Homélie de la Cène du Seigneur


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Cène du Seigneur

« Si je ne te lave pas, tu n’auras pas de part avec moi. »

Chers frères et sœurs,

Avec cette célébration de la Cène du Seigneur, nous entrons ce soir dans le Triduum pascal qui va nous conduire à la Résurrection de Jésus. La célébration de la Cène du Seigneur n’enlève rien au mystère pascal de Jésus qui repose sur sa Passion et sa Résurrection. Mais si nous enlevions le Jeudi Saint, il manquerait incontestablement quelque chose d’important dans la vie de Jésus, pour l’Église et pour nous. C’est en effet au cours de ce Repas sacré que Jésus institue les sacrements de l’Ordre et de l’Eucharistie pour les confier à l’Église. Ces deux sacrements qui naissent en même temps de l’offrande de Jésus nous redonnent, de manière sacramentelle, le contenu du mystère pascal de Jésus, le contenu de notre salut.


Ce soir, à la lumière des récentes et multiples remises en cause du sacerdoce catholique ces derniers temps, je souhaiterais méditer avec vous sur ce don que Jésus a fait à son Église. Car le sacerdoce est bien un don que l’Église reçoit de Jésus, non une invention de l’Église qui s’en serait dotée pour des raisons pastorales, à la différence du diaconat par exemple. Ce don est et demeure un don fragile. La récente actualité nous a bien montré combien, d’abord, ce don a été défiguré par les prêtres eux-mêmes par toutes sortes d’abus, conduisant non seulement au dégoût, parfois au rejet, en tout cas souvent à la remise en cause du sacerdoce lui-même. Pour autant, dans son institution même par Jésus, le sacerdoce n’est pas entaché d’abus : c’est ce que nous révèle notamment le lavement des pieds sur lequel je vais revenir plus loin. Mais il y aussi deux autres dangers actuels relatifs au sacerdoce. Un premier qui consiste à penser le sacerdoce sur le mode du monde. Alors dans cette vision, le célibat sacerdotal est une anomalie et on attendra du ministère du prêtre qu’il reprenne toutes les idéologies actuelles : le combat pour la planète etc…Un deuxième danger réside également dans ce que les fidèles font parfois des prêtres : alors ou bien ils sont presque le Christ lui-même, montés au pinacle, ou bien alors, ils sont pires que tout et moins que rien. Entre ces deux positions extrêmes se situe heureusement la plupart des fidèles qui ne réduisent pas le sacerdoce du prêtre à la personne du prêtre.


Je pourrais ajouter au contexte actuel, mais qui vaut pour tout temps, la question des attaques du démon. Le sacerdoce et l’Eucharistie sont deux sacrements que Jésus donne à son Église pour sa mission et pour œuvrer au salut du Peuple de Dieu. Il n’est pas anormal que ces deux dons de Dieu soient attaqués par le démon. Bref, ce contexte rapidement exposé nous redit que le sacerdoce ministériel est par nature un don de Dieu, mais un don qui demeure fragile, parfois attaqué et contesté. De l’institution du sacerdoce par Jésus lui-même découlent deux choses très importantes : d’une part, l’Église n’a pas le pouvoir de modifier l’essence même du sacerdoce qu’elle a reçue de Jésus ; d’autre part, c’est un don qui est confié à l’Église et dont l’Église a mission de prendre soin.

En méditant sur le don du sacerdoce à l’Église, je souhaiterais regarder de plus près le rite du lavement des pieds que nous voyons dans l’Évangile du jour.

Jésus s’humilie, au sens étymologique du terme humus la terre. Jésus se met à terre, aux pieds de ses Apôtres. Après être descendu des Cieux, avoir pris la nature humaine, avant de s’humilier au point de mourir sur la croix, Jésus se met à terre. Jésus ne cherche pas son bien, sa considération, mais le bien des hommes. À la suite de Jésus, le prêtre ne cherche pas d’abord son bien ou son intérêt, mais il renonce à lui-même en mettant sa vie à la disposition de Dieu et du peuple auquel il est envoyé. Le célibat sacerdotal est à ce titre un des signes les plus éloquents de l’humilité du prêtre et de son offrande totale. La liturgie de l’ordination redit cette disposition à travers le rite de la prostration qui signifie la mort à soi du prêtre ainsi que la communion profonde avec l’offrande de Jésus, dans sa mort et sa Passion.


Le lavement des pieds est aussi un acte de service : « Si donc moi, le Seigneur et le Maître, je vous ai lavé les pieds, vous aussi, vous devez vous laver les pieds les uns aux autres. » Jésus nous redit ici que le sacerdoce du prêtre, de l’évêque, est au service du Bien du Peuple de Dieu ; c’est pourquoi il possède un caractère ministériel, c’est-à-dire de « service ». Le sacerdoce ministériel n’a jamais été une fin en lui-même ; il est, par nature, orienté vers le bien des fidèles. Ici précisément prennent naissance pas mal de déviations. D’abord, dans l’oubli de la finalité ministérielle du sacerdoce. Certains se sont servis de l’autorité liée au sacerdoce non pour faire grandir, comme l’étymologie le dit (auctum vient du verbe augere en latin, faire grandir), mais pour exercer un pouvoir, une domination. D’autres, en tant que fidèles laïcs, revendiquent le titre de ministres ou de ministères pour dire que leur mission est du même ordre que celle du ministre ordonné.


Le lavement des pieds est encore un acte de charité. Dans un pays où l’on marche nus pieds ou en sandales, on comprend aisément que les pieds sont vite sales. Les laver, c’est à la fois faire honneur à celui que l’on accueille, et aussi rendre propre, purifier, celui qui est devant moi. Le sacerdoce contribue ainsi à la purification du péché et au salut. C’est le sens que révèle Jésus à Pierre : « Si je ne te lave pas, tu n’auras pas de part avec moi. » Jésus a déjà lavé le triple reniement de Pierre.


J’en arrive à la dernière signification que je reprends : le lavement des pieds est un acte de demande de pardon. Ce geste était utilisé dans l’antiquité pour demander pardon. En lavant les pieds de ses disciples, Jésus offre déjà le pardon pour les péchés et les abus de pouvoir de ses disciples. Il est très intéressant de noter qu’au moment-même où Jésus institue le Sacerdoce, Il offre déjà le pardon pour tous les péchés de ses Apôtres. Jésus s’offre aux pécheurs et Il s’abandonne entre les mains d’hommes pécheurs pour qui Il implore et donne déjà le pardon. Dès lors, dès son institution même, le sacerdoce est déjà sanctifié par Jésus. Les multiples crises que vit notre Église n'appellent pas une refonte ou une ré-invention du sacerdoce, mais une conversion du cœur et du style de vie du sacerdoce et des fidèles eux-mêmes.


Pour terminer, Frères et sœurs, je voudrais, plus que méditer, prier avec vous, pour implorer de Dieu des ouvriers pour sa moisson. L’Église est par essence apostolique ; elle repose sur les Apôtres et sur le ministère que Jésus leur a confié. L’Église, telle que Jésus l’a voulue et fondée, repose sur le sacerdoce ministériel et le peuple de Dieu a besoin de prêtres pour son bien propre. Nous savons que Dieu ne cesse pas d’appeler à sa suite. Le problème ne réside pas dans l’appel de Dieu, mais dans la réception de l’appel. Dans la disponibilité à l’appel, dans l’écoute à l’appel et dans la réponse. L’appel au sacerdoce, ou à la vie consacrée, s’il vient ultimement d’un appel de Dieu, ne peut pas reposer que sur la fécondité du ministère de tel ou tel prêtre. Vous, peuple de Dieu, paroissiens, vous avez un rôle à jouer. Pour cela, je vous laisse deux points d’attention.


Tout d’abord, aimez vos prêtres. Ils sont bien souvent plus critiqués que soutenus ou aimés. Une paroisse qui passe son temps à critiquer les prêtres ne pourra pas être appelante. Vernon possède un nombre assez important de familles pratiquantes, où l’on a à cœur de vivre l’Évangile, de prier en famille. Faîtes attention à ce que vous dîtes des prêtres.

Deuxièmement, à l’heure où les familles en général ne soutiennent plus ni ne disposent plus leurs enfants à l’appel du Seigneur à une vie consacrée, il est de plus en plus urgent et important que les paroisses prennent le relais, que les paroissiens portent ce souci, prient pour les jeunes et soutiennent les appels. Vous, les paroissiens qui n’êtes pas les parents d’enfants de chœur, n’hésitez pas à aller saluer les enfants de chœur ; vous êtes déjà un certain nombre à prier pour eux. Nous savons que le service de l’autel, la proximité du prêtre, a été pour bon nombre d’entre nous le lieu d’un appel au sacerdoce. Des enfants, des jeunes entendront l’appel à servir Dieu et son Église s’ils sentent que l’on a besoin de prêtres.

Ce soir, au cours de cette messe, je vous invite à rendre grâce au Seigneur pour les prêtres que vous avez connus, qui vous ont aidés à grandir dans la foi, qui ont été là au moment où vous aviez besoin d’eux. Prions aussi pour tous ceux que le Seigneur appelle à sa suite et qui n’entendent pas l’appel ou qui ont peur de répondre. Enfin, prions pour l’Église, dont la première mission est de perpétuer le ministère de Jésus. Qu’elle se convertisse et se purifie pour devenir plus sainte et conduire les gens à Jésus. Amen !

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