jamais perdre de vue que les trois personnes demeurent liées les unes aux autres. Ainsi le Père est reconnu Créateur ; le Fils Rédempteur et l’Esprit-Saint le Sanctificateur. Voilà pour l’aspect théologique.

Maintenant, qu’est-ce que cela veut dire sur le plan spirituel pour nous-mêmes ?

En tant que Créateur, le père est le principe de tout. En tant que principe originel, nous venons de Lui et nous allons vers Lui. Notre vie est orientée vers le Père. Jésus nous apprend que c’est en faisant la volonté de Dieu que nous nous emplissons du Père.

Le Fils est Celui qui nous révèle le Père et nous conduit à Lui : Il nous fait entrer dans l’être de Dieu, étant Emmanuel, Dieu avec nous. Comme Jésus le dira de lui-même dans l’Évangile, Il est le Chemin qui nous conduit vers le Père.

L’Esprit est Celui qui nous fait devenir des Fils, comme Jésus, pour nous faire aller vers le Père. Si par le baptême nous devenons des Fils de Dieu par adoption, c’est l’Esprit-Saint qui au jour le jour construit cette filiation.

Vous voyez ainsi que notre vie spirituelle est entièrement habitée et dynamisée par la Sainte Trinité qui l’ouvre profondément à Dieu et aux autres. Prenons garde à un danger qui peut guetter toute vie spirituelle, notamment pour ceux qui se préoccupent beaucoup de leur vie de prière et de leur vie chrétienne. On peut, sous couvert de soins apportés à sa vie spirituelle, se laisser piéger en se renfermant sur soi, sur son « moi-je » et ne plus du tout être ouvert au dynamisme trinitaire de la vie spirituelle. En ce sens, la vie spirituelle devient un prétexte à un comportement égocentré.


Pour ce qui concerne notre vie sociale, notre vie avec les autres, le mystère de la Sainte Trinité nous révèle que Celui qui permet l’unité tout en maintenant les différences fondamentales n’est autre que Dieu dans sa nature trinitaire. Vouloir faire vivre de manière unie des gens de culture, d’origine différentes, n’est pas possible en dehors de Dieu. Le christianisme a précisément ici quelque chose de fondamental et de particulier à apporter à nos sociétés qui se trouvent confrontées à ces problématiques. La Laïcité, qui garantit la neutralité de l’Etat, de ses institutions et qui protège le droit des citoyens à pouvoir exercer leur culte, n’a pas en elle-même le même apport que la foi chrétienne. Si elle met sur le même plan les différentes religions dans une sorte d’égalité des droits, elle n’a pas en elle-même le pouvoir d’unité et de communion qu’a le catholicisme.

Voici deux axes de réflexion pour vivre plus profondément du mystère de la Sainte Trinité dans notre vie quotidienne, dans notre vie spirituelle comme dans notre vie sociale. Que cette messe fortifie en nous le dynamisme trinitaire de notre vie chrétienne. Amen !

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