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Homélie de la 23e semaine du Temps Ordinaire


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23ème semaine du Temps Ordinaire

Celui qui ne porte pas sa croix pour marcher derrière moi ne peut pas être mon disciple



Frères et sœurs,


La traduction française de l’Evangile édulcore quelque peu les propos de Jésus. Elle nous dit : « Si quelqu’un vient à moi sans me préférer à son père, sa mère etc… », alors que le texte grec dit littéralement : « Si quelqu’un ne hait pas son père, sa mère etc… » . En employant un terme aussi fort et choquant, Jésus cherche à créer en quelque sorte un électrochoc ; Il nous provoque ! Bien sûr, Il ne nous demande pas de ne pas aimer ses parents, sa famille : ce serait non seulement en opposition à la Loi de Moïse, mais ce serait surtout contraire à tout ce que Jésus nous enseigne et nous révèle. La traduction française du coup résout cette ambigüité. Jésus nous appelle en fait à Le placer en premier. Il nous dit qu’être son disciple nous appelle à Le choisir en premier avant les autres. « Dieu, Premier servi ! » disait Ste Jeanne d’Arc. Concrètement, qu’est-ce que cela veut dire pour nous qui vivons dans un contexte de déchristianisation et de nivellement par le bas assez généralisé, tant dans la société que dans l’Eglise ? Dans les journées que nous avons, que nous travaillions ou que nous soyons à la retraite, nous avons tout un tas d’occupations, de choses à faire. Est-ce que nous réservons en premier lieu un temps pour la prière ? un temps gratuit que je donne à Dieu pour Lui-même ? Et qu’en est-il de la messe du dimanche ? Est-ce qu’elle n’entre pas parfois en concurrence avec d’autres activités ? Dans des décisions que j’ai à prendre, au milieu de multiples facteurs humains, affectifs, de devoirs, est-ce que je fais passer l’intérêt de Dieu d’abord ? Pour les familles qui inscrivent leurs enfants au catéchisme : quelle place je donne à Dieu non seulement dans l’éducation chrétienne (la catéchèse), mais aussi à la messe, au milieu du sport, de la musique, des loisirs, des compétitions ? Est-ce que Dieu passe en premier ? Pas souvent ! Et parfois, on nivelle par le bas : « C’est déjà bien qu’ils viennent au catéchisme…N’en demandons pas plus ! » certes…mais, c’est dans ce cas réduire le catéchisme à une discipline scolaire et ce n’est pas conforme à l’Evangile. Voilà la première condition que Jésus indique pour celui qui veut être son disciple : mettre Jésus en premier ! Cela implique que nous avons des choix à faire. Examinons si c’est Dieu qui l’emporte dans nos choix ! Si nos choix étaient plus gagnés et offerts à Dieu, les chrétiens seraient des chrétiens plus brûlants que tièdes.


La deuxième attitude à laquelle Jésus invite ceux qui veulent être ses disciples consiste à être pragmatique ; il faut consentir à la réalité telle qu’elle est : « Quel est celui d’entre vous qui veut bâtir une tour, et qui ne commence pas par s’asseoir pour calculer la dépense et voir s’il a de quoi aller jusqu’au bout ? » Attitude réaliste et de vérité : à quoi cela m’engage-t-il ? Prendre un engagement, répondre à un appel est toujours une bonne chose, mais il faut mesurer ce que cela implique. Mais pas seulement en terme de temps, de réunions. Un « oui » se mesure toujours aux « non » qu’il implique. On ne peut pas dire « oui » tout le temps et à tout. En l’occurrence, dire « oui » à la foi chrétienne, dire « oui » à Jésus implique de dire « non » à ce qui nous éloigne de Lui ou à ce qui est en contradiction avec l’Evangile ou l’enseignement de l’Eglise. Mais là, mes pauvres amis, nous vivons dans un monde de consensus ! consensus qui reposent non pas sur l’Evangile, sur la Loi naturelle, sur la recherche du Bien Commun, mais sur une relativisation générale qui fait que tout se vaut, tout est respectable et plus rien n’est mal. Beaucoup de chrétiens se laissent gagner par l’esprit du monde et entrent dans une attitude de compromission. Que se passe-t-il à terme ? L’Evangile et la foi vécue perdent de leur puissance interne et ne parviennent plus à convertir le monde. Il faut remettre l’Eglise sur la place du village ! Ce n’est pas au monde de convertir l’Evangile et la foi, mais c’est à l’Evangile et à la foi de convertir le monde. Mais ce que je dis peut rester trop théorique. Quelques exemples concrets des renoncements que nous sommes appelés à vivre : la pratique de notre foi ne s’accorde pas avec des pratiques plus ou moins occultes : tirage de cartes, consultation de voyantes, spiritisme, atteintes à la vie humaine (dans le ventre de la maman comme au soir de la vie terrestre), atteinte aux droits de l’Enfant qui n’a pas à devenir l’objet du désir des adultes, etc…Même si ce que je dis est à contre-courant des modes de pensées actuels, la réalité l’accrédite : les Eglises, les communautés chrétiennes dynamiques et fécondes sont celles qui restent fidèles à la substance de la foi et qui ne se compromettent pas avec le monde et ses manières de pensées perverties. Tandis que celles qui ont fait ce jeu, aujourd’hui vieillissent (mal), ne se renouvellent ni ne rajeunissent, bref, elles meurent !


La troisième attitude que Jésus invite à prendre est celle qui consiste à porter sa croix : « Celui qui ne porte pas sa croix pour marcher derrière moi, ne peut pas être mon disciple. » Il y a ici un appel, non pas à rechercher la souffrance, ce qui serait malsain, mais à la mortification et au don. En fait, ces deux aspects n’en constituent qu’un. La mortification consiste à mourir à soi, à sa suffisance, à son orgueil, à son amour propre, pour faire passer l’amour de Dieu et des autres d’abord. Fondamentalement, seul l’Amour permet de faire passer le bien de l’autre avant le sien. Seul l’amour permet de mourir à soi pour donner à l’autre. La logique de la croix est que la mort est source de vie. Chrétiennement, mourir à soir, renoncer à soi, permet de se donner totalement aux autres. Et c’est dans ce don aux autres que l’homme se trouve et devient lui-même. Là aussi, si les chrétiens se laissaient plus travailler par la grâce baptismale qui nous pousse à mourir à nous-mêmes pour vivre davantage de la vie divine, notre Eglise serait plus vivante, plus dynamique et plus forte. Nous ne vivons pas suffisamment la réalité de la Croix.


On pourrait dire encore beaucoup d’autres choses : j’arrête ici. Je crois qu’à travers ces trois attitudes que Jésus nous donne : placer Dieu en premier, mesurer et assumer les renoncements qui découlent de notre « oui » à Dieu, accepter de porter notre croix, nous avons de quoi progresser tant personnellement que tous ensemble en paroisse et en Eglise. Amen !

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