Homélie de la Solennité de l’Épiphanie


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Solennité de l’Épiphanie


« Or voici que des Mages venus d’Orient arrivèrent à Jérusalem »

Chers Frères et sœurs,

Quelques jours après la naissance discrète, cachée, du Fils de Dieu, vient la fête de sa manifestation au monde qui révèle déjà la force d’attraction du Sauveur en même temps que les forces de mort qui sont à l’œuvre pour tuer Dieu. La révélation de la divinité de ce petit Enfant s’accompagne déjà du mystère de la croix et de la mort.

Pour méditer sur ce passage bien connu du pèlerinage des Mages, je voudrais déjà m’arrêter sur un premier élément, qui est que les Mages, par leur démarche, viennent renouveler, réveiller, la foi des Juifs. Nous savons qu’ils viennent de l’Orient, donc, qu’ils ne sont pas Juifs. Leur qualification de « Mage » les renvoie à une sorte de scientifiques qui étudient les astres. Ils vont donc accéder au Fils de Dieu d’une manière complètement nouvelle par rapport aux Hébreux, qui sont sur place et qui attendent la venue du Messie. Leur démarche aurait pu être l’occasion de ré-interroger ceux qui étaient déjà depuis longtemps préparés à la Venue et à l’Accueil du Messie, les amenant même à redécouvrir le Trésor de ce qui leur avait été annoncé depuis longtemps et dont ils étaient familiers. Selon l’Évangile, il n’en est rien. La réaction sera même l’inverse. Ceux qui seront au courant de la démarche des Mages vont prendre peur et vouloir tuer l’Enfant. Nous pouvons nous laisser interroger par la réaction d’Hérode et par les tenants de la religion juive : ne risquons-nous pas nous-aussi d’être trop habitués, familiers de la naissance du Fils de Dieu parmi nous, au point de ne plus être disponibles à ce que cette naissance miraculeuse nous apporte ? Dans notre vie, il est fréquent que Dieu vienne à nous par d’autres, par ceux qui nous sont différents, pas proches. C’est tout l’intérêt de la vie en Église qui nous donne des frères et sœurs que nous n’avons pas choisis, mais qui, tous, nous révèlent quelque chose du mystère de Dieu. Celui qui va à une autre messe que la mienne, celui qui prie différemment, celui qui n’a pas la même sensibilité spirituelle, liturgique que la mienne, me révèle quelque chose du mystère de Dieu sans qu’il ne soit question d’avoir tort ou raison. Jésus le dira lui-même dans l’Évangile : « Un prophète n’est méprisé que dans son pays ». Il y a une altérité nécessaire et constitutive de la foi. Quelle richesse dans une paroisse que des catéchumènes qui viennent se préparer aux sacrements de l’initiation chrétienne et qui nous révèlent un autre chemin de Dieu dans leur vie que le nôtre ! C’est en s’ouvrant à eux que l’on découvre toujours plus profondément et toujours un peu plus complètement Dieu. En contemplant ce dimanche la démarche des Mages, soyons attentifs et accueillants à ce que les autres nous révèlent de Dieu.

La démarche des Mages nous interroge également sur un autre point : ils reconnaissent Dieu sous les traits d’un bébé. Ils voient Dieu derrière l’humanité du petit enfant. Quel regard de foi ! Ils nous disent par-là, qu’il nous faut aller jusqu’à Dieu. Bien souvent, dans son souci de rejoindre les gens éloignés de l’Église, l’Église a mis au second plan son annonce explicite du Sauveur en Jésus-Christ, Fils de Dieu, pour n’en rester qu’à une annonce de type humaniste, mettant en avant la fraternité universelle, sans aller jusqu’à en révéler la source profonde qui est Dieu. Effectivement, nous sommes frères les uns les autres parce que nous avons le même Père. Pour un chrétien, l’origine de la fraternité ne réside pas seulement dans la même humanité partagée, mais dans le fait que nous avons le même Père. À force de vouloir rejoindre le monde, en prenant et en adoptant le langage du monde, l’Église a laissé le monde entrer en elle, avec ses rites, ses idéologies, ses manières de penser. Il est dommage que trop souvent l’Église ne devienne qu’un porte-parole des idéologies ambiantes du monde. Là réside un profond malentendu : les gens éloignés de Dieu ou de l’Église recherchent Dieu, mais ils ne cherchent pas à entendre ce que le monde leur dit déjà ! En cette période de dissolution de l’Église dans le monde ou du monde dans l’Église, n’ayons pas peur, à la suite des Mages, d’aller jusqu’à Dieu voilé sous les apparences de l’humanité. Comme les Mages, soyons des hommes et des femmes de Dieu, cherchant Dieu, conduisant les autres à Dieu ! Si l’Église veut redevenir missionnaire, qu’elle reparte de Dieu et de Jésus !

La Fête de l’Épiphanie nous présente deux chemins : celui des Mages et celui d’Hérode. Les Mages sont attentifs aux signes divins, ils les guettent, les suivent. Ils font le choix de Dieu et quittent leur environnement pour, comme Abraham, partir jusqu’où Dieu les conduira. Hérode ne cherche aucun signe de Dieu : il ne cherche que lui-même, enfermant la recherche de son bonheur dans les limites d’une vie construite autour de lui. Son chemin conduit à la mort, mort de son âme, mort de Dieu, mort de ceux que l’on appellera les saints innocents ! En cette fête de l’Épiphanie, laissons-nous interroger : est-ce que nous cherchons Dieu ? sommes-nous attentifs aux signes de sa présence dans notre vie ? Les Mages, conscients de la rencontre qu’ils vont vivre, offrent des présents à l’Enfant : de l’or, de l’encens et de la myrrhe. L’or qui confesse la royauté de Jésus ; l’encens sa divinité, la myrrhe sa mort. Pour notre part, est-ce que nous lui offrons l’or de notre amour ? l’encens de notre prière, la myrrhe de notre pauvreté, de notre misère ? Si la myrrhe évoque le mystère de la Rédemption par la Passion de Jésus, elle évoque aussi pour nous notre entrée dans le mystère de la Rédemption, c’est-à-dire, l’offrande de notre péché, de notre misère qui nous permet d’accueillir le Sauveur.

Que le pèlerinage des Mages vers la Crèche continue de nourrir et d’approfondir notre propre pèlerinage vers Jésus pour faire de notre chemin un chemin de Vie. Amen !

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