Homélie de la Solennité de l’Ascension


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Solennité de l’Ascension


« De toutes les nations faites des disciples, dit le Seigneur. Moi je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde. »

Chers frères et sœurs,

L’Ascension de Jésus marque la fin de sa présence humaine parmi nous sur terre. Il est clair qu’avec l’Ascension, le retour de Jésus vers le Père, les Apôtres et les disciples se retrouvent dans une situation précaire : ils sont désormais seuls, dans un monde hostile qui a obtenu la mise à mort de Jésus. Même si la Résurrection de Jésus leur a enseigné que Jésus vient toujours à leur secours, il semble qu’avec l’Ascension il y a quelque chose de définitif qui se met en place. Et pourtant, les textes nous montrent combien l’Ascension a été source de joie, de dynamisme missionnaire et d’espérance. Qu’en est-il pour nous aujourd’hui ?

Tout d’abord, nous pouvons voir que l’Ascension de Jésus répond à l’Incarnation. Avec l’Incarnation du Fils de Dieu, Dieu vient parmi nous ; avec l’Ascension, Jésus entre au Ciel nous tirant en quelque sorte vers le Ciel. Si nous avons coutume de nous réjouir de la venue de Jésus parmi nous, nous avons plus de mal à être dans la joie pour son entrée au Ciel. Pourtant cette entrée de Jésus au Ciel créée un mouvement qui tire l’homme et l’humanité vers le Ciel, vers Dieu. L’Ascension de Jésus tire l’Église vers le Ciel pour y faire entrer les brebis et pour remplir l’Église de la vie divine que, désormais, elle aura mission de répandre dans le monde. Ce croisement des mouvements descendants et ascendants (Incarnation et Ascension) explique la nécessité d’un lieu consacré, c’est-à-dire mis à part, pour cette finalité-là ; et ce lieu est l’église. Bien sûr, Dieu peut nous rejoindre quand Il veut, sous les modalités qu’Il veut, bien sûr notre prière peut s’élever n’importe où vers Dieu, mais le lieu par excellence où se croisent et se répondent les deux mouvements dynamiques ascendants et descendants de Dieu sont dans l’église, consacrée à cette finalité de communion en la personne de Jésus. La prière en tout lieu est importante ; mais elle l’est particulièrement dans l’église.

Cette dynamique missionnaire ouverte par l’Ascension de Jésus est présente d’une autre manière dans les textes. Lors de la Résurrection de Jésus, nous avions deux anges qui interrogeaient les disciples : « Pourquoi cherchez-vous parmi les morts Celui qui est ressuscité ? (…) Il vous précède en Galilée. » Lors de l’Ascension nous avons le même coup de pouce du Ciel : « Galiléens, pourquoi restez-vous là à regarder vers le Ciel ? » L’absence humaine de Jésus est l’occasion d’un dynamisme missionnaire pour l’Église. Le vide laissé par Jésus ne devient pas un gouffre, un naufrage ; il ne marque pas une fin ; mais il devient la source de l’évangélisation qui tire sa substance du Ciel où Jésus est entré.

Justement, le parallèle avec la Résurrection est intéressant. Avant la séparation avec la Passion et la mort, Jésus laisse deux Trésors à ses Apôtres dans lesquels Il sera présent : son Corps et son Sang, ainsi que le Sacerdoce grâce auquel Jésus continuera d’agir au travers de ministres. Avec la séparation de l’Ascension, la même promesse est faite aux Apôtres : « Et moi, je vais envoyer sur vous ce que mon Père a promis. » Ces dons que Jésus fait à son Église sont d’autres modes de présence de Jésus qui continuera à être présent et qui nous sont donnés pour vivre notre communion avec Lui alors qu’Il n’est plus présent humainement. Traditionnellement, on célébrait les Premières Communions le Jour de l’Ascension justement pour réaffirmer au moment-même où nous commémorions le départ de Jésus sa présence sous les espèces eucharistiques. L’Église garde précieusement le Corps et le Sang de Jésus sous les espèces eucharistiques comme le Trésor que lui a laissé son Maître, et elle adore cette sainte présence de Jésus. La présence sacramentelle de Jésus sous les espèces du pain et du vin est la présence la plus parfaite et complète de Jésus : il est présent corporellement et spirituellement.

Le sacerdoce est un autre mode de présence de Jésus dans son Église et dans le monde. Avec le sacerdoce, le prêtre est à la fois le pasteur qui marche devant son troupeau, chargé de le conduire vers Dieu, de le guider, de l’enseigner ; il est aussi celui qui marche au milieu du troupeau, représentant Jésus Emmanuel, Dieu avec nous. Il est aussi celui qui marche derrière pour aller chercher la brebis qui se perd ou qui part ailleurs, soigner celles qui trainent ou qui sont malades.

L’Esprit-Saint quant à Lui est Celui qui nous met en relation avec Jésus pour faire vivre et donner consistance à cette relation. Ce mode de présence et de relation entrera pleinement en fonction lors de la Pentecôte. Profitons de cette fête de l’Ascension pour redécouvrir et estimer ces autres modes de présence de Jésus : dans l’Eucharistie, à travers le Sacerdoce, par l’Esprit-Saint.

L’Ascension qui donne un nouvel élan missionnaire à l’Église nous dynamise pour faire de nous des missionnaires. Notre monde et notre Église ont besoin de missionnaires, de guides, de pasteurs. Les hommes de notre temps, dispersés jusqu’aux extrémités de la terre, ont besoin d’être aimés par des témoins et des pasteurs qui se tiennent comme aime à le répéter le Pape François à l’avant, au milieu et à l’arrière du troupeau. Nos sociétés manquent de vrais pasteurs, de vrais témoins, de vrais guides. Plutôt, elles ne les supportent plus. Les législations en quête d’un consensus, ignorant les fondements naturels de nos humanités, le respect dû à chaque être vivant, se bornent à rafistoler les pans d’une vie sociale qui va se disloquant, en tentant de donner satisfaction à chacun.

L’Église n’est pas exempte de cette tentation. Certains se lassent de suivre l’unique troupeau mené par le Christ. Au nom de pseudo-démarches synodales à la remorque des idées du temps où manque la prière, au nom d’idéologies rabâchées dans l’espoir qu’elles en reçoivent un peu de vérité, des membres de l’Église en certains pays, en certains groupes, s’éloignent de plus en plus de l’unique berger. Le Pape François le rappelle : « Ne faire que cela n’est pas la synodalité ; c’est un beau ‘parle- ment catholique’ ... Ce qui fait que la discussion, le ‘parlement’, la recherche des choses deviennent synodalité, c’est la présence de l’Esprit : la prière, le silence, le discernement de tout ce que nous partageons. » (Discours du 30 avril 2021 au Conseil national de l’Ac- tion catholique italien) Le témoin véridique, le vrai pasteur, ne travaille pas pour lui : il est envoyé par le Christ mais demeure toujours avec lui. Il est à l’écoute de l’Esprit.

Marchant avec le Christ, il marche avec l’Église gardant au plus profond de son cœur l’amour de celle-ci. Il fait sienne son histoire au jour de gloire comme au jour de peine et reçoit humblement, comme la brebis du troupeau, ses enseignements. Alors, et alors seulement, à la suite des apôtres, il est témoin du Christ et de l’Église jusqu’aux extrémités de la terre, un témoin véridique, un témoin fiable. Dans l’attente de la conversion des sociétés, il porte la parole aux hommes de notre temps dont beaucoup attendent d’entendre simplement qu’ils sont aimés et qui demeurent en quête de lumière sur le sens de leur vie, sur le lieu où ils sont attendus.


Que la fête de l’Ascension nous ouvre au désir du Ciel, qu’elle nous redynamise pour pouvoir porter la Bonne Nouvelle de l’Évangile aux extrémités du monde et qu’elle nous ouvre au désir de recevoir l’Esprit-Saint qui nous renouvelle et renouvelle le monde et l’Église. Amen !

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