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  • Paroisse Saint Louis

Homélie : 5ème Dimanche de Pâques

« Moi, je suis le chemin, la Vérité et la Vie ; personne ne va vers le Père sans passer par Moi. »


Frères et sœurs,

Le passage de l’Evangile que nous méditons ce dimanche est important. Il nous dit au moins 3 choses : premièrement que Jésus invite ses disciples, qui sont de bons juifs croyant au Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, à approfondir leur foi en passant désormais par Lui, Jésus ; en fait Jésus les initie doucement au mystère de la Sainte Trinité ; deuxièmement, Jésus révèle qu’Il est le Chemin pour accéder à Dieu ; troisièmement, Il dit son identité profonde de Fils de Dieu.

En dehors du passage que Jésus initie chez ses disciples, à savoir de les faire passer d’une foi monothéiste unipersonnelle à une foi monothéiste pluripersonnelle, Jésus nous invite tous, disciples d’hier, d’aujourd’hui et de demain, à une foi qui passe par Lui : « Je suis le chemin, la vérité, la vie ; personne ne va vers le Père sans passer par moi. »

«Je suis le chemin » : Jésus développe cet aspect dans l’Evangile que nous avons entendu. Il est la Parole du Père : « Les paroles que je vous dis, je ne les dis pas de moi-même ; le Père qui demeure en moi fait ses propres œuvres. » Il est le visage du Père : « Philippe, celui qui m’a vu a vu le Père ! » Ses œuvres sont les œuvres du Père : « Si vous ne croyez pas en moi, croyez du moins à cause des œuvres elles-mêmes. » C’est en ce sens qu’Il est le chemin. Il est le chemin que Dieu a emprunté pour venir à nous ; Il est celui que nous sommes invités à prendre pour aller à Dieu. Il faut s’interroger sur l’aspect christocentrique de nos vies chrétiennes. Passons-nous réellement par Jésus dans notre vie de prière ? n’en restons-nous pas trop souvent à une relation assez générale avec Dieu?

La liturgie nous forme à cette vie christocentrée. Toutes les oraisons de la messe, du bréviaire sont toutes trinitaires, et elles mettent toutes en évidence la médiation du Christ : « Par Jésus le Christ notre Seigneur », disons-nous. La messe, l’Adoration du Saint-Sacrement, les sacrements mettent en évidence la médiation du Christ ; pas seulement parce que c’est Lui qui les a institués, mais parce que surtout les sacrements nous configurent au Christ. En recevant le Corps du Christ, nous devenons le Corps du Christ. Entendons ce matin cet appel à recentrer nos vies chrétiennes sur la personne de Jésus : « Je suis le chemin, la vérité, la vie ; personne ne va vers le Père sans passer par moi. »

Le fruit d’une vie chrétienne qui passe par Jésus est que Jésus nous apprend à vivre comme fils de Dieu. Nous ‘devenons fils de Dieu’, (par adoption, non par nature) comme nous disent Saint Jean ou Saint Irénée plus tard, pour nous épanouir dans une relation filiale avec Dieu. On pourrait dire que le but de notre vie chrétienne est de devenir fils de Dieu pour rencontrer le Père au terme de notre vie. Tout au long de notre vie, Jésus nous apprend à vivre comme fils ; tout au long de notre vie, l’Esprit-Saint vient nous apprendre à nous unir à Jésus qui nous apprend à vivre comme fils. La deuxième lecture nous donne des éléments sur notre vie filiale : « Vous aussi, entrez dans la construction de la demeure spirituelle, pour devenir le sacerdoce saint et présenter des sacrifices spirituels, agréables à Dieu par Jésus-Christ. » Notre vie filiale ne peut se développer qu’à travers la vie en Eglise, qui est le Corps du Christ. St Pierre dit bien à ses disciples : « Entrez dans la construction de la demeure spirituelle. » Il s’agit de l’Eglise. Effectivement, c’est l’Esprit Saint qui sanctifie et vivifie l’Eglise. C’est Lui qui conduit à Jésus, aux


sacrements. La vie en Eglise, en nous agrégeant à Jésus, nous fait devenir un sacerdoce saint et nous fait entrer dans un culte spirituel. Concrètement, la vie en Eglise nous invite à nous offrir, à nous donner aux autres. Est-ce bien ainsi que nous vivons toute notre vie ? que cela soit en couple, en famille, au travail, dans nos activités associatives ? Quel type de sacrifice spirituel offrons-nous à Dieu ? Bien sûr, il y a la prière. Mais pas que…Que faisons-nous des contrariétés, des déceptions, des sacrifices que nous vivons, la plupart du temps que nous subissons ? Que faisons-nous des bonnes actions que nous accomplissons ? C’est dans cette dimension concrète de notre vie que se joue aussi notre sanctification.

St Pierre continue : « Vous êtes une descendance choisie, un sacerdoce royal, une nation sainte, un peuple destiné au salut, pour que vous annonciez les merveilles de Celui qui vous a appelés des ténèbres à son admirable lumière. » La vie en Eglise comporte aussi une dimension missionnaire : « pour que vous annonciez les merveilles de Celui qui vous a appelés des ténèbres à son admirable lumière. » A nouveau, demandons-nous si nous annonçons, si nous témoignons du Christ dans notre vie. Lorsque la foi est vue de manière exclusivement privée, il n’y a pas de transmission ni de dynamique missionnaire. Heureusement que les Apôtres n’ont pas fait de la foi une réalité essentiellement privée ! parce que nous ne serions pas là aujourd’hui. Il faut être bien clair, par rapport à la situation dont nous allons progressivement sortir, à savoir celle d’un culte chrétien confiné, qui s’est réduit à une dimension essentiellement domestique et privée. Cette manière de vivre notre foi ne peut être ni devenir une norme : elle est seulement supplétive. La foi comporte par nature une dimension publique et sociale. Alors que nous allons progressivement sortir du confinement et pouvoir progressivement reprendre un culte « public », demandons-nous ce que nous pouvons faire pour déconfiner aussi notre foi. Je suis sûr que l’Esprit-Saint saura nous inspirer si nous l’écoutons.

Mais notre vie en Eglise n’échappe pas à notre humanité, et nous pouvons faire l’expérience de tensions dans notre vie ecclésiale. C’est ce que rapporte la première lecture. Déjà des problèmes de langue ! Là, il ne s’agit pas du latin, mais des langues grecques et hébraïques ! Bien sûr, le vrai problème n’est pas dans les langues, mais dans les différentes origines de ceux qui constituent l’Eglise, entre, pourrions-nous dire, le premier cercle d’origine juive, et le deuxième d’origine païenne. Et ceux-ci ont l’impression d’avoir moins d’importance et de considération que ceux-là ! Encore une fois, les tensions dans l’Eglise sont normales : elles sont le signe que l’Eglise est vivante et qu’elle est bien dans le monde. Si nous décelons des tensions dans l’Eglise, au sein de son gouvernement, si nous en décelons dans les paroisses, souvenons-nous qu’il y a eu du tirage entre St Pierre et St Paul, entre les chrétiens d’origine juive et d’origine païenne, entre ceux de langue hébraïque et de langue grecque. Ce qui importe, ce ne sont pas les tensions, mais la manière dont elles sont résolues. Dans la première lecture entendue en ce jour, les Apôtres se recentrent sur l’essentiel de leur mission : « Il n’est pas bon que nous délaissions la Parole de Dieu pour servir aux tables. » Ceci étant fait, l’Esprit-Saint leur inspire la création de ce que nous appellerons le ministère diaconal : « Cherchez plutôt sept d’entre vous, des hommes qui soient estimés de tous, remplis d’Esprit-Saint… » Recentrement sur l’essentiel et liberté, inspirée, pour répondre aux besoins qui se font jour. Voilà l’œuvre de l’Esprit-Saint. Si les tensions dans la vie de l’Eglise sont vécues chrétiennement, elles sont sources de croissance ; si elles sont vécues en terme de rapport de force, sans ouverture à Dieu, elles deviennent idéologiques et sclérosent les communautés. Notre vie filiale n’échappe pas à ces tiraillements.

Que l’Esprit-Saint que nous allons nous préparer à recevoir en la fête de la Pentecôte vienne renforcer notre adhésion et notre communion au Christ. Qu’il fortifie notre vie filiale à travers notre vie en Eglise. S’il n’y a qu’un seul chemin, Jésus, pour aller Dieu, il y a plusieurs demeures en Lui. Que cette espérance fortifie et sanctifie notre vie en Eglise. Enfin que l’Esprit-Saint aide l’Eglise à sortir de son confinement : en lui donnant la force d’être libre par rapport à la pensée du monde, en revenant à l’essentiel de sa mission et en obéissant aux impulsions de l’Esprit pour répondre aux besoins nouveaux qui vont se font déjà jour. Amen !


Père Julien Palcoux


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