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  • Paroisse Saint Louis

Homélie de la Cène du Seigneur



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Cène du Seigneur



Chers frères et sœurs,

Ce soir, en commémorant le dernier repas de Jésus avec ses Apôtres, nous célébrons la naissance de deux sacrements – la Sainte Messe et l’Ordre- à partir d’un même évènement. Cette double naissance nous dit le lien naturel, fondamental qui existe entre l’Eucharistie et l’Ordre. C’est-à-dire qu’on ne peut pas penser l’Eucharistie sans le prêtre et qu’on ne peut pas penser le prêtre sans l’Eucharistie.

Pour autant, si ces deux sacrements sont à ce point liés, parce qu’ils tirent leur origine de Jésus même, il faut reconnaître que le sacerdoce est ordonné au service de l’Eucharistie. Le Sacerdoce ministériel n’est jamais une fin en lui-même. Le prêtre n’est qu’un instrument, un « moyen » au service de l’Eucharistie, de l’Eglise et du Peuple de Dieu.

Une fois ce lien établi, il faut garder en tête le lien naturel et fondamental qui lie ces deux sacrements. On ne peut penser l’Eucharistie sans le Sacerdoce parce que Jésus l’a voulu ainsi. Toutes les tentatives qui ont existé et qui ont tenté de distinguer l’Eucharistie du Sacerdoce ou de penser l’Eucharistie sans le Sacerdoce se sont révélées un échec. Une communauté chrétienne a besoin de l’Eucharistie pour se nourrir, pour construire son unité, sa communion ; elle a besoin d’un pasteur pour la conduire et pour lui donner cette nourriture. Aucune communauté ne peut se donner à elle-même et par elle-même cette nourriture de l’Eucharistie.

On ne peut penser le Sacerdoce sans l’Eucharistie. En fait, le Sacerdoce n’a pas de raison d’être s’il n’est pas ordonné à l’Eucharistie. Et d’ailleurs, c’est ce lien fondamental qui lie le prêtre à l’Eucharistie qui permet, explique, et donne un sens au célibat consacré. Le prêtre qui célèbre la messe se donne, comme Jésus s’est donné : « Au moment d’être livré et d’entrer librement dans sa Passion » disons-nous à chaque messe. Il y a certes de multiples manières de se donner aujourd’hui ; mais le don du prêtre dans l’Eucharistie est à l’image du don de Jésus qui se livre aux hommes et se donne dans les espèces sacramentelles. Le célibat sacerdotal ne peut se comprendre sans une perspective de don et d’amour pour, pour Dieu, pour le peuple de Dieu, pour les paroissiens. Un prêtre qui ne se donne pas dans l’Eucharistie est un prêtre qui est en danger dans son être même. La célébration de la sainte messe donne tout son sens au célibat sacerdotal.

Ces derniers temps, le célibat sacerdotal est attaqué, suspecté, remis en cause parfois même par des paroissiens, ou même contesté. Les effroyables scandales d’abus, qui en plus d’avoir abîmé des victimes et qui défigurent l’Eglise, jettent un discrédit important sur le Sacerdoce lui-même. Et l’on met en cause le célibat, comme la raison de ces dérives. Alors frères et sœurs, soyons logiques ! Si le célibat est à ce point un problème, alors mettons tous les célibataires en garde à vue et en prison ! Et comme cela, il n’y aura plus de scandales. Ah, problème, plus de 95 pr cent des cas de pédophilie ont lieu dans les familles. D’accord. Je vous ferai remarquer au passage que le célibat dans notre société ne gêne pas grand monde. Par contre, dès qu’on arrive au célibat consacré, on entend autre chose…Le célibat consacré est attaqué parce qu’il est le signe tangible, réel, d’une autre réalité qui est Dieu lui-même et qui fait que des hommes et des femmes choisissent aujourd’hui le célibat pour Dieu et pour les autres. Le célibat sacerdotal est un don que Dieu fait à l’Eglise, qu’il faut savoir estimer, protéger et défendre. Heureusement que bon nombre de chrétiens ont connu de saints prêtres, de saintes religieuses, tout donnés à leur sacerdoce ou à leur mission ! Il faut aider les prêtres plutôt que de leur tirer dessus et se mettre à discréditer leur don dans le célibat consacré.

Comment aider les prêtres ? En les prenant comme ils sont et pour ce qu’ils sont appelés à donner. Nul prêtre n’est parfait ni ne représente à lui tout seul le sacerdoce du Christ. C’est dans leur diversité personnelle, dans la diversité de ce qu’ils donnent, qu’ils contribuent à manifester le Sacerdoce du Christ. Il faut se réjouir de la diversité des prêtres que Dieu donne à son Eglise. Il faut se réjouir qu’ils n’apportent pas les mêmes choses. Il faut rendre grâce pour leurs différences qui sont le signe d’une bonne santé de l’Eglise et la promesse d’une bonne croissance pour le peuple de Dieu. Plutôt que de les opposer, de les critiquer, de les choisir. Ces attitudes, malheureusement parfois trop répandues dans les paroisses, sont révélatrices d’une profonde immaturité ecclésiale. En n’accueillant pas ce que donne tel ou tel prêtre, vous ne vous fermez pas seulement au prêtre, mais ultimement à ce que Dieu veut vous donner à travers ce pasteur. C’est d’une fermeture à Dieu. La force de l’Eglise catholique, c’est qu’on ne choisit pas ses pasteurs mais qu’on les accueille, et qu’à travers cet accueil on grandit tel que Dieu nous y invite.

Il faut aussi pour aider les prêtres se garder de les sacraliser, comme s’ils étaient parfaits, inacessibles, intouchables. Il faut bien sûr les respecter : ils représentent Dieu et agissent d’une manière particulière en son nom. Mais des attitudes de « super sacralisation » comme parfois certains médias en présentent, des attitudes exclusives de certains fidèles n’ont pas toujours aidé les prêtres. Et à force de se croire intouchable, peuvent arriver des dangers.

Pour autant en reprécisant la finalité du célibat sacerdotal, en reprécisant les attitudes qui peuvent ne pas aider les prêtres, on ne répond pas complètement à la crise qui secoue l’Eglise aujourd’hui. Après avoir mis en cause le célibat, on met en cause le cléricalisme. Le cléricalisme est devenu un mot fourre-tout où tout le monde peut mettre ce qu’il veut. Le cléricalisme, c’est l’abus d’autorité provenant des clercs. Cette dérive a malheureusement toujours existé et est effectivement condamnable, tout comme elle est condamnable chez tous ceux qui abusent de l’autorité qu’ils ont. Mais il ne me semble pas très juste de mettre l’actuelle crise de l’Eglise sur le compte du cléricalisme. D’une part, parce que chez nous (en Occident), les clercs n’ont presque jamais été aussi peu nombreux ; parce que de nombreux laïcs participent à la mission de l’Eglise, et parce que, si l’on entend par cléricalisme tout abus d’autorité, il faut alors reconnaître que le cléricalisme est aussi présent chez certains fidèles, bien souvent ceux-là même qui dénoncent le cléricalisme dans l’Eglise et qui l’exercent en se servant d’une mission qu’ils ont. Toute forme d’abus d’autorité doit être combattu, étant entendu aussi que chacun est à sa place et la garde. Les problèmes naissent souvent dans l’Eglise quand on n’est pas à sa bonne place.

Mais le problème qui secoue l’Eglise aujourd’hui et qui entame sa crédibilité ne peut pas être réduit au cléricalisme. Il faut à mon sens s’interroger sur le rapport au monde de l’Eglise. Le problème des abus n’est pas un problème propre à l’Eglise. On le retrouve dans les familles, dans le sport, dans l’éducation des enfants et des jeunes. En fait, c’est un problème de société qui est entré dans l’Eglise. Et là sont les deux principaux problèmes : que cela existe dans la société et que cela soit entré dans l’Eglise. La perte de l’identité sacerdotale, la trop grande assimilation au monde, avec parfois un manque de distance avec le monde et ses modes de pensée, de pratique, le relativisme général qui sévit sur la foi, la doctrine, les mœurs, éclairent la crise actuelle de l’Eglise. Bien sûr, il faut combattre tout abus d’autorité, mais il faut aussi s’interroger sur notre rapport au monde et le purifier. Les maladies ne font jamais plaisir, mais elles sont l’occasion d’une guérison.

Implorons ce don du Christ lui-même qui nous obtient le pardon. Confions-Lui l’Eglise et ses ministres. Rendons grâce pour tous les prêtres heureux et épanouis que nous avons pu connaître, pour tous ceux qui nous ont aidés à un moment ou à un autre de notre vie. Portons dans notre prière tous ceux qui souffrent dans leur Sacerdoce. Sachons aussi dire aux plus jeunes l’estime et le besoin que nous avons d’avoir des prêtres pour célébrer la messe, pour confesser, pour guider le Peuple de Dieu. Et vous, chers enfants de chœur, vous aussi qui êtes au service de l’Eucharistie, demandez-vous aussi au plus profond de votre cœur si Jésus ne vous appelle pas à donner votre vie pour servir l’Eglise. L’Eglise a besoin de prêtres et elle a besoin de vous ! Amen !

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