©2019 by Paroisse Saint Louis Pays de Vernon. Proudly created with Wix.com

 
Rechercher
  • Paroisse Saint Louis

Homélie du dimanche 3 mars

Mis à jour : 4 mars 2019




+

8ème Dimanche du temps ordinaire





Frères et sœurs,


A partir de l’enseignement de Jésus que nous entendons sous forme de petites maximes, je souhaiterais réfléchir avec vous sur la conversion à partir de deux principes fondamentaux de la vie spirituelle : l’importance de la parole / Parole et l’importance de se connaître soi-même.

La faculté de la parole est une caractéristique fondamentale de notre nature humaine. C’est une des interprétations possibles du verset de la Genèse : « Dieu créa l’homme à son image. » Contrairement aux animaux, nous avons l’usage de la parole qui nous permet de penser, de nous exprimer. Nous participons ainsi de la nature divine par notre capacité de nommer les choses. La première étape de la vie spirituelle consiste à nommer les choses, à verbaliser nos états intérieurs, nos mouvements, nos motions. On les fait ainsi passer d’une conscience plus ou moins éveillée, parfois d’un stade inconscient, à une conscience claire. Je vous ferais remarquer que la psychologie et les psychologues qui aident à mettre des mots sur ce qui est encore informe, non formulé, n’ont rien inventé. Cette étape permet d’exorciser, au sens de faire sortir de soi, et de libérer. On pourrait reprendre ici le Prologue de St Jean : « Au commencement était le Verbe et le Verbe était Dieu et le Verbe était auprès de Dieu. (…) Le Verbe était la vraie lumière qui éclaire tout homme venant en ce monde. » Autrement dit, la lumière jaillit de la Parole. La verbalisation de nos états intérieurs permet d’accéder à notre intériorité et à notre cœur profond, qui est le lieu de notre conversion. Ben Sirac le sage dira : « C’est le fruit qui manifeste la qualité de l’arbre ; ainsi la parole fait connaître les sentiments. » La suite du texte est intéressante : « Ne fais pas l’éloge de quelqu’un avant qu’il n’ait parlé, c’est alors qu’on pourra la juger. » Nos paroles révèlent notre intérieur. Aujourd’hui, il y a un vrai travail à faire dans un monde qui fait sans arrêt du bruit, dans un monde où le silence n’existe plus, ou comme je le disais dimanche dernier, dans une Eglise où beaucoup parlent plus qu’ils n’écoutent. Le Carême qui approche peut être l’occasion de réfléchir sur l’usage de la parole dans notre vie de tous les jours, dans nos relations les uns envers les autres, dans notre rapport à l’Eglise et aux membres de la communauté chrétienne. Nous maîtriserons davantage le rapport à la parole si nous nous nourrissons régulièrement de la Parole de Dieu. Originairement, nos paroles de tous les jours découlent de la Parole divine.

La deuxième règle de vie spirituelle consiste à se connaître soi-même, comme le disait déjà le philosophe grec Socrate. Apprendre à se connaître soi-même, c’est l’œuvre de toute une vie spirituelle. Dans une perspective de vie spirituelle, c’est en fait Dieu qui nous conduit à nous connaître toujours davantage. Plus nous allons vers Dieu, plus Il nous découvre à nous-mêmes qui nous sommes et qui nous sommes appelés à devenir. En ce sens, la démarche chrétienne, est fondamentalement différente d’une démarche seulement psychologique ou de type bouddhiste. Dans le christianisme, on apprend à se connaître par un Autre qui est Dieu et non pas seulement par nous-mêmes. Nous apprenons à nous connaître par Dieu. Cette juste connaissance de nous-mêmes est le premier lieu de notre conversion. Nous apprenons à connaître nos forces, nos dynamismes, bons et mauvais, nos talents, mais aussi nos péchés, nos limites, nos fragilités, nos zones d’ombre. Jésus attire notre attention sur un point particulier : celui qui consiste à bien voir ce qui ne va pas chez les autres, mais à rester aveugle sur ce qui ne va pas chez nous. « Charité bien ordonnée commence d’abord par soi-même ». Le premier lieu de conversion est notre cœur. Apprenons d’abord à le connaître, à le laisser éclairer par Dieu, travaillons à le convertir et alors nous pourrons dans un deuxième temps travailler, en vérité et en charité, à la conversion des autres.

La réalité du péché chez des frères et sœurs chrétiens, dans notre Eglise, est parfois scandaleuse. Nous en avons eu malheureusement de tristes exemples récemment. Mais, que la réalité de ce péché nous interroge aussi et tout d’abord sur notre propre péché, sur nos propres compromissions avec le péché, avec le mal. L’Eglise est par nature, faite pour les pécheurs ; et de ce fait, elle a toujours combattu la tentation d’édifier une église de purs. Si le péché des autres nous scandalise, assumons nous-aussi notre réalité de péchés et reconnaissons que nous ne sommes pas meilleurs que les autres et que le Salut nous est donné par Jésus-Christ. En fait, tout le monde peut participer à la purification et à la sanctification de l’Eglise… en commençant par soi ! Ne nous trompons pas de combat ! C’est l’expérience que vit Pierre à travers l’épisode du lavement des pieds. Au début, il refuse, il n’en est pas digne ! Puis il comprend qu’il est lui-aussi pécheur, qu’il n’est pas mieux que les autres et qu’il ne pourra pas présider l’Eglise que Jésus lui confie s’il n’accepte pas de se reconnaître pécheur et qu’il n’accepte pas d’être sauvé par Jésus. L’exemple de Pierre vaut pour chacun de nous.

Frères et sœurs, je voudrais terminer cette méditation en vous proposant une lecture très actuelle et circonstanciée de l’image de la poutre et de la paille. Je voudrais vous parler du cléricalisme, terme devenu très à la mode dans l’Eglise depuis quelques mois. Je n’entre pas là dans le lien, assez maladroit à mon sens, qui est fait entre le cléricalisme et la pédophilie dans l’Eglise, qui pour ma part appelle d’autres développements et fait l’impasse sur le relativisme général (doctrinal, moral) qui prévaut dans l’Eglise depuis 50 ans où il faut tout comprendre, tout accepter. Il y a une corruption de la doctrine et des mœurs qui s’est introduite à la faveur d’une soit disant « ouverture au monde », qui dans les faits a plus conduit à faire entrer le monde et ses mœurs dans l’Eglise qu’autre chose. Non, je voudrais m’arrêter sur le fait qu’aujourd’hui on dénonce un soit disant cléricalisme, alors que les clercs n’ont jamais été aussi peu nombreux. On entend par cléricalisme un abus d’autorité, à l’origine venant des clercs. Certes de telles dérives ont existé ou existent encore dans l’Eglise. Mais il est curieux que ceux-là même, laïcs, qui les dénoncent, sont les mêmes qui appliquent ce qu’ils dénoncent dans une mission qu’ils exercent. Une mission, une responsabilité dans l’Eglise est toujours un service que l’on rend et non un pouvoir que l’on exerce. Vous avez aujourd’hui dans l’Eglise des laïcs qui sont dans des logiques cléricales, qui souhaiteraient que les prêtres ne soient que des fonctionnaires du culte appliquant ce que des fidèles ont décidé sans rien dire, qui n’acceptent ni la contradiction ni le fait de se remettre en question, ou alors qui exercent une emprise sur d’autres fidèles au nom d’une responsabilité qu’ils exercent. Le prétendu cléricalisme est souvent brandi pour empêcher les prêtres d’exercer leur ministère qui, s’il est un service avant tout, comporte néanmoins une charge de gouvernement. Des deux côtés, la dérive existe ; il y a aussi bien des prêtres et des fidèles qui ont du mal à accepter la contradiction et la remise en question ; mais, tant chez des prêtres que chez des laïcs, elle se trouve curieusement plus présente chez ceux-là même qui la dénoncent !

Que le Seigneur, Lumière née de la Lumière, nous éclaire sur notre cœur et notre être profond, afin de pouvoir vivre les conversions nécessaires qui permettront notre purification, notre sanctification, celles de nos communautés et celle de notre Eglise. Amen !

11 vues