Homélie de la messe en l’honneur de St Tugdual en Senven-Lehart


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Troménie mariale

Messe en l’honneur de St Tugdual en Senven-Lehart

Chers frères et sœurs,

Je choisis de m’adresser à vous en français dans cette messe en breton afin que le plus grand nombre de pèlerins puisse découvrir la vie de St Tugdual, honoré et prié comme fondateur du monastère de Tréguier, puis comme premier évêque de Tréguier. Vous présenter la vie de St Tugdual n’est pas chose facile tant sa vie, vous allez le voir, a été « récupérée » pour des besoins religieux politiques. Nous avons trois vies de lui : une qui le fait débarquer au Conquet (c’est notamment à partir de cette vie que le Dominicain Albert Grand écrit sa vie de St Tugdual). Pour ma part, je suivrais plutôt cette Vita même si, ici ou là, je vous donnerai quelques éléments de la recherche plus récente et des découvertes qu’elle permet. Il y a une deuxième Vita qui le fait débarquer au port d’Ac’h (l’Aber-Wrac’h) ; puis une troisième plus tardive qui le fait débarquer au sud de la Cornouaille.


Ce que l’on peut dire de lui de manière assez certaine, ce sont trois choses. La première, c’est qu’il est originaire de la Bretagne insulaire, aujourd’hui Grande-Bretagne, au ou pas loin du Pays de Galles. Il naît à la fin du Vème siècle, et il est issu d’une famille royale : sa Mère, Pompée, Koupaïa en breton, est la sœur de Rivoalan Roi de la Domnonée. La deuxième, c’est qu’il entre au monastère certainement au Pays de Galles et va devenir Père Abbé de ce monastère. La troisième, il quitte la Bretagne insulaire pour débarquer en Armorique dans un mouvement d’émigration bretonne vers l’Armorique au début du VIème siècle et il fondera un monastère qui deviendra par la suite évêché. Il est difficile d’aller au-delà avec certitude. L’Abbé Yann-Vari Perrot, dans son Buhez ar Sent rapporte qu’il séjourna quelques temps en Irlande, avant de débarquer en Armorique : est-ce là qu’il aurait rencontré Saint Maudez ? Tout cela n’est qu’hypothétique.

La première Vita de St Tugdual le fait débarquer au Conquet dans la Paroisse de Ploumoguer avec de nombreux saints (dont Saint Gonéry honoré à Plougrescan, St Briac, St Maudez, fortement honoré dans le nord du Trégor). Il fonda le monastère de Trébabu, autrefois appelé Lannpabu. Son monastère grandissant, il partit fonder d’autres monastères, se faisant en cela aider par le Prince Deroc aux oreilles de qui la réputation de sainteté ainsi que le récit des nombreux miracles de Tugdual arrivèrent. Ce dernier lui donna des terres pour construire un nouveau monastère entre les rivières du Jaudy et du Guindy, le monastère de Lanndreger.


L’évêque de Lexobie (le Yaudet) mourut et le peuple choisit Tugdual pour lui succéder. On retrouve ici une première similitude avec la Vie de St Martin, écrite par Sulpice Sévère en 397, dans le fait que le peuple réclame l’homme de sainteté pour qu’il soit leur pasteur et dans le fait que l’homme choisi refuse, se sentant indigne. Tugdual refusa et pour couper court, fuit à Angers rendre visite à St Aubin, puis monta à Paris, le temps que l’élection du nouvel évêque soit passée. On rapporte qu’il rencontra le Roi Childebert à Paris et que, lors de cette entrevue, un pigeon blanc se posa sur son épaule droite, signe de l’Esprit-Saint qui choisit son serviteur. Parce que, entre-temps, les Bretons de Lexobie, déçus du refus de Tugdual, allèrent solliciter l’appui du Prince Deroc qui s’adressa au Roi Childebert pour que ce dernier force la main au saint homme. Sur ses conseils, Tugdual reçut le sacrement de l’épiscopat et revint dans son monastère de Landreger. Le premier évêque de Tréguier fut donc un abbé, devenu Père Abbé, puis élevé au rang d’épiscopat.


Que St Tugdual ait évangélisé le Trégor semble assez probable tant la toponymie l’atteste. Mais des études plus récentes, à la suite de Bernard Tanguy ou d’André-Yves Bourgès, font remarquer un certain nombre de lieux importants dans le sud-ouest de la Cornouailles consacrés à St Tugdual, lieux très anciens puisque commençant en Lan, ce qui indique une origine remontant au VIème et VIIème siècles, alors que l’on n’en trouve aucun dans le Trégor. Il y a donc un culte plus ancien à St Tugdual attesté en Bigoudennie et en Cornouailles du sud. Selon ces études récentes, St Tugdual aurait été le premier fondateur de l’évêché de Quimper, bien avant Corentin, ce qui est appuyé par le moine Wurmonoc de Landevennec qui écrit à la fin du IXème siècle une vie de Saint Paul Aurélien. On aurait alors déplacé au Xème siècle Saint Tugdual dans le Trégor pour donner une fondation religieuse à Tréguier et du poids au nord de l’Armorique. Il est vrai qu’avoir un lieu de pèlerinage là où a vécu un grand saint assurait une certaine prospérité économique et surtout permettait de renforcer le pouvoir religieux politique du nord de la Bretagne, permettant ainsi de contrebalancer le pouvoir de la métropole de Tours, et donc des Francs, dont les Bretons dépendaient et voulaient s’affranchir. De ce fait, Dol deviendra pendant deux siècles le chef lieu métropolitain pour la Bretagne donnant plus de liberté et d’indépendance à la Bretagne par rapport aux Français.

Laissons maintenant de côté la question politique de la fondation d’évêché pour nous intéresser à la figure de sainteté de Saint Tugdual. Je vous propose de méditer, à partir des lectures de la messe, sur la sainteté comme remède contre le mal, ce qui peut être actuel pour nous aujourd’hui. Dans la première lecture, St Paul évoque l’introduction de loups qui, après son départ, s’introduiront dans le troupeau pour l’attaquer. Dans l’Évangile, Jésus, Bon Pasteur, évoque la même réalité : « Si le berger mercenaire voit venir le loup, il abandonne les brebis et s’enfuit ; le loup s’en empare et les disperse. »


St Albert le Grand évoque dans sa vie de St Tugdual un voyage à Rome, alors que Tugdual est déjà évêque de Tréguier. Son voyage dura deux ans. Durant son absence, le mal reprit le terrain gagné à Dieu par Tugdual. Ainsi s’enchainèrent famines, sécheresses, épidémies : délaissé par son pasteur, le peuple de Lexobie avait abandonné sa vie évangélique. Lorsque Tugdual revint, le peuple vint lui demander pardon et implorer sa bénédiction. St Albert le Grand nous rapporte que tout rentra dans l’ordre.


Notre Dominicain rapport de nombreux miracles attestant la sainteté de Tugdual : un tout premier sur la terre d’Armorique à l’approche de la cité d’Occismor (St Paul de Léon), la Résurrection d’un mort à l’entrée de la Ville de Paris, mais il rapporte un autre miracle, post-mortem celui-ci, qui n’est pas sans rappeler la fin de la vie de l’évêque St Martin. Une fois Tugdual mort, un schisme éclata dans le peuple du diocèse de Lexobie. En effet l’archidiacre Pergatus s’opposait à Ruelin, successeur de Tugdual. Tugdual se manifesta lors d’une assemblée et soumit Pergatus, ramenant ainsi la paix dans le diocèse et le Peuple de Dieu.


Ces quelques faits nous montrent que la sainteté est la meilleure arme et la meilleure réponse contre le démon et les embuches du démon, toujours prêt à fomenter la division et à attaquer l’œuvre de Dieu. Dans les temps agités que traverse notre Église où nous voyons l’esprit du monde à l’œuvre au sein même de l’Église, dans les coeurs, dans les synodes, la meilleure réponse est la sainteté, la lutte contre le péché, le recours à la prière, à la vie sacramentelle, notamment au sacrement de la confession, la fidélité à Jésus et à Marie, priée particulièrement au cours de cette Troménie. La première réforme à accomplir dans l’Église n’est pas une réforme de structures ; elle ne réside pas dans l’invention de nouveaux modes de fonctionnement. Elle réside dans la conversion personnelle des cœurs qui doivent revenir à Dieu. Que St Tugdual intercède pour nous et nous donne la force de la fidélité à Dieu ainsi que celle du service de l’Église. Amen !

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