Homélie de la Solennité de la Nativité du Fils de Dieu



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Solennité de la Nativité du Fils de Dieu


Messe de la Nuit

« Et voici le signe qui vous est donné : vous trouverez un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire. »

Chers frères et sœurs,

Qu’il nous est bon cette nuit de fêter la Naissance de Jésus, le Fils de Dieu, et d’accueillir la Bonne Nouvelle de la Venue du Seigneur dans notre vie alors que nous fêtons à nouveau Noël dans un contexte compliqué. Compliqué par le virus qui continue de déstabiliser notre société et nos vies, qui entretient une sorte d’ambiance anxiogène et menaçante, qui continue d’abîmer les relations humaines. Contexte compliqué également pour l’Église qui est secouée de l’intérieur, décrédibilisée de l’extérieur, déstabilisée. Et la première Bonne Nouvelle de cette fête, c’est que Dieu nous rejoint dans ce contexte précis : Il nous apporte la paix, le Salut et même la joie.

Le contexte de la Venue au monde de Jésus n’était pas mieux…Quirinus avait ordonné un recensement, ce qui entrainait un mouvement important de population, chacun devant se faire recenser dans sa ville natale. Les gens prenaient la route dans une période de froid, même en Israël à cette période de l’année. De plus, le long trajet pour une femme enceinte, presque au terme de sa grossesse, était risqué. Ajoutons à cela que l’imminence de la venue du Messie entretenait une sorte de climat insurrectionnel chez certains Juifs, profitant de ces prophéties, pour s’affranchir du joug de l’empire romain. Dans ce contexte compliqué, on retrouve ceux qui sont installés, ceux qui ont de quoi dormir dans la salle commune et ceux qui n’ont pas de place, qui sont rejetés dehors. Bref, le contexte compliqué au temps de Jésus n’a pas empêché ce dernier de naître ; notre contexte compliqué n’empêchera pas ce soir Jésus de nous rejoindre pour renaître en nous, dans nos vies.

Mais laissons-nous interroger par cette nuit de Noël. Comment Dieu nous rejoint-Il ? D’abord, Il nous rejoint dans la nuit, c’est-à-dire qu’Il nous rejoint dans nos ténèbres et que sa venue demeure un mystère pour l’homme. Mais surtout Il nous rejoint de manière humble, discrète, petite, ne voulant pas s’imposer, pas déranger, se proposant seulement à l’hospitalité de l’homme. À Noël, nous voyons que Dieu se dépouille : Il quitte les Cieux pour venir sur terre, Il abandonne sa toute-puissance divine pour entrer dans un corps, limité, fragile, pauvre, dépendant. Et seuls les humbles auront accès au mystère de Noël : les bergers qui sont dehors, pas établis au chaud. Le vrai cadeau de Noël, c’est que Dieu est Emmanuel, Il est avec nous, Il vit avec nous, Il devient comme l’un de nous. Dans le contexte que l’évoquais plus haut, quelle joie de savoir que Dieu est là, humblement, discrètement.

Si Dieu se donne à nous, s’Il se livre déjà à Noël, comme Il le fera plus tard au moment de sa Passion, si nous sommes invités à L’accueillir, sa naissance appelle de notre part un mouvement, un déplacement, une conversion. Ce mouvement commence avec les Bergers, puis il continuera avec les Mages. Depuis lors, Jésus ne cesse de mettre en mouvement tous ceux qui l’accueillent. On croirait que c’est seulement Dieu qui bouge pour venir à nous, mais il revient aussi à l’homme de se déplacer pour accueillir Celui qui vient nous sauver. Ce soir, nous pouvons nous demander si la naissance de Jésus nous appelle nous-aussi à nous déplacer, à quitter le confort de nos vies pour aller vers Jésus. Et si je reste bien tranquille, installé dans ma vie, qu’ai-je peur de perdre ? de laisser ? L’accueil du salut n’est pas statique, mais dynamique. Noël implique un mouvement de notre part, une conversion.

Ce mouvement qui commence physiquement par un pèlerinage à la crèche nous fait devenir porteurs de la Bonne Nouvelle. Ces derniers mois ont été particulièrement éprouvants pour l’Église, je l’évoquais au début de mon homélie : scandales, mauvaise gestion de la hiérarchie, lâcheté, bref…on a entendu beaucoup de choses sur les causes, on entend beaucoup de choses sur les réformes nécessaires. Dans son histoire bimillénaire, l’Église a vécu de nombreuses fois ces appels à la conversion, à se réformer. C’est un processus naturel, dû au rapport de l’Église au monde, qui fait que périodiquement, l’Église doit s’épurer des éléments du monde qui sont entrés en elle pour retrouver la pureté et l’intégralité du message dont elle est porteuse. Et à chaque fois, l’Église a été au rendez-vous. Non pas par de nouvelles structures à inventer, à modifier, mais par des saints et des saintes, des hommes, des femmes, des religieux, des religieuses, des prêtres, que Dieu a suscités et qui ont redonné le goût de la sainteté, le goût de Dieu au monde. Je pense à un St François d’Assise au XIIIème siècle, un siècle dans lequel l’Église était mondaine, corrompue, décadente. Je pense à un St Jean de la Croix, à une Ste Thérèse d’Avila quand la vie religieuse elle aussi était mondaine, décadente, ou à encore à une Sainte Catherine de Sienne quand la Papauté était divisée, ou encore à Saint Charles Borromée ou à St François de Sales lorsque la Chrétienté était divisée par la réforme protestante. Dieu a toujours fait jaillir les figures de sainteté, appelant l’Église et le peuple de Dieu à la Conversion. C’est à cela que nous sommes tous appelés en ces temps particuliers. Laissons-nous habiter par l’Emmanuel, par Celui qui EST avec nous, par Celui qui vient renaître en nous, pour pouvoir Le manifester et Le rendre présent à notre monde. L’Église a besoin de saints aujourd’hui et c’est à nous qu’elle s’adresse. Que la Nativité du Fils de Dieu nous apporte la paix, la joie ; qu’elle nous réconforte et nous fortifie. Qu’elle fasse de nos cœurs et de nos âmes des crèches pour accueillir Jésus ! Saint Noël à vous tous ! Amen !

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