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Homélie de la Solennité de l’Épiphanie


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Solennité de l’Épiphanie


« Où est le Roi des Juifs qui vient de naître ? »

Chers Frères et Sœurs,

Cette simple page de l’Évangile selon St Matthieu qui nous raconte la visite des Mages nous apprend beaucoup de choses sur l’Enfant divin qui vient de naître. Elle nous dit tout d’abord l’universalité du salut offert en Jésus : après les bergers juifs qui ont adoré l’Enfant-Dieu la nuit de sa naissance, ce sont des Mages qui viennent de l’Orient, donc des païens, qui viennent adorer l’Enfant Jésus. Cette page d’Évangile nous montre aussi la belle démarche de pèlerinage de ces Mages qui suivent l’étoile pour arriver à la source de la Lumière ; enfin, elle nous montre aussi l’attitude spirituelle et humaine à adopter devant l’Enfant Jésus, attitude d’adoration, qui transformera profondément les Mages venus se prosterner devant Jésus, puisque St Matthieu nous dira qu’ils repartiront autrement qu’ils ne sont venus. Dans cette même page, on retrouve à nouveau la mort présente autour du berceau avec la figure du sinistre Hérode, l’homme du monde et des ténèbres.

Pour entrer dans la méditation de cette belle fête, je souhaiterais commencer par regarder avec vous la démarche des Mages. Les Mages quittent leur pays, leurs activités, pour se mettre à la suite d’une étoile qui les conduira jusqu’au Soleil, jusqu’à la source de la Lumière. Ils quittent en quelque sorte le paganisme pour marcher vers Jésus. Leur démarche nous invite à un pèlerinage : nous-aussi, nous sommes invités à quitter le paganisme, tout ce qui en nous, dans nos vies, n’est pas christianisé, pour marcher vers la Lumière, vers Jésus. La naissance de Jésus a en effet apporté au monde une vie nouvelle, la vie divine, qui est offerte à tous ceux qui souhaitent L’accueillir. Même déjà devenus chrétiens, fils et filles de Dieu, nous sommes appelés à quitter l’homme ancien, marqué par le péché, pour devenir l’homme nouveau, marqué par la vie divine offerte en Jésus. Le pèlerinage auquel nous sommes conviés à la suite des Mages nous invite également à réfléchir à l’aspect chrétien de notre vie et aux choix que nous posons. Posons-nous des choix orientés selon ce qui est terrestre, c’est-à-dire selon les passions qui nous habitent, selon les modes de pensées du monde qui nous gouvernent, ou posons-nous des choix selon ce qui est de l’ordre de Dieu, de notre conscience, de la foi ? On pourrait assez facilement se dire qu’il n’est pas facile aujourd’hui de suivre la voix de la foi, de la conscience, dans un monde où ces voix sont de plus en plus étouffées, voire ont de moins en moins le droit d’être exprimées. Mais, Frères et Sœurs, cela n’était pas plus simple au temps des Mages, dans un monde essentiellement païen. Ce que eux ont pu faire il y a presque 2000 ans ne nous est pas impossible aujourd’hui.

Face à ce pèlerinage des Mages, nous trouvons l’immobilisme d’Hérode. Hérode, c’est l’homme du monde qui se laisse gouverner par ses passions, par l’attrait du pouvoir, par l’argent. L’historien juif Flavius Joseph nous apprend qu’Hérode est un meurtrier. Il a tué sa femme, plusieurs de ses propres enfants. C’est un homme qui a acheté son pouvoir auprès de l’empereur et des Romains. Du reste, l’Évangile nous le décrit comme l’homme des ténèbres. Il a peur, peur d’un nouveau-né, mais derrière, il a peur de Dieu. Le Messie est vu comme une menace pour lui ; pour lui Dieu est un ennemi. St Matthieu nous le décrit encore comme l’homme du secret ou plutôt du complot, de la conspiration. Il agit dans le secret, la dissimulation. Il convoque les Mages en secret ; il agit dans l’ombre. Enfin, l’Évangile nous le décrit comme l’homme du mensonge : il annonce vouloir lui-aussi se prosterner devant le Nouveau-Né, mais en fait veut le tuer. Hérode est l’homme du monde, avec toutes ces compromissions, ces complicités. Non seulement il refuse le salut, mais encore il veut tuer le Sauveur. Il nous rappelle qu’il existe dans le monde des forces hostiles à Dieu, des forces de mort et du mal qui veulent tuer Dieu. Hérode nous alerte sur un danger qui peut tous nous guetter : c’est celui du rapport au monde. Nos compromissions avec le monde, ses modes de fonctionnement, l’esprit de mondanité, nous conduisent tôt ou tard, consciemment ou inconsciemment, à devenir ennemi de Dieu et de la Lumière.

Se pose alors à nous la question de savoir comment nous pouvons, aujourd’hui, mettre nos pas dans ceux des Mages pour vivre nous-aussi ce pèlerinage intérieur. Je voudrais vous faire remarquer que le pèlerinage des Mages se passe en deux temps : il y a d’abord un pèlerinage à Jérusalem où les Mages viennent chercher le Roi des Juifs. Quoi de plus naturel pour ceux qui cherchent un Roi que de venir à l’endroit où habite le Roi ? Puis il y a un deuxième pèlerinage qui les mène de Jérusalem à Bethléem. Symboliquement, ils vont tout d’abord sur le lieu de la Passion et de la Résurrection de Jésus pour finir par arriver à la Maison du Pain, Bethléem. Ces deux indications nous montrent la messe comme le lieu du pèlerinage intérieur que nous sommes appelés à vivre. En venant à la messe, nous-aussi nous venons rejoindre Jésus dans sa Passion et sa Résurrection, dans l’offrande de sa vie et sa victoire sur la Mort, pour finir par communier au Pain de Vie. Nous aussi, nous allons de Jérusalem à Bethléem. Nous pouvons vivre aujourd’hui le pèlerinage des Mages à Bethléem en venant nous-aussi à la Messe. La Messe nous conduit à vivre du mystère de la Croix et de la Résurrection pour communier au Corps de Jésus qui se donne pour nous transformer par sa divinité.

Au terme de leur pèlerinage auprès de l’Enfant Jésus, les Mages repartent transformés. Nous pouvons vivre la même transformation par notre participation à la Messe. La transformation des substances que sont le pain et le vin au Cénacle fait naître au cours de la messe un processus de transformation qui nous concerne et dont le terme est la transformation ultime du monde jusqu’à ce que Dieu soit tout en tous. La transformation qui s’opère au cours de la messe est la seule capable de transformer le monde : la violence se transforme en amour et donc la mort en vie. Puisque cet acte change la mort en amour, la mort est déjà dépassée au plus profond d’elle-même, de telle sorte qu’elle ne peut avoir le dernier mot. L’explosion intime du bien qui vainc le mal peut alors engendrer la chaîne des transformations qui, peu à peu, changeront le monde et nous avec.

Le même processus a lieu avec l’Adoration : en regardant Jésus, en L’adorant comme les Mages à Bethléem, nous nous unissons à Lui pour Le laisser entrer en nous et, pour nous, entrer en Lui. Du reste, les termes grec et latin du mot Adoration nous disent cette réalité. Adoration se dit en grec proskynesis, ce qui signifie soumission, reconnaissance de Dieu dans Dieu dans sa grandeur. C’est la même racine que le verbe français se prosterner. Se prosterner et adorer sont la même réalité. Et en latin, adoration se dit ad-oratio, ce qui pourrait se traduire par baiser, contact bouche à bouche, accolade, enfin amour. L’Adoration devient union parce que celui auquel nous nous soumettons est Amour. Et elle devient union transformante. Frères et sœurs, sur la Paroisse, nous avons la chance d’avoir l’Adoration perpétuelle du St Sacrement. Quel dommage qu’il n'y ait pas plus de fidèles à la Messe qui viennent adorer Jésus !

Nous pouvons vivre le pèlerinage des Mages dans un pèlerinage intérieur eucharistique, avec la même puissance de transformation, que cela soit par notre participation à la Messe ou par la prière d’Adoration. En rencontrant en vérité Jésus, nous ne pouvons que souhaiter que les autres le rencontrent aussi. Pour cela, il nous faut suivre l’étoile qu’est Jésus, ce qui implique de se déplacer personnellement, intérieurement. Nous sommes pèlerins à la suite de Jésus qui nous invite à bouger ; nous ne sommes pas des pèlerins qui choisissons ce qui nous plaît dans la foi, dans la religion, dans la manière de vivre notre foi, même si cela est parfois commode ; parce qu’alors, dans les moments de crise, nous découvrirons que cela ne nous aide pas et nous nous retrouverons face à nous-mêmes. Demandons à Jésus d’être de vrais pèlerins qui Le suivent pour pouvoir conduire les autres vers Lui de manière convaincante. Amen !

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