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  • Paroisse Saint Louis

Homélie de la Fête de St Adjutor



+ Fête de St Adjutor

Patron de la Ville de Vernon

« Une seule chose te manque : va, vends ce que tu as et donne-le aux pauvres ; alors tu auras un trésor au Ciel. Puis, viens et suis-moi. »

Chers frères et sœurs,

Chers habitants de la Ville de Vernon,

À quelques jours de la date exacte du retour à Dieu du saint patron de la Ville de Vernon, le 30 Avril 1131, nous fêtons St Adjutor en portant plus particulièrement dans notre prière dominicale, la ville de Vernon, ceux qui président à son gouvernement, ainsi que l’établissement d’enseignement catholique qui porte son nom avec ceux qui le dirigent, qui y travaillent, qui y enseignent et qui y étudient.

On ne comprend pas grand-chose à la vie de St Adjutor si nous n’avons pas en tête que c’est un homme rempli d’absolu. Cette quête d’absolu se manifeste dans le fait qu’il participe à la Première croisade avec 200 hommes de chez lui, pour libérer les lieux saints et permettre aux pèlerins d’arriver sans encombre au Saint Sépulcre, ce qui n’était plus le cas. Bien sûr, cette démarche avait aussi valeur d’expiation et de pénitence pour ses propres péchés et pour ceux du monde de l’époque. Adjutor est issu d’une famille noble : fils du comte Jean de Vernon et de Rosemonde de Blaru. Sa fortune lui permet d’entretenir les frais de sa petite équipe.

Mais arrivé à Jérusalem, il sera fait prisonnier et sera torturé pour abjurer la foi catholique. Il refuse d’apostasier et, en prison, formule le vœu, s’il revient vivant en France, de consacrer le reste de sa vie au Seigneur. Il promet en outre à Sainte Marie Madeleine d’élever une chapelle en son honneur. En refusant la facilité de l’apostasie, il reste fidèle à la foi de son baptême et grandit dans une liberté plus couteuse, plus profonde, mais dont il mesure le prix : c’est la liberté qui vient de Dieu et non du monde. Ses difficiles conditions de captivité, ses menaces sur sa vie, lui ont fait vivre la parole de l’Évangile entendue tout à l’heure : « Une seule chose te manque : va, vends ce que tu as, et donne-le aux pauvres ; alors tu auras un trésor dans le ciel. Puis, viens et suis-moi. » L’homme rempli d’absolu et d’Évangile devient un homme religieux au sens où il est désormais détaché de tout bien terrestre. Mais ce détachement va continuer à grandir.

De retour en France, il accomplit son vœu et épouse la vie religieuse en entrant chez les Bénédictins à Tiron dans le Perche (aujourd’hui en Eure et Loir). Il édifiera également, comme promis, une chapelle dédiée à Sainte Marie Madeleine, sur les bords de la Seine. Voulant plus de solitude et de prière, il obtiendra le droit de se retirer dans son ermitage en bord de Seine, aujourd’hui à Pressagny l’Orgueilleux, et y achèvera sa vie comme ermite.

Cet homme rempli d’absolu devient aussi un maître de vie spirituelle. Comme nombre de ses prédécesseurs moines-ermites, il mène dans son ermitage en bord de Seine une vie recluse, consacrée à la prière, à la pénitence, au jeûne et à la méditation. Il devient un homme de Dieu auprès de qui on vient chercher conseil ou confier ses soucis, ses maladies. Il consacre beaucoup d’heures à ce que l’on appellerait aujourd’hui la direction spirituelle : il conduit les âmes éprouvées à Dieu, enseigne la prière, l’oraison. On vient de loin pour le voir. Il guérit bon nombre de malades. Sa vie transformée par Dieu est remplie de charité. De la même manière que les Apôtres, immédiatement après la Résurrection de Jésus sont entièrement transformés par l’Évènement même de la Résurrection et adoptent des modes de vie complètement transformés, de la même manière celui qui est proche de Dieu a une manière de vivre entièrement transformée : « La multitude de ceux qui étaient devenus croyants avait un seul cœur et une seule âme ; et personne ne disait que ses biens lui appartenaient en propre, mais ils avaient tout en commun. » Qu’est-ce qui peut expliquer une telle manière de vivre, sinon le fait que Dieu vit pleinement en chacun ? Cette remarque doit nous interroger nous qui vivons dans une période où le témoignage des chrétiens est si important pour évangéliser. Nos relations les uns envers les autres sont-elles habitées par Dieu ? Nos manières de vivre en Église manifestent-elles la charité ? Donnent-elles à voir le Christ Ressuscité ? « C’est à l’amour que vous aurez les uns pour les autres que l’on verra que vous êtes mes disciples » dira Jésus à ses Apôtres.

Un autre point peut attirer notre attention. Dans la deuxième lecture, St Jacques dit : « Mes frères, si quelqu’un prétend avoir la foi sans la mettre en œuvre, à quoi cela sert-il ? » L’Église nous rappelle qu’on ne peut pas séparer d’un côté la foi que nous professons et d’un autre notre vie de tous les jours. Entendons cet appel dans un monde qui tend à reléguer la foi dans un domaine exclusivement privé, favorisant une laïcisation de nos manières de penser et de vivre. Que nos institutions soient laïques est une chose ; pour autant notre société, nos frères et sœurs ne sont pas tenus de l’être et ont le droit d’avoir leurs convictions et leur religion. Ce n’est pas parce que nous vivons dans un pays laïc qu’il faut taire ou cacher la foi à l’origine de nos engagements caritatifs ou professionnels ou autre…À ce titre, nous portons aujourd’hui plus particulièrement dans notre prière tous ceux qui travaillent au sein de l’établissement St Adjutor, sans oublier bien sûr tous les établissements catholiques, qui travaillent à l’unité profonde de la personne humaine en faisant grandir ensemble et l’intelligence humaine et l’intelligence de la foi des enfants qui sont confiés. St Adjutor, maître de vie spirituelle, ne peut être à ce titre qu’un exemple édifiant et encourageant, conduisant ses disciples d’hier et d’aujourd’hui à Dieu, source de toute science et toute lumière.

Chers frères et sœurs, je voudrais terminer en évoquant quelques aspects de la Vie de St Adjutor, ceux que l’hagiographie médiévale a su mettre en avant et qui sont parvenus à nous, remplis de merveilleux et d’embellissements. Il s’agit de ses miracles. Vous connaissez tous le miracle de St Adjutor jetant des chaines dans la Seine pour calmer les affreux tourbillons qui causaient les naufrages des bateaux. Ce miracle est figuré (figuré est bien le terme) sur un des vitraux de la collégiale ; il valut à St Adjutor de devenir le patron des bateliers. Que l’homme de Dieu ait réussi à calmer les flots pour sa prière et sa sainteté n’est pas à remettre en cause ; mais ce récit nous montre la réputation de sainteté qui faisait sa renommée. De son vivant, de nombreux miracles eurent lieu : des problèmes, dissensions furent réglés ; des malades recouvrèrent la santé. Mais ces miracles continuèrent après sa mort et l’on vint, nombreux, de Normandie, en pèlerinage sur sa tombe chercher l’aide de l’homme de Dieu. Le caractère miraculeux de sa vie n’est qu’une manifestation de sa sainteté et de la charité qui remplissait sa vie. St Adjutor nous redit la sainteté et la fécondité de celui qui est proche de Dieu. Il nous redit la beauté et le prix de la liberté chrétienne qui s’acquiert non seulement à travers des renoncements, mais aussi à travers l’union à Dieu. Que St Adjutor veille sur tous les habitants de Vernon, sur ceux qui servent cette ville et ses habitants, sans oublier tous ceux qui accompagnent la croissance humaine et chrétienne des enfants et plus particulièrement des élèves placés sous son patronage. Amen !

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