Homélie de la Solennité de la Nativité du Fils de Dieu

Messe du Jour


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Solennité de la Nativité du Fils de Dieu

Messe du Jour

« Le Verbe était la vraie lumière, qui éclaire tout homme en venant dans le monde. »

Chers frères et sœurs,

Le prologue de St Jean que nous venons d’entendre comporte une profonde Bonne Nouvelle qui réside en ces quelques mots : « La lumière brille dans les ténèbres et les ténèbres ne l’ont pas arrêtée. » Rien ne peut empêcher Dieu de nous rejoindre et de se donner. Rien ! Pas les ténèbres, si obscures soient-elles ! Pas les contextes difficiles de nos vies. Personne n’est trop éloigné de Dieu, pas assez bien pour Dieu…en cette nuit de la Nativité, Dieu a aboli l’infinie distance qui sépare l’homme sa créature de Lui, créateur. Il n’y a qu’une seule limite qui arrête Dieu : le cœur de l’homme qui refuse Dieu ou qui n’est pas disponible à Dieu : « Il est venu chez lui, et les siens ne l’ont pas reçu ! » Triste réalité déjà réelle au jour de la naissance de Jésus, toujours réelle aujourd’hui. Dès le début de son existence humaine, Jésus n’est pas accueilli ; dès le début de son existence humaine, on va vouloir Le tuer. Si la Lumière est venue dans les ténèbres, les ténèbres ont attaqué la Lumière et l’attaquent encore.

La question que nous pose cet Évangile est celle de notre disponibilité à l’accueil de Dieu. L’Évangile nous définit Dieu comme étant le Verbe, c’est-à-dire la Parole. Sommes-nous disponibles à l’accueil de la Parole ? Il ne vous échappera pas que le Verbe de Dieu va naître dans le silence d’une étable et non dans le brouhara d’une salle commune. Le Verbe de Dieu naît toujours du silence. Dieu vient naître dans des cœurs qui le désirent et dans des cœurs libres, où il y a de la place et de la disponibilité. L’auteur de la Lettre aux Hébreux nous dit bien ceci : « mais à la fin, en ces jours où nous sommes, il nous a parlé par son Fils… » Aujourd’hui, le silence devient inexistant ; le silence qui permet d’écouter Dieu, de l’attendre, mais qui permet aussi de penser par soi-même, le silence qui permet de demeurer libre par rapport à la multitude d’informations qui nous envahissent. Le développement des moyens de communication fait qu’aujourd’hui tous les pays, les plus riches comme les plus pauvres, ont presque accès immédiatement à tout ce qui se passe dans le monde. Que nous apporte ce surplus d’informations ? Nous apporte-t-il un plus grand savoir ? Cette soif de connaissance, qui tourne parfois à l’addiction, ne nous éloigne-t-elle pas parfois de Dieu, source de toute connaissance et de tout savoir ? En tout cas, elle prend souvent la place du Verbe de Dieu.

Il faut s’interroger sur les fruits de toutes ces infirmations. Ils provoquent bien des fois des bavardages, des discussions où tout le monde se sent obligé d’avoir un avis et de donner son avis ; ils poussent bien souvent à des prises de position systématique ! Que m’apportent tant d’informations ? la paix du cœur ? le trouble ? la colère ? Tout ce bavardage incessant nous éloigne de la communion au mystère divin et nous plonge en fait dans les ténèbres du monde, répandant ces mêmes ténèbres dans nos cœurs. Noël nous invite à rechoisir Dieu et à chercher la présence de Dieu en nous et dans notre monde.

« Il est venu chez les lui, et les siens ne l’ont pas reçu. » : « chez Lui », c’est aussi dans nos cœurs de baptisés, dans nos familles, dans nos communautés, dans nos paroisses. Sachons accueillir le Verbe de Dieu. Trop de lieux dans nos cœurs, dans nos relations avec le prochain, demeurent à apaiser, à évangéliser. Il y a trop de lieux où nous ne souhaitons pas accueillir Jésus. À Noël, Jésus nous rejoint sous la forme d’une vie nouvelle : saisissons cette vie nouvelle pour renouveler notre cœur en profondeur.

Nous sommes appelés à revenir à Dieu qui vient à nous et qui vient renaître en nous. Le contexte compliqué dans lequel nous vivons aujourd’hui rend de plus en plus urgent ce retour à Dieu. Ces derniers mois ont été particulièrement éprouvants pour l’Église : scandales, mauvaise gestion de la hiérarchie, lâcheté, bref…on a entendu beaucoup de choses sur les causes, on entend beaucoup de choses sur les réformes nécessaires. Dans son histoire bimillénaire, l’Église a vécu de nombreuses fois ses appels à la conversion, à se réformer. Et à chaque fois, l’Église a été au rendez-vous. Non pas par de nouvelles structures à inventer, à modifier, mais par des saints et des saintes, des hommes, des femmes, des religieux, des religieuses, des prêtres que Dieu a suscités et qui ont redonné le goût de la sainteté, le goût de Dieu au monde. Je pense à un St François d’Assise au XIIIème siècle, un siècle dans lequel l’Église était mondaine, corrompue, décadente. Je pense à un St Jean de la Croix, à une Ste Thérèse d’Avila quand la vie religieuse elle aussi était mondaine, décadente, ou à encore à une Sainte Catherine de Sienne quand la Papauté était divisée, ou encore à Saint Charles Borromée ou à St François de Sales lorsque la Chrétienté était divisée par la réforme protestante. Dieu a toujours fait jaillir les figures de sainteté, appelant l’Église et le peuple de Dieu à la Conversion. C’est à cela que nous sommes tous appelés en ces temps particuliers. Laissons-nous habiter par la divinité de Jésus qui vient renaître en nous pour pouvoir Le manifester et Le rendre présent à notre monde. L’Église a besoin de saints aujourd’hui et c’est à nous qu’elle s’adresse. Que la Nativité du Fils de Dieu nous apporte la paix, la joie ; qu’elle nous réconforte et nous fortifie. Qu’elle nous encourage à rejeter le péché et les compromissions avec le péché, avec le monde, pour rechoisir Dieu et sa lumière. Saint Noël à vous tous ! Amen !


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